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Lundi 22 janvier 2007

Voici l’intervention de Claude, qui a travaillé 10 ans au Burkina Faso pour ATD Quart Monde lors de la conférence à 3A sur le thème : « Les projets de développement, Les projets humanitaires, qu’en sais tu ? »

 

 

 

 

INTERVENTION POUR L’ ECOLE 3 A, Lyon, le  8 mars 2005

 

 

 

 

I-INTRODUCTION

 

 

 

Partager une expérience

 

 

Je ne vais pas vous parler de développement,

 

 

·         parce que je crois que je n’y connais  pas grand chose et

 

 

·         que je ne pense pas avoir participé à ce que couramment on appelle des projets de développement.

 

 

Je veux simplement vous partager mon expérience de rencontre et d’action avec des familles et des enfants en grande difficulté ou plutôt un regard sur ces expériences avec beaucoup de raccourcis, parce que le temps est trop court pour décrire des expérience et surtout leur contexte.

 

 

 

 

 

 

 

 

II -  DES  EXIGENCES INCONTOURNABLES POUR RESPECTER UNE POPULATION

 

 

 

Je voudrais vous parler de ces exigences liées à la rencontre et à la connaissance d’une population quand on veut agir en la respectant.

 

 

 

 

Ex de Paul : que fait ton père ? rien.  Alors qu’il cultive pour nourrir sa famille

 

 

Cela en dit long sur le regard que portent les gens sur leurs ressources propres, sur l’idée qu’ils se font d’eux mêmes. Pourtant Paul s’est investi dans l’agriculture dans le temps où il a vécu au village.

 

 

 

 

1)  SE RENCONTRER

 

 

Je ne développerais pas ici la description de toute la démarche qui nous fait mieux connaître les enfants et éventuellement les raisons qui leur ont fait quitter leur famille. Je m’en tiens à insister sur la notion de rencontre.

 

 

 

Il n'y a pas de rencontre entre celui qui sait et celui qui ignore, entre celui croit savoir et celui qui pense qu'il ignore, entre celui qui a et celui qui demande, entre celui qui a tort et celui qui a raison…

 

 

La rencontre n'est pas une démarche initiale, elle est la condition permanente d'une relation patiente dans laquelle personne n'impose rien à personne. Dans la rencontre, chacun peut exister dans son savoir, son expérience, sa pensée, sa fierté. Elle est réciproquement valorisante. Elle doit encourager chacun à être en mesure de poser des gestes pour le bien de ceux qui l'entourent et ainsi contribuer à redonner sens à sa vie.

 

 

 

 

Rencontrer dans la rue des enfants qui ne sont pas de la rue

 

 

“ Rencontrer ” est en soi une action qui nécessite d’avoir été étudiée sur le plan de la manière d’être et du savoir-faire. La première rencontre est en effet décisive car elle conditionne la nature des relations qui se vivront ensuite avec l’enfant. Or, un enfant qui vit dans la rue n’est pas un “ enfant de la rue ” réduit à n’être que sa situation. Il est avant tout un enfant issu d’une famille, porteur d’un savoir familial, d’une éducation, et donc d’un regard sur le monde qui l’entoure. La volonté de découvrir ce point de vue oriente le sens des actions culturelles menées dans la rue qui sont à la base de la ‘‘détection’’ et de la rencontre des enfants.

 

 

Ces actions menées dans la rue ne peuvent être constructives que dans la mesure où elles sont menées avec précision. Par exemple, en ce qui concerne les ‘’bibliothèques sous les lampadaires’’, elles ont lieu chaque semaine, rigoureusement le même jour à la même heure. L’animateur doit savoir rejoindre les enfants où qu’ils soient pour que ce rythme devienne un repère. Chaque séance est préparée : l’animateur doit connaître parfaitement les livres qu’il emmène et l’objectif de dialogue qu’il poursuivra à l’aide de ceux-ci. Enfin, après chaque séance, un écrit relate les réactions et paroles des enfants le plus précisément possible. Dans la mesure du possible, les noms des enfants sont consignés afin de pouvoir suivre au mieux leur parcours et s’assurer qu’aucun enfant rencontré ne sera oublié."

 

 

 

 

Autres exemples d’actions rencontre :

 

 

Bibliothèques de marché : se former à aller à la rencontre d’un savoir, d’une intelligence d’une population rurale

 

 

Action au village : à travers des actions d’éveil pour des enfants non scolariser, entrer  dans les perceptions, les préoccupations d’une population d’un village face au travail, à l’éducation, le savoir, les ressources…

 

 

 

 

Rencontrer des parents qui ont des projets pour leurs enfants et des ressources

 

 

Dans la même perspective on n’a pas été rencontrer des parents parce qu’ils pont trop pauvres pour retenir leurs enfants ou qu’ils ne les assument pas, ou des parents qui ont des problèmes avec leurs enfants.

 

 

Rencontrer des parents :

 

 

·    c’est d’abord les rencontrer pour eux-mêmes, parce qu’ils sont les parents de cet enfant qu’on a rencontré, c’est lever la peur qu’on vient à cause du mauvais comportement de l’enfant, ou au nom d’une autorité ou d’un pouvoir qu’ils redoutent,

 

 

·    c’est dépasser avec eux l’idée qu’elles ont moins à offrir à leurs enfants que nous,

 

 

·    c’est les restaurer dans leur honneur de parents qui ont fait tout ce qu’ils pouvaient,

 

 

·    c’est rencontrer une communauté avec laquelle ils vivent , dont ils dépendent.

 

 

 

 

2)  SE REJOINDRE DANS LES ATTENTES DES POPULATIONS, LEUR EMBOITER LE PAS, CONTRIBUER A  LEURS EFFORTS

 

 

 

 

laisser le temps et l'espace aux parents pour exprimer leurs idées, leurs projet,

 

 

EX :

 

 

Il a fallu 4 ans de rencontres avec la famille de Inoussa, d'hésitations du papa, de retours et de départs de l'enfant pour que le papa affirme un jour haut et fort que la place de son fils était en famille, au village et qu'il pourrait y mener une activité d'élevage. C'est après ces 4 années de rencontres régulières que nous avons renforcé le choix de ce papa par l'achat d'un mouton.

 

 

 

 

Pour Mouni, trouver une activité en famille n'a pas été facile. En effet, il a les mains atrophiées, ce qui ne lui permet pas de s'intégrer à l'artisanat familial : la poterie. Tout étant discuté devant un grand nombre de personnes, les remarques des uns et des autres ont permis de trouver une piste. Un oncle avait remarqué que Mouni aidait souvent les enfants à abreuver les bêtes au bord du puits, et l'idée qui en découla fut qu'il était sans doute capable de s'essayer à l'élevage. Mouni exprima alors le souhait d'avoir un bœuf, mais son prix est plus élevé que la somme que nous voulons engager pour chaque enfant et cela pose la question des raisons pour lesquelles on investirait dans cet enfant de la famille plutôt qu'un autre de tels moyens de promotion en une fois. On ne sait pas quel rejet, quel déséquilibre on pourrait provoquer.

 

 

C'est un des vieux parents, toujours présent, qui a laissé entendre que l'on peut commencer petit, même avec des volailles, pour avoir un jour un bœuf ! Le grand-père rajoutait que s'il ne survient pas de maladie, au village tout finit par produire. A un oncle ayant lui-même un troupeau, nous avons laissé de l'argent pour une chèvre. A la visite suivante, l'oncle nous a rapidement informé qu'il avait négocié la chèvre de telle sorte qu'il restait de l'argent : il demandait ce qu'il fallait en faire. Nous en avons ajouté pour acheter un mouton. C'est donc sous le parrainage de cet oncle que Mouni est maintenant responsable de quelques animaux. L'an dernier, un différent est apparu entre Mouni et son oncle. En effet, Mouni est toujours instable et continue des aller-retour entre le village et Ouagadougou, mais le souci de son bétail le ramène toujours en famille au bout du compte. Or, cette fois, il avait décidé de vendre ses animaux, non pour progresser dans l'élevage, mais pour empocher l'argent. L'oncle s'interposa, bien que Mouni prétendit que ce bétail était le sien : l'oncle avait lui même procédé à l'achat, et garanti la survie des animaux lors des absences de Mouni, il en était donc lui aussi responsable. Il avait compris que plus qu'un bien en tant que tel, ce bétail était le projet sans lequel rien ne retiendrait Mouni en famille. D'y avoir été impliqué dès le départ, à sa juste place, lui a donné la force de ne pas s'en désintéresser au moment difficile et garantit un avenir au but fixé par Mouni, quelles que soient ses faiblesses.

 

 

 

 

Laisser  à la communauté l’espace d’ apporter sa contribution

 

 

Exemple  de Paul dont l’accès à toutes les activités qu’il a pratiquées quand il est revenu vivre au village, dépendent d’un parent :

 

 

 

 

 “ L’équipe de la Cour aux Cent Métiers a pu faire le même constat avec plusieurs autres enfants qu’elle a accompagnés : leurs périodes de stabilité et d’activité sont liées à l’implication d’un membre de la famille. Prudence[1] a commencé à rester stable quand il a rejoint le centre d’accueil dans lequel un de ses “ frères ” – un cousin – issu de son village d’origine était animateur. Il n’a pas accepté de revivre chez ses parents au village, mais il habite aujourd’hui dans la cour d’un parent à Ouagadougou. Il y pratique la teinture traditionnelle qui est le métier de ce parent. B. – autre jeune déjà évoqué – a quitté la rue parce qu’il avait la possibilité de commencer un apprentissage chez un carrossier, en habitant chez un “ oncle ” (un proche de son papa à qui il avait été confié enfant). Ce même oncle avait négocié, avec le carrossier, son placement en apprentissage. Puis tout au long de l’année qui a suivi, il est venu intervenir auprès de lui dans les moments difficiles liés au comportement de l’enfant.

 

 

Ainsi, pour tous ces jeunes sans formation, la dépendance à des membres de la famille est un réel recours pour s’insérer dans une activité qui permet de vivre. Pour la plupart des habitants du Burkina, elle est la vraie chance – voire pour certains la seule – de trouver des lieux pour gagner sa vie ou accéder à un apprentissage en y étant considéré. En ce sens, la recherche d’autonomie, notion si chère aux initiateurs de démarches d’insertion économique et sociale, pourrait être un vain mot. Le parcours de Paul au village nous montre combien le fait d’accepter d’être interdépendants les uns des autres est, non pas un frein, mais un rythme, et un mode de fonctionnement qui permet l’activité. ”

 

 

 

 

 

 

3)  NE PAS IMPOSER DE VISION, NI DE LA REUSSITE, NI DE LA PAUVRETE

 

 

 

 

Rencontrer, c'est ne pas imposer une vision dominante de la réussite par l’enrichissement, l’émergence individuelle, mais de tenir compte de ce qui fait les forces, les ressources d’un milieu, de sa capacité à vivre ensemble

 

Le discours dominant des enfants est : "Je suis venu en ville pour chercher de l'argent, du travail. Ils ont l'espoir de gagner de quoi de rentrer chez eux avec quelque chose pour eux mêmes, ou pour se lancer dans un petit commerce au village ou pour aider leur famille. C'est pourquoi la majorité des actions de réinsertion en faveur des enfants vivant dans la rue leur proposent de se stabiliser dans un lieu de vie, d'y suivre un apprentissage et enfin, si possible de retourner exercer cette activité dans le milieu familial. Il y a des enfants qui réussissent à profiter de cette chance et aboutissent à une activité qui les stabilise, les fait vivre et parfois soutient leur famille. Mais ce chemin ne correspond pas à tous les enfants car nombreux sont ceux qui, trop fragilisés, ne s'adaptent dans aucun centre ou lieu d'apprentissage.

 

 

 

 

L'exemple de Joseph apporte un certain éclairage : le sachant en ville, son père insistait pour qu'il s'inscrive dans un apprentissage mais Joseph ne bougeait pas. L'année suivante, son père lui demanda de venir l'aider à cultiver et il accepta d'y aller !

 

 

Sa stabilisation en famille ne s'est pas faite en une fois, (car comme le constatent tous les intervenants, le retour de l'enfant en famille nécessite un temps de ré apprivoisement réciproque) mais il a tenu cahin-caha trois ans en famille.

 

 

Maintenant, Joseph exprime son projet d'améliorer la culture, de trouver une activité commerciale en complément parce qu'il sait aujourd'hui ce qui se fait et ne se fait pas au village. Il a exprimé au Session d'étude de Juin 2003 son souci, en tant que jeune d'être le relais de certaines pratiques coutumières.

 

 

"Au village, on voit beaucoup de choses de la vraie vie.

 

 

Il y a plusieurs choses qui se font dans la famille et si tu n’es pas là, tu ne peux pas les connaître.

 

 

Il y a des choses qui se passent en famille et dans la coutume, que seuls les enfants peuvent faire. Et s’il n’y a pas d’enfants, c’est difficile.  C’est nous qui allons prendre la relève, donc nous sommes obligés d’apprendre...

 

 

Au village, il y a mes parents, mes frères et je suis content de les voir.

 

 

Les conseils de mes parents m'aident. Ils me disent tout le temps de ne plus retourner en ville, de rester au sein de sa famille, que je peux les aider à travailler aux travaux familiaux. Le fait de travailler avec la famille, ça leur permet de changer de regard sur moi, ils me disent que c’est bien, que j’ai changé."

 

 

Plus qu'avoir un métier pour vivre, Joseph a le souci d'être de son milieu.

 

 

 

 

Alors, est-il plus important de savoir appartenir à une communauté qui vous donnera en retour des clés, des savoirs, une place pour pouvoir y vivre, y mener des activités, y réaliser des projets et des améliorations, ou d'apprendre un métier pour gagner de l'argent?

 

 

L'un n'empêche pas l'autre, mais dans le contexte burkinabé, le métier sans le "savoir-être" dans la communauté ne mène pas loin. Or, l'apprentissage de la vie avec la communauté ne peut, comme celui d'un métier, se faire à l'extérieur.

 

 

Nous avons constaté que pour les enfants les plus fragilisés dans leur personnalité, ce rapport à la famille et à la communauté est déterminant.

 

 

C'est pourquoi, dans cette rencontre avec les enfants et leur famille, il n'y a pas modèle de réussite qui nous conduirait à considérer comme un échec certains chemins. Il n'y a pas d'un côté des paysans ou des fabricants de briques en banco (boue séchée) et de l'autre des métiers de demain. Les deux ne peuvent s'exercer que dans un contexte humain équilibré et redonner un sens à la vie de celui qui les exerce. .

 

 

Sinon le risque est que les parents perdent foi dans ce qu’ eux peuvent transmettre et proposer à leurs enfants.

 

 

 

 

Valoriser un type d’éducation reçue dans la communauté

 

 

"On a observé que Paul est capable de tenir ses activités au village, d’être persévérant, malgré un contexte de tensions familiales, en particulier en ce qui concerne les relations avec son père.

 

 

 

 

On constate également qu’il a accepté de travailler chez son oncle sans savoir combien celui-ci le payera, ni même s’il le fera, tout en se laissant observer par lui. Le fait que Paul parvienne à tenir ces conditions montre combien l’empreinte éducative de son milieu d’origine est restée forte en lui, malgré la période passée en ville. L’équipe a observé que les enfants qui ne sont pas aussi ‘‘construits’’ au départ ne parviennent pas à demeurer dans leur famille.

 

 

C’est parce que Paul se plie aux conditions implicites que l’oncle lui propose que celui-ci entre en confiance avec lui et lui transmet son savoir-faire. Aujourd’hui encore, c’est en parvenant à vivre et à travailler avec les autres, en acceptant de dépendre d’eux, que l’individu verra la communauté lui apporter les soutiens indispensables à la réalisation de ses projets. Or, vivre et travailler avec les autres s’apprend dans une éducation que l’on reçoit dès son plus jeune âge au sein d’une famille élargie. Dans un milieu comme celui de Paul, savoir se laisser conduire, savoir faire confiance à des personnes précises de sa communauté comme son oncle maternel[2] est le fruit d’un apprentissage, d’une éducation reçue. Le droit à l’éducation, dans ce contexte, n’est pas – et ne doit pas être – réduit au droit à l’instruction scolaire ou professionnelle, il va au-delà, jusqu’à l’instruction d’une manière d’être que façonne le milieu dans lequel on grandit. L’apprentissage de ce “ savoir être dans la communauté ” ne doit pas être affaibli en faveur de l’instruction – scolaire par exemple – car il conditionne la possibilité d’un projet durable au sein de la communauté. ”

 

 

 

 

Laisser les personnes avoir un regard sur elle même, leur expérience, en matière d’éducation, de communauté, de travail etc.

 

 

Il faut  leur donner l’occasion de l’exprimer pour ne pas être définies constamment par l’extérieur comme pauvres, n’étant pas en mesure de fournir le nécessaire à leurs enfants, comme des personnes à éduquer ou à sensibiliser.

 

 

 

 

Ainsi, ces populations qui ont considéré que savoir vivre et travailler avec les autres était une richesse fondamentale à transmettre par l'éducation en viennent à se considérer comme démunies devant leurs enfants. En vertu de quels repères, de quelles références nouvelles ? Il est certain que la pénétration d'informations massives sur les conditions de vie des pays dits "développés", sinon au minimum sur la vie urbaine de la capitale, n'y est pas étrangère.

 

 

 Mais on peut aussi imputer une responsabilité au mode d'intervention classiquement trop factuel des projets dits de développement : ils mettent en lumière certes des précarités en matière d'accès à l'eau, à la santé, à la production, à la participation à la vie économique et sociale de leur pays, mais ne savent pas recenser ni réinvestir comme une force la richesse du “ vivre ensemble ” qui rendait la vie possible au delà de tout. Peu à peu, les populations ne se définissent plus que par rapport à leurs précarités matérielles, sans avoir eu l'occasion de réaliser les caractéristiques de ce “ vivre ensemble ” qui leur permettait de les surmonter, d'y porter un regard, et donc de prendre les moyens de le préserver.[3]

 

 

 

 

 

 

III - CONCLUSION :

 

 

 

 

Toute tentative d’amélioration des conditions d’existence des familles vivant dans l’extrême pauvreté, qui se ferait en conformité aux droits de l’homme, ne pourra contourner ces trois exigences, dans les pays du nord comme dans ceux du sud :

 

 

 

 

·    Se rencontrer : tout homme a le droit d’être rencontré en tant que lui-même, dans son appartenance, ses aspirations, son expérience de vie et sa vision de celle-ci, au delà de sa situation, de ses difficultés, afin que fort de ses éléments, il puisse contribuer au bien des siens et de sa communauté

 

 

Rencontrer se fait au cœur d’une action, d’un faire, d’un vivre avec

 

 

 

 

·    Rejoindre les familles dans leurs efforts et tentatives c’est les reconnaître auteurs et acteur des droits . Les droits de l’homme sont une notion que toute personne a en elle avec ses mots, ses références, et qu’elle ne cesse de mettre en œuvre avec ses gestes, ses moyens, et ses espérances.

 

 

Ne pas s’enfermer dans des objectifs, mais se trouver dans suffisamment de durée et de proximité avec une population, pour pouvoir partir d’une action, d’un projet simple, élaborer les étapes suivantes  avec elles. Ne pas être en position de celui qui gère et distribue des moyens

 

 

 

 

·    Toute personne, toute famille, toute communauté a le droit d’avoir le temps et les moyens de se former un regard  sur elle-même, sur son savoir, ses ressources éducatives, économiques, sociales, sur ce qui est réussir sa vie.

 

 

Ne pas créer par des projets trop rapides, des attentes et des besoins qui poussent les populations à se regarder de manière dévalorisante

 

 

 

 

Autant que de campagnes et de grands projets, la mise en œuvre des droits humains nécessitera beaucoup de vie en proximité avec les plus pauvres .

 

 

 

 

La mise en œuvre de notre devoir de solidarité et de partage devrait  provoquer  à plus de convivialité  entre les personnes, les familles, les communautés qui diffèrent par leur appartenance sociale, leur permettre de mieux se connaître entre elles.

 

 

Cela pousse concrètement  à faire des choix dans les moyens de cette mise en œuvre: il y aura autant à investir dans l'amélioration du contexte matériel de vie des familles, des communautés que dans la formation des intervenants  (travailleurs sociaux, éducateurs, enseignants, juristes…) pour être en mesure de rencontrer et accompagner ces familles et ces communautés dans leurs efforts pour rester ensemble.

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Voir infra p. 31.

[2] Il faut ajouter que la famille maternelle est dans la société mossi le lieu du lien affectif avec l’enfant. La famille paternelle représente plutôt la figure de l’autorité. Il n’est en ce sens pas anodin que Philippe soit le frère de sa mère, Paul se réinscrit donc aussi à ce niveau dans la culture qui est la sienne.

[3] Sur ce sujet, voir l'étude de A.-M. Gueneau et B. Lecomte, Sahel : les paysans dans les marigots de l’aide, Alternatives Paysannes, L'Harmattan, Paris, 1998, 280 p.

Par Claude - Publié dans : Développement
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Dimanche 21 janvier 2007

Compte-rendu de rencontres entre étudiants sur le Développement  

 

Lyon, Novembre 2005

 

Suite à l'écriture d'un dossier intitulé "Le développement qu'en sais tu ?" nous avons animé 3 rencontres avec des étudiants Lyonnais autour de ce thème. Nous avons décidé à travers le présent document de faire un compte-rendu unique de ces trois différentes rencontres. Les idées exprimées ici sont donc le fruit de la pensée collective d'une quarantaine d'étudiants sur ce sujet.

 

 

 

 

 

             I.      Pourquoi voulons nous partir "aider", "développer",… les pays du Sud ?

C'est avant tout un choix personnel. Une envie de rencontre. Nous avons envie de participer à construire un monde plus en adéquation avec nos aspirations profondes de justice et d'égalité. 

 

 

 

 

 

Il y a bien sûr aussi une part de déculpabilisation. Nous savons que l'occident, est en partie à l'origine de la situation catastrophique actuelle.

 

 

 

 

 

Cependant, la notion de responsabilité est à prendre en compte au jour le jour, à travers notre savoir-être, notre comportement de consommateur, de citoyen. Tout peut être remis en question dès que l’on considère l’impact sur ceux qui subissent notre mode de vie en Occident et ailleurs.

 

 

 

 

 

Chacun à besoin de se sentir estimé par les autres. Nous voulons montrer que nous faisons du "bien". Mais le montrer à qui ? à notre famille, nos amis ? à ceux que l’on prétend aider ? 

 

 

Fondamentalement la notion qui revient le plus souvent pour expliquer nos motivations de départ, c'est la quête "d'utilité". Chacun d'entre nous a besoins de donner un sens à ses actions. En travaillant dans le domaine du "développement" nous avons l'impression que nous allons enfin être "utiles". 

 

 

Acte désintéressé n'existe pas, nous voulons "aider" d'abord parce que cela nous fait plaisir. N'est-ce pas normal de vouloir faire quelque chose où on "s'éclate" ?  

 

Vouloir partir "aider" c'est donc à la fois un besoin personnel et une envie.

 

 

 

 

 

Ø      Pourquoi partir aider si loin de chez soi alors qu'il y a des personnes qui vivent dans des situations très difficiles à côté de chez nous ?

 

Recherche d'une rencontre interculturelle. Recherche de l'exotisme. Vianney étudiant en 4ième année à l’Ecole 3A, qui revient d’un stage en Colombie parle de « l’envie de découvrir d'autres modes de vie, de pensées ».

 

Pourtant reprend Timothée lui aussi étudiant en 4ième année à 3A : « il est possible de partir pas très loin d’ici et de se prendre une bonne claque ! »

Souvent nous avons envie de partir pour AGIR, mais est-ce vraiment le plus important ? Ne faudrait-il pas d'abord chercher à changer notre regard sur les pays du Sud, sur ceux qui vivent dans la grande pauvreté et finalement sur nous même ?

 

 

 

 

 

Ø      Quelle est notre place dans le système de coopération, de projets de développement ?

Que faire pour ne pas travailler à la place des gens ? Quel rôle pouvons nous jouer sans écraser les personnes qui essaye déjà de monter des projets dans leur pays ?

 

 

 

Peut être pouvons nous faire le lien entre les bailleurs de fonds du Nord et les projets au Sud. Chercher à apporter une éthique à la coopération pour éviter que les financements soient dépensés de manières inutiles en clim, 4/4,…

Peut être pouvons nous aussi apporter un appuie méthodologique et aider les personnes à l'origine du projet à prendre du recul par rapport à leur projet.

 

 

 

 

 

Autant il est nécessaire de s’interroger sur les pratiques des organismes de «développement », autant la confrontation des cultures est un aspect positif que permet la mondialisation. Cette affirmation nécessite pourtant qu’aucune culture ne se prétende supérieure à une autre. Mais n’est-ce pas difficile dans un monde où la pensée dominante réside dans l’apparente « modernité » de l’occident en opposition à la fameuse « tradition » séculaire des pays que l’on dit en « développement » ?

  

 

 

 

 

 

 

 

Ø      Quelle légitimité pour aller "monter" des projets dans les pays du Sud ?

 

Grégoire de l'ENTPE (Ecole Nationale des Travaux Publics de l'Etat à Vaux en Velin) qui revient d’un stage au Mali, s'interroge : "Finalement n'est-on pas les moins biens placés pour agir dans le monde du développement ? Quel est notre légitimité ?"

 

 

 

 

 

 

 

 

Ousmane qui a travaillé 8 ans au Niger et est aujourd'hui étudiant au CIEDEL refuse cette vision réductrice. Pour lui personne n'a de légitimité naturelle à lutter contre la misère si ce n'est celui qui la vie. Pour les autres la légitimité naît de la question "pour qui je travaille ?". L'important c'est de discuter avec chacun et de chercher à trouver la "traduction commune", c'est-à-dire les points fondamentaux sur lesquels se retrouve la communauté et ce qu'elle a envie de bâtir ensemble. C'est la mutualisation des idées de chacun qui va permettre la "traduction commune".

 

 

 

 

 

 

 

 

Si un africain venait en France et nous disait "Je pense que vous êtes socialement sous-développés, la preuve en est que vous mettez vos propres parents dans des prisons appelées gentiment "maison de retraire". Je viens donc vous expliquer comment vous devriez faire."

 

 

 

 

 

 

 

 

 Qui serait d'accord pour l'écouter ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut être qu'avant de vouloir tant aider les uns et les autres il faudrait déjà essayer de se comprendre mutuellement. Ousmane renchérit dans cette direction : Le problème c'est que la plupart des occidentaux ont en tête leur fameux "devoir de solidarité". Jusqu'à quand ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour avancer il faut mettre tout cela de côté et chercher à s'aborder sur un pied d'égalité. 

 

 

 

 

 

          II.      Interroger les concepts

 

 

 

 

Ø      Sur l'Histoire du développement

Comme tous les concepts, la définition du "développement" est en elle-même un enjeu de lutte. Chacun définie un concept en fonction de ce qu'il veut en faire. La majorité, ou la plutôt la minorité dominante à décidé de penser le "développement" en terme unilinéaire. Celui-ci est devenue à la fois une mode et un modèle.

 

 

 

Pourtant comme le souligne une nouvelle fois Ousmane, "chez nous le développement est mort. A la limite nous pouvons parler de "développement locale" afin de chercher à redonner un sens à ce que nous faisons."

 

 

 

 

 

En fait le "développement locale" n'est rien d'autre qu'un "développement contextualisé", c'est-à-dire associé à un territoire, un groupe d'acteurs et donc un ensemble d'actions qui en découlent.

  

 

 

 

 

 

 

 

Ø       Sur la pauvreté

Il apparaît aussi au fil des discussions que la notion de pauvreté est relative. Chaque culture aura sa propre définition/vision de ce que c'est d'être pauvre.

Par exemple chaque culture ne voit pas le mendiant de la même manière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Florent en 2ième année à 3A, rappelait qu’il faut faire la distinction entre la « pauvreté relative » et la « pauvreté absolue ». La pauvreté n’est pas uniforme.

 

 

 

Les personnes qui vivent dans une situation de précarité répondent-ils à la classification faite par Maslow et sa pyramide des besoins ?

Il semble qu’au delà de besoins matériels, ce qu’il y a de fondamental en chacun de nous c’est de se sentir digne.

Audrey en 3ième année à 3A, a proposée un exemple pour illustrer cette idée :

« Nous avons tous cette image du clochard dans la rue ou dans le métro. Logiquement selon la hiérarchie des besoins définie par la pyramide de Maslow il devrait d’abord vouloir se nourrir. Or, manifestement il préfère s’acheter une bouteille qui lui permettra de s’évader, de fuir le regard méprisant des autres plutôt que de s’acheter à manger. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce « paradoxe » révèle parfaitement l’intérêt de questionner la notion de « besoins primaires ».  

 

 

        III.      Quels enseignements tirer de nos expériences passées ?

 

 

 

 

 

Ø      Même si on veut s'adapter au mode de vie de la population locale, on reste occidentale.

Parfois les habitants des pays dans lesquels on travail s’étonnent du fait qu’on veuille vivre « comme eux ». Audrey, étudiante à l’école 3A, remarque que souvent les gens lui faisaient comprendre en Chine : "Montre moi comment tu es différente ?"

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne doit-on pas aussi "rester qui on est ? " Comment s’adapter à une population, à un pays sans pour autant s’oublier ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme toujours il n’y a pas de réponse unique, mais simplement des équilibres à chercher.

 

 

 

 

 

 

 

 

L'occidental est généralement vu comme un portefeuille ambulant, mais cela ne tient qu'à nous de montrer une image différente.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans un sens le simple fait d'aller se plonger de manière relativement courte dans une autre culture n'est-il pas un problème ? Cela modifie le rapport à l'autre, à l'étranger… cela influence directement la vie des personnes que l'on rencontre. Dans quelles conditions partir ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-on vraiment parler de "rencontre" quand c'est toujours les mêmes qui voyagent et les autres qui se font "visiter" ? Il s'agit d'un choix unilatéral donc forcément inégalitaire.

 

 

 

 

 

Ø      Comment être "efficace" ?

N'est-ce pas justement cette notion d'efficacité qui nous empêche de pouvoir réellement rencontrer l'autre?

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous sommes sans cesse pris dans le dilemme : "prendre du temps pour comprendre les gens" et "ne pas perdre de temps". 

 

 

Quand nous n'agissons pas au sens occidental du terme (car pour beaucoup la rencontre est déjà une action) alors nous nous sentons frustrés et nous avons l'impression de "perdre notre temps".  

 

 

 

 

 

 

Ø      On ne peut pas "développer quelqu'un". On doit partir des initiatives de chacun et bâtir à partir de là.

Ousmane qui à travaillé 8 ans au Niger nous dit : "En ce qui concerne le développement, personne ne peut prétendre connaître tout. On croit connaître, mais on ne connaît que ce qu'on connaît. Il est donc nécessaire de mutualiser toutes les expériences et réflexions en la matière."

 

 

 

Sylvain étudiant à 3A, qui revient d’un an au Togo insiste, "il n'y à rien à entreprendre sur place. Il y a déjà beaucoup de personnes locales qui entreprennent, il faut soutenir leurs initiatives, leurs projets."

  

 

 

 

 

Il s'agit de mettre ses compétences au service de projets locaux.

 

 

 

 

Ousmane nous raconte un exemple de projet :  

 

Au Burkina dans un village l'événement le plus populaire est le match de foot du dimanche. Au début les joueurs jouent avec un "ballon sachet" fait à partir de tissus et de sac plastiques. Puis ils obtiennent un ballon en cuir. Le jour où ce ballon crève, les joueurs sont très déçus. Ils ne veulent pas revenir à leur "ballon sachet", ils veulent obtenir un nouveau ballon en cuir. C'est ce qu'on appelle le "contexte évolutif" Personne de revenir en arrière quand il découvre un nouveau mode de vie.

 

Afin de pouvoir s'acheter des nouveaux ballons les joueurs de l'équipe décident de faire du maréchage tous ensemble. Ils arrivent ainsi à se payer pleins de nouveaux ballons.

 

Forts de cette solidarité renforcée entre les jeunes de l'équipe ils décident de se réunir après chaque match pour réfléchir ensemble aux problèmes du village et voir ce qu'ils peuvent proposer comme solutions.

 

 

 

 

Ce qui est fondamentale c'est de développer sa capacité d'être à l'écoute.  

 

Ousmane nous interroge: "Pourquoi avons-nous une bouche et deux oreilles ?"

 

Parce que c'est deux fois plus difficile d'écouter que de parler. Quand quelqu'un parle, on n'écoute qu'à moitié car on est déjà entrain de penser à ce qu'on va lui répondre.

 

 

 

 

 

 

Ø      Comment ne pas détruire les initiatives déjà existantes ?

Bien que l'on ne s'en rende pas forcément compte au premier abord les premières personnes à résister contre la misère sont ceux qui la vivent. Ils ne nous ont pas attendus pour développer des projets et des "ruses anonymes" pour essayer d'améliorer leurs conditions de vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est donc très important de faire attention de ne pas détruire les initiatives déjà existantes avec nos "nouveaux projets".

  

 

 

 

 

Vouloir entreprendre une action sans prendre le temps de comprendre l'environnement au sens large des personnes avec qui l'on souhaite travailler est dangereux. Chaque action que l'on entreprend doit intégrer la question : "Quel impact cette action aura-t-elle sur la communauté ?"

 

 

 

 

 

Un membre d'une ONG qui travaille avec des familles très pauvres nous a raconté un exemple qui illustre très bien cette difficulté :

 

Ainsi à Madrid une rencontre était organisée entre des responsables l'Union Européenne et des personnes vivant dans la grande pauvreté. Ces dernières n’étaient que quelques unes, mais elles étaient là pour représenter l'ensemble de leur communauté qui connaît les mêmes difficultés de vie.

 

Une femme de Madrid prend donc son exemple personnel pour expliquer la difficulté de vivre sans l'eau courante depuis plusieurs années.

 

En entendant son histoire une personne de l'UE lui dit, "vous inquiétez pas, nous allons voir ce que nous pouvons faire pour que vous ayez l'eau courante".

 

Pourtant cette femme n'était pas venue quémander la possibilité d'avoir de l'eau mais expliquer les conditions de vie qui existait dans son quartier et réfléchir avec les membres de l'Union Européenne comment les plus pauvres pouvaient êtres des acteurs à part entière.

 

En même temps cela faisait tellement longtemps qu'elle se battait pour avoir de l'eau que bien sûr elle a accepté l'aide de l'UE pour elle-même.

 

Mais quelle est la conséquence ?

 

Au lieu d'être vu comme la femme qui a eu le courage de prendre la parole pour défendre sa communauté elle va être vu comme celle qui a réussi à être "aidé". Elle risque donc de se faire en partie "rejeter" par les autres membres de la communauté.

 

En effet les voisins qui la soutenait déjà par milles petits gestes vont se dire, puisqu'elle à des gens qui viennent de l'extérieur pour l'aider, elle n'a pas besoin de nous".

 

 

 

 

 

Grégoire étudiant à l’ENTPE qui revient d’un stage au Mali, veut insister sur l'impact des projets, de nos actions. "On ne se rend pas compte de l'enjeux pour les personnes locales. Pour nous quoiqu'il se passe - de positif ou de négatif – cela change très peu, pour eux cela change beaucoup. "

 

 

 

 

 

Olivier qui a travaillé 14 ans dans des ONG au Mali insiste sur le fait " qu'il faut arrêter de réfléchir à la pace des bénéficiaires".

 

 

 

 

Les acteurs du terrain doivent se demander en permanence "pour qui je travaille ?".  

 

 

 

 

 

 

On parle souvent de "participation de la population" dans les projets. En fait il ne s'agit pas de savoir jusqu'à où doivent participer la population dans un projet, mais au contraire, jusqu'où doivent participer les personnes/acteurs extérieurs ?

 

 

 

 

 

 

Avant d'entreprendre un projet il est important de chercher à comprendre le jeu des différents acteurs. Chaque acteur a sa propre logique.

 

 

 

 

 

Pour réussir à avoir la confiance de la population il faut réussir à s'intégrer, à s'adapter.

 

 

 

 

 

Ø      Concernant l’idée de « projets »

Ousmane toujours : " le "projet" est l'outil le plus médiocre qui existe, car il privilégie la discrimination : on ne fait jamais des projets avec la communauté dans son ensemble. En même temps on ne peut pas s'en passer."

 

 

 

 

 

 

 

 

" Le projet c'est comme un couteau à double tranchant. Mais fondamentalement cela reste un outil, ce n'est pas une fin en soi. Il ne faut donc pas le "fétichiser"."

 

 

 

 

 

Si on veut réellement qu'un projet se développe avec la population concernée, il ne faut pas être trop rigide et être prêt à s'adapter continuellement aux réalités du terrain. Il faut aller pas à pas pour que même les plus "fatigués" aient le temps de participer à l'élaboration et à la réalisation du projet. Olivier explique "Un projet ce n'est pas une bible qui te dis "il faut forcément faire comme ça"." Sans une capacité de remise en question du projet, de ses objectifs, on court à l'échec.  

 

 

 

 

 

 

Ø      Bien que cela apparaisse comme impossible, et probablement pas souhaitable d'établir une méthodologie unique, nous avons essayé ensemble de relever ce que serait certains des ingrédients d'un "bon" projet de développement :

 

 

 

 

 

-         Ne pas arriver en "sauveur" avec un projet tout fait

 

-         Aller à la rencontre des dynamiques locales

 

-         Accepter d'être "inutile" au sens occidental du terme

 

-         Etre prêt à donner mais aussi à recevoir

 

-         Toujours réfléchir aux conséquences de nos actions sur la communauté

 

-         S'engager dans la durée avec les personnes vivant dans des situations difficiles

 

-         Chercher à comprendre quels réseaux de solidarité existent déjà

 

-         Chercher à appréhender l'environnement au sens large

 

-         Etre prêt à définir puis à revoir nos objectifs au fur et à mesure

 

 

 

 

 

Au cours de ces échanges, des questions ont été posées sans que quiconque puisse apporter des éléments de réponse. Voici donc quelques questions qui pourraient servir à alimenter un prochain débat :

 

-         Comment se situer en tant qu’homme ou que femme dans un projet de « développement » au Sud ?

 

-         Comment la culture peut elle être un moteur du développement plus qu’une barrière ?

 

-         Ne va-t-on pas chercher le trésor perdu, à savoir la spiritualité, la sagesse, un autre rythme de vie en voulant travailler dans des pays du Sud ?

 

-         Quelles peuvent être les conséquences du tourisme de masse sur les populations qui y sont confrontées ?

 

 

 

 

Par BoriBana - Publié dans : Développement
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Vendredi 19 janvier 2007
 
Ce texte propose d’interroger le sens de mots souvent acceptés comme allant de soi, tels que « développement », « richesse », « misère » ou « pauvreté ». Or l’utilisation des mots renferme un sens, transpire l’histoire d’un pays et d’un peuple. Essayons donc de remettre en cause quelques concepts bien établis.
 
a)      La généralisation du discours de lutte contre la pauvreté 
 
La lutte contre la pauvreté a fait une apparition en force dans les discours de la communauté internationale ces dix dernières années. Par exemple, les Objectifs du Millénaire pour le Développement se proposent de « réduire de moitié avant 2015 la proportion de la population vivant dans la pauvreté extrême »[1]. L’objectif est séduisant mais représentatif des échecs du « développement » dans la mesure où l’on est passé d’une lutte critiquable pour le « développement » de tous (voir la partie en annexe : « Le développement d’hier à aujourd’hui ») à une lutte contre la pauvreté de quelques uns.
 
La problématique de la pauvreté nécessite un rappel historique. En effet, on a oscillé autour de trois pôles pour s’en accommoder. Le premier est caritatif, il repose sur la compassion souvent renforcée par un sentiment d’obligation religieuse (l’aumône ou la zakat). Le second est politique et relève du maintien de l’ordre. A ce titre, il est significatif que la réaction post attentats du 11 Septembre de James Wolfenson, président de la Banque Mondiale, fût de déclarer qu’il y avait urgence à intensifier les programmes de lutte contre la pauvreté. Les pauvres dérangent et sont ainsi mis au ban de la société[2]. Le troisième pôle consiste à contraindre les pauvres à se rendre utile afin de bénéficier des secours que la société leur accorde. D’où la création, par exemple, des « work house» en Angleterre, lieux ou les pauvres étaient hébergés en échange de leur travail sans toucher aucun salaire. Il est significatif de noter que ces « work houses » sont apparues pendant la période du Victorianisme, justement au moment où la pauvreté et la misère dérangeaient de plus en plus. Ces maisons étaient un moyen d’enfermer « le mal » et de le contrôler pour qu’il ne contamine pas le reste de la société.
 
 
L’objectif que rassemblent ces trois domaines de la lutte contre la pauvreté consiste à la rendre acceptable et non à la combattre. En effet, la combattre entraînerait une remise en cause profonde de notre société qui ne propose que des pansements sans chercher à combattre les racines du mal.
 
A ce titre, écoutons Majid Rahnema, ancien diplomate et ministre Iranien, auteur du livre Quand la misère chasse la pauvreté :
« Les politiciens et leurs experts en pauvreté se refusent à mettre en cause les raisons profondes des phénomènes de paupérisation.
Ce qui les intéresse est plutôt d'atténuer certains effets révoltants de ces disparités afin de mieux préserver les structures existantes de la société qui les crée. Préoccupés par leurs propres problèmes, bien plus que par ceux des pauvres, on les voit ainsi proposer sans cesse des mesures d'un caractère sédatif et des solutions illusoires qui, dans les faits, accroissent toujours davantage leur dépendance structurelle par rapport aux forces qui les exploitent. »[3]
 
Les nouveaux discours qui prétendent lutter contre la pauvreté visent-ils à la rendre acceptable ou bien à la combattre ? Même si les intentions sont bonnes, les institutions internationales pensent-elles bien la pauvreté ?
 
« Si votre seul outil est un marteau, tous les problèmes pour vous ressembleront à des clous. »
Mark Twain
 
b)      La pauvreté est-elle bien pensée ?
 
Le discours courant soutient que toute économie « sous développée » est pauvre. Par conséquent la croissance représente le moyen admis de lutte contre la pauvreté. Les institutions internationales adoptent généralement une approche globale pour lutter contre la pauvreté. Ainsi, pour le PNUD, il faut refuser de « cibler les pauvres » et multiplier les dépenses sociales en faveur d’une bonne gouvernance. La Banque Mondiale cherche quant à elle à « mieux faire fonctionner les marchés en faveur des pauvres ».
 
Majid Rahnema, explique à ce propos :
« Le discours dominant prétend que tout pays dont l’économie n’est pas avancée est pauvre. En conséquence, produire plus et avoir une économie en croissance serait la condition sine qua non de tout combat contre la pauvreté.
Si cela était vrai, comment expliquer que les Etats-Unis abritent en leur sein plus de trente-cinq millions de pauvres ? Le plus triste est que le discours manipulateur de l’économie a fini par faire partager à cette nouvelle masse d’individus paupérisés sa propre vision des choses. Les mirages de cette économie sont si puissamment médiatisés que ni les « gagnants » ni les « perdants » ne se rendent compte que la course généralisée à la richesse est elle-même devenue une des causes de la destruction des vraies richesses physiques et culturelles du monde, en particulier dans les pays dits pauvres. »[4]
 
 
Au regard de l’histoire, difficile de ne pas se poser la question, « et si c’était le développement  qui crée la pauvreté ? » (Voir l’exemple Ladakh une région de l’Inde situé dans l’Himalaya complètement déstabilisé par l’ouverture à l’économie de marché et au développement : http://boribana.over-blog.com/article-5423899.html)
 
Nous observons donc que l’idée que la croissance est l’unique moyen pour lutter contre la pauvreté n’est pas satisfaisante. D’autre part, comme nous allons le voir la considération exclusivement chiffrée de la pauvreté ne rend absolument pas compte de ce qu’elle est pour les personnes qui la vivent.
Ainsi, on répète sans cesse : « c’est un malheur, il y a 2,8 milliards d'humains qui vivent effectivement avec moins de deux dollars par jour, il faut les aider ! ». Pourtant, la pauvreté n’est pas mathématique et elle ne peut pas se résumer en quelques chiffres… N’existe-t-il pas des sociétés où l’économie monétaire est faible où il est pratiqué l’usage du don ? Est-il acceptable d’imposer un mode de vie au nom du « développement" et de la lutte contre la pauvreté ?
 
Un proverbe wolof dit à ce sujet : « La pauvreté n’est pas d’être dépourvu de vêtements, est vraiment pauvre celui qui n’a personne ».
 
« Alain Marie, chercheur, explique que « le ressort profond de la solidarité, et plus fondamentalement, du lien communautaire est une logique de dette ». Est pauvre celui qui est dans l’impossibilité de distribuer de l’argent dans le cadre de la solidarité communautaire et court alors le risque de se retrouver individualisé, exclu de son réseau social ; l’individu ne pouvant plus alors compter que sur ses propres ressources matérielles. »[5]
 
Comment ne pas convenir avec Alain Marie que la pauvreté ne peut être analysée sous le seul angle économique ?
 
Or, dire qu’il y a urgence à aider les « 2,8 milliards d'humains qui vivent effectivement avec moins de deux dollars par jour » c’est déjà considérer l’enchaînement production de marchandises => accès à la consommation => plus grand confort de vie comme une évidence et donc accepter un schéma unique de « développement ». Pourtant, le « développement » ne peut-il pas être pensé en dehors de ce cadre ? La pauvreté ne consiste-t-elle pas justement en l’impossibilité à définir son destin ? En simplifiant, on pourrait se demander si avant même d’avoir accès à une formation, les enfants dit « des rues » ne souhaiteraient pas disposer du moyen de se laver, et donc d’être propre et donc d’être fier et donc de pouvoir aller à la formation proposée ? (Voir à ce sujet la partie sur la Cour aux Cents Métiers au Burkina Faso) Les « pauvres » ne souffrent ils pas davantage de leur non-reconnaissance, d’une perte de leur dignité autant que de l’absence de ressources économiques ?
 
Comment sortir d’une considération uniquement chiffrée de la pauvreté alors que celle-ci loin d’être un ensemble de chiffres est avant tout un ensemble d’individus, d’être humains qui se voit tous les jours refuser les droits que nous tenons pourtant pour universels ?
 
Comme le dit Majid Rahnéma :
 
« Si nous sommes sérieux dans notre intention d’apporter une réponse adéquate à la question de la pauvreté, il nous faut changer à la fois nos modes de penser, d’agir et de vivre en commun. »[6]
 
c)      Qu’est-ce que la misère ?
 
Les personnes qui vivent dans l’exclusion ont-elles envie de plus de confort matériel ou bien de la restauration de leur dignité, de la maîtrise de leur destin ? Probablement des deux. Cependant le postulat qui consiste à dire que c’est par l’accroissement des biens matériels que l’on peut lutter contre la misère s’inscrit dans la logique dominante qui consiste davantage à rechercher un développement du « plus avoir » que du « mieux être ».
 
Ce qu’il y a de plus étonnant c’est que ces constats sont partagés par tous mais qu’il demeure évidemment un énorme fossé entre les déclarations et les applications. Voici par exemple un extrait du site internet de la Banque Mondiale :
 
« La Banque mondiale postule que les individus qui vivent dans la pauvreté doivent être considérés non pas comme une charge mais comme ceux qui sauront mieux que tout autre trouver des moyens créatifs d'éradiquer la pauvreté. Les pauvres ne veulent pas la charité, ils veulent des opportunités et, dans bien des cas, les programmes de développement au niveau des communautés peuvent leur fournir ces opportunités.[...] Fait encore plus important, la détermination de la Banque à éliminer la corruption a déclenché une riposte d'envergure réellement mondiale. La Banque est également déterminée à s'assurer que les projets qu'elle finance ne donnent lieu à aucune corruption. »
 
d)      Interroger la richesse ?
 
Un proverbe Tswana dit « là où il n’y a pas de richesse, il n’y a pas de pauvreté. »
 
A la lumière de ce proverbe se pose la question : Peut-on reconsidérer la pauvreté sans reconsidérer la richesse ? N’est-il pas nécessaire de s’interroger sur les méthodes de prédations et de dépossessions qui ont permis aux pays dit « développés » de devenir aussi « riches » ?
Il convient, en tout cas, de comprendre que si problème il y a, il ne se crée pas seul. Il a des causes historiques. La richesse est le revers de la médaille pauvreté. Alors, comment ne pas reconsidérer la pauvreté sans en faire de même avec la richesse ?
Il ne s’agit pas, pour autant, de lutter contre la richesse mais bien pour la démystification de la supériorité qu’apporterait la richesse matérielle.


[1] « Un monde meilleur pour tous » FMI, Banque Mondiale, OCDE, ONU/ Juin 2000
[2] A ce titre « la grève des battus » d’Aminata Sow Fall est une lecture intéressante.
[3] Extrait d’une conférence prononcée par Majid Rahnema, dans le cadre du Colloque Philia/L'Agora, le 18 octobre 2003, à Orford au Québec.
[4] Interview de Majid Rahnema dans la Revue Quart Monde n°192, Novembre 2004, p.8
[5] Sahel : Les paysans dans les marigots de l’aide, Marie Christine Gueneau et Bernard J. Lecomte, L’Harmattan, 1998, p.30
[6] Interview de Majid Rahnema, op. cit.
Par BoriBana - Publié dans : Développement
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Jeudi 18 janvier 2007
Qu’appelle t-on le « développement » ?
Comment le définir ?
Quelles sont les pratiques qui le caractérisent ?
Quelle est son histoire ?
Quel constat peut on avancer de cinquante années de « développement » ?
Les pauvres sont-ils de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches ?
Ne convient-t-il pas de remettre en cause ce concept et les pratiques qui le caractérisent à la vue de cinquante ans de « développement » ?
Des alternatives sont elles proposées ?
Qu’est ce que la pauvreté ?
La lutte contre la pauvreté peut elle légitimer le discours dominant sur le « développement » ?
Une analyse sur les causes de la précarité ne doit elle pas entraîner une analyse sur les causes de la richesse ?
Pauvreté et richesse ne sont elles pas les deux faces d’une même pièces ?
 
Voici une série de questions auxquelles le exte qui suit prétend apporter une réponse. La critique (certainement critiquable) que nous proposons sur le « développement » a pour objectif de débusquer et de comprendre les incohérences entre le discours comme celui de la Banque Mondiale illustré par son slogan…
 "Notre reve : un monde sans pauvreté"
…et ses pratiques.
 
 
 
Comment s’y retrouver parmi les multiples débats, les multiples actions entreprises au nom du « développement » ? Comment définir un concept aussi vaste ?
 
Une prise de recul n’est pas aisée tant ce concept fait partie des idées dominantes de notre temps. Cependant, à travers une approche historique, nous allons tenter de cerner le contenu et l’influence du discours sur le « développement » qui a envahit le monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
 
           La force de ce discours tient à la séduction qu’il exerce. En effet, comment ne pas succomber à l’idée qu’il existerait une manière aussi simple d’éliminer la pauvreté ? Qui oserait penser, simultanément, que le remède pourrait aggraver le mal que l’on veut combattre ?
 
Depuis 50 ans les promesses sont inlassablement répétées et
les expériences constamment reproduites. Comment expliquer que chaque échec soit l’occasion d’un nouveau sursis et non d’une remise en cause profonde du développement ?
 
En partant du postulat ci-dessus, nous allons tenter dans cette partie de déconstruire le mythe du développement et pour cela de mesurer l’écart entre le discours et les pratiques.
 
L’histoire a permis de distinguer clairement le communisme idéologique et le « socialisme réel », pourquoi ne pas faire de même en montrant l’écart qui sépare l’espérance d’un bonheur généralisé que prône le « développement » et la réalité des pratiques qui se caractérisent par un accroissement des inégalités et l’omni-marchandisation du monde ?
 
 
 
Des tonnes de définitions sont proposées, cependant elles mélangent bien souvent le souhait et la réalité des faits. Or, une bonne définition doit être celle qu’un martien, sans connaissance aucune sur notre société, est à même de comprendre.
Un exemple nous est donné avec le Rapport mondial sur le développement humain de 1991 dont voici la définition :
«  Le principal objectif du développement humain est d’élargir la gamme des choix offerts à la population, qui permettent de rendre le développement plus démocratique et plus participatif. Ces choix doivent comprendre des possibilités d’accéder au revenu et à l’emploi, à l’éducation et aux soins de santé, et à un environnement propre ne présentant pas de danger. L’individu doit également avoir la possibilité de participer pleinement aux décisions de la communauté et jouir des libertés humaines, économiques et politiques. »[1]  
 
Est-ce cela aujourd’hui le « développement » ou est-ce le souhait du PNUD ?
 
La définition de Gilbert Rist, professeur à l’Institut Universitaire d’Etudes du Développement (IUED) à Genève, a le mérite de distinguer les sociétés d’aujourd’hui, caractérisées par l’idéologie du développement, et celles qui l’ont précédées :
 
« Le développement est constitué d’un ensemble de pratiques parfois contradictoires en apparence, qui pour assurer la reproduction sociale obligent à transformer et à détruire, de façon généralisée, le milieu naturel et les rapports sociaux en vue d’une production croissante de marchandises (biens et de services) destinées, à travers l’échange, à la demande solvable. »[2]
 
 
Les pratiques des différents acteurs sur la scène internationale peuvent apparaître comme contradictoires si l’on considère qu’une entreprise a pour objectif le profit alors qu’une ONG va privilégier par exemple le respect des droits fondamentaux.
Pourtant (presque) tous s’accordent sur le fait que l’objectif recherché doit être l’augmentation de la production qui doit permettre l’accès de tous à la consommation, elle-même devenue synonyme d’un plus grand confort de vie. Cette logique à cela de dérangent qu’elle sous-tend que « plus » équivaut à « mieux ».
Il est ainsi encré dans notre inconscient collectif que l’augmentation de la production est synonyme de richesse, mais est ce vrai ?
En effet, comment ne pas admettre que dans certains cas, l’augmentation de la production de marchandises entraîne une destruction d’une part des rapports sociaux et d’autre part des équilibres environnementaux ?
 
Cette remise en cause de la richesse produite renvoie au peu de considération qui est faite des « coûts externes », autrement connus sous le nom « d’externalités » (coûts environnementaux, sociaux…) dans le comptabilisation du Produit Intérieur Brut (PIB).
 
L’exemple du naufrage de l’Erika montre que la destruction du milieu naturel peut engendrer une production et donc de la « croissance », puisque cette catastrophe s’inscrit en positif dans le PIB d’un pays du fait des actions de dépollution entreprises. 
 
Voici à ce sujet un extrait d’une interview de Patrick Viveret, conseiller référendaire à la Cour des Comptes, auteur du rapport : « Les nouveaux facteurs de richesses » remis au Secrétaire d’Etat à l’Economie Solidaire, Monsieur Guy Hascouët,
Question : « : Par exemple le naufrage de l’Erika va être comptabilisé de façon positive et les accidents de voiture aussi ? »
Réponse de Patrick Viveret :« Tout a fait. Et a contrario, les bénévoles qui vont dépolluer les plages, eux, ne sont pas comptabilisés puisqu’ils n’ont pas généré de flux monétaires. Donc on voit bien qu’il y a quand même une représentation de la croissance qui pose problème, et plus les questions qui nous sont posées sont d’un côté les questions sociales et humaines et d’autre part les questions écologiques, moins le taux de croissance nous renseigne sur ce qui est vraiment important pour nos sociétés. Dans le PIB, seule la partie de la richesse qui s’exprime à travers de la monnaie est comptabilisée. Quantités d’autres richesses, richesses sociales par exemple, ne sont pas comptabilisées parce qu’elles ne s’expriment pas par la monnaie. Dans l’exemple de l’Erika, les bénévoles qui vont dépolluer les plages remplissent une fonction positive tout à fait considérable. Non seulement elle n’est pas comptabilisée, mais on peut même dire qu’ils contribuent à faire baisser le taux de croissance, parce que s’il n’y avait pas eu de bénévoles, il aurait quand même bien fallu les dépolluer, donc on aurait envoyé des gens rémunérés. Eux seraient apparus dans le PIB. Par conséquent, les bénévoles, non seulement sont invisibles, mais on peut même dire qu’ils contribuent à faire baisser le PIB. Vous voyez bien que là on marche sur la tête. »[3]
 
Notre représentation de la richesse nous amène à des réactions tout à fait absurdes. Ainsi, un trader à la bourse de New York est amené à affirmer sa joie quand il apprend la catastrophe du 11 Septembre car l’événement va provoquer une hausse du prix de l’or. Ce même trader dit son espoir de voir la guerre en Irak s’enliser afin d’entraîner une hausse du prix du pétrole. Il conclut son intervention par une phrase qui montre que nous marchons sur la tête : « Dans la dévastation, il y a des opportunités. »[4]
 
De la même manière on peut constater que le fait de tomber malade, voir même de mourir, est une « richesse » pour le pays, puisque cela entraîne une augmentation du PIB par le biais des dépenses maladies, des dépenses mortuaires…
 
 
A travers ces quelques exemples nous souhaitons montrer que le « développement » dont le moyen reconnue par tous est la croissance rime beaucoup trop souvent avec « production croissante de biens et de marchandises », adoptant ainsi un angle de vue étroitement économique d’une part et d’autre part qui est fortement lié à une appréciation occidentale des choses comme la maîtrise de la nature par exemple.
 
Pour faire face à cette critique d’un « développement » centré sur l’économie les institutions internationales ont mis en place des nouveaux indicateurs tels que l’Indice de Développement Humain (IDH). Cependant, même avec ce nouvel indice le « piège » reste le même à savoir que la croissance est considéré comme le noyau dur du « développement ».
 
Mais comment ne pas convenir comme Patrick Viveret que : 
 
« L’économie est seconde par rapport à ces deux richesses premières que sont d’un côté les richesses écologiques et d’autre part les richesses humaines. »[5]
 
 
 
Afin de comprendre en quoi Gilbert Rist touche juste, il convient de déconstruire le contenu idéologique du « développement ». C'est-à-dire, d’essayer de comprendre quels principes communément admis sous-tendent le concept de « développement » ? 
La liste qui suit n’est absolument pas exhaustive mais présente quelques préceptes inconsciemment accepté par tous, ceux la même qu’il convient de questionner pour une remise en cause profonde du « développement » :
 
 - Le développement est un processus naturel
Si tous les pays du monde croient dans le « développement » malgré les échecs chroniques que souligne, entre autre, l’exclusion croissante des plus démunis dans nos propres pays, c’est que tous s’accordent pour considérer qu’il s’agit d’un processus naturel, au même titre que la naissance et le bourgeonnement d’une plante. Ce processus comprendrait un ensemble d’étapes à franchir (une révolution agricole puis une révolution industrielle) et de conditions à remplir (bonne gouvernance, respect des droits de l’Homme…).
L’influence des « étapes de la croissance » de Rostow[6], étudiée plus loin, demeure très présent dans notre inconscient collectif.
 
Pourtant, comment imaginer que l’extension du mode de vie occidentale est envisageable à l’échelle du monde quand l’on sait que 20% de la population de la planète s’abroge 80% des ressources ?
 
Nous allons démontrer plus loin que l’état de « développement » des nations occidentales a des causes historiques et qu’il n’est pas transposable.
 
Au moyen de cette métaphore biologique (le développement d’une plante), on rapporte donc un phénomène social complexe à un phénomène naturel, en faisant comme si ce qui est vrai pour l’un est nécessairement vrai pour l’autre. Loin de l’éclaircir, la métaphore obscurcit le concept.
 
- le « développement » se mesure par la croissance.
On pourrait penser que le « développement » réside dans une considération bien plus large que la simple croissance. Cependant, la foi en la croissance est tellement forte qu’il n’est pas possible d’envisager un « développement » autre qu’à travers des indicateurs économiques. Les deux exemples qui suivent l’illustrent parfaitement :
 
Le gouvernement français a appelé, après les attentats du 11 Septembre à la consommation patriotique afin de soutenir la croissance. Or, on a pu observer à la suite de cet événement des éléments positifs non quantifiables comme le don du sang, le renforcement de la solidarité… N’est-ce donc pas absurde que de lire la confiance dans l’avenir, la solidarité ou le patriotisme à travers les chiffres de la consommation ? 
 
Georges Bush Senior proclame en 1992 au Sommet de la Terre de Rio : " Notre niveau de vie n'est pas négociable. " Le niveau de vie se résume-t-il à la seule croissance économique ? Une meilleure qualité de l’air, une meilleure gestion des déchets, une meilleure qualité alimentaire ne sont ils pas des signes de l’augmentation du niveau de vie ?
 
La foi en la croissance a pour conséquence l’adoption d’un angle de vue strictement économique mesuré qui plus est par un indicateur (PIB) qui ne prend pas en compte les destructions systématiques qu’engendre la production. 
 
- La civilisation occidentale est supérieure puisqu’elle est « développée » 
Considérer notre société comme « moderne » est un effet de l’arrogance occidentale et encore une fois de l’adoption d’un prisme de vue strictement économique. Pourtant, toute société s’inscrit dans une tradition.
 
Pour éviter ce travers, il faut éviter le grand partage entre tradition et modernité. Tout le monde ne vit il pas dans le même espace temps ?
 
N’avons-nous pas tous déjà entendu un touriste de retour d’un voyage en Afrique dire : « ils vivent comme au Moyen-Âge ! »?
 
- Le « développement » est une « mission sacrée de civilisation »[7].
Le lexique relatif à la religion est très présent dans de nombreux textes relatifs au « développement ». La charité est une composante essentielle qui marque les discours à tel point qu’il s’agit de se demander si le « développement » n’est pas un élément de la religion moderne ?
 
 
Il apparaît donc que croire au « développement » est une manière linéaire d’envisager l’histoire.
Ce qu’il y a de plus étonnant dans les discours officiels est que tout le monde partage les mêmes constats d’échecs, mais malgré tout le « développement » reste présenté comme une solution et non comme la racine du problème. Voici deux exemples qui montrent le doute que les institutions internationales éprouvent :
 Le dernier rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) établit que « les pays pauvres les moins ouverts à la mondialisation sont ceux qui ont le plus progressé en termes de revenu par habitant, au contraire des pays les plus ouverts. »[8].
Le PNUD affirme dans son rapport sur le développement humain de 2002 que « Pour une grande partie de la planète, les perspectives sont sombres ".
Force est de constater que la croyance en le développement est plus forte que le doute qu’il engendre.
 
Maintenant que nous avons mis en évidence ces lignes de forces inconscientes qui guident notre pensée du « développement », nous allons étudier en quoi le « développement » est d’abord le fruit d’une construction historique et pourquoi il est une barrière à l’autodétermination des peuples.
 
 
 
 
 
La colonisation est, en son temps, considéré comme l’extension planétaire de la civilisation. Sa justification philanthropique est ainsi résumée dans un discours de Victor Hugo, qui expose comment on a pu accepter l’inacceptable :
 
«  La destinée des hommes est au Sud (…). Le moment est venu de faire remarquer à l’Europe qu’elle a, à coté d’elle, l’Afrique (…). Au 19ème siècle, le Blanc a fait du Noir un homme ; au 20ème siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème ; l’Europe le résoudra.
Allez, peuples ! Emparez vous de cette terre ! Prenez la ! A qui ! A personne. Prenez cette terre à Dieu ! Dieu donne la terre aux hommes. Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez la ! Ou les rois apportaient la guerre, apportez la concorde ! Prenez la non pour le canon, mais pour la charrue ! Non pour le sabre mais pour le commerce ! Non pour la bataille mais pour l’industrie ! Non pour la conquête, mais pour la fraternité ! Versez votre trop plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales ! Changez vos prolétaires en propriétaires ! Allez faites ! Faites vos routes, faites des ports, faites des villes ! Croisez, cultivez, colonisez, multipliez ! Et que sur cette terre de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’esprit divin s’affirme par la paix et l’esprit humain par la liberté ! »[9]
 
Pour convaincre l’opinion française, les deux arguments majeurs étaient tout d’abord que la colonisation n’est pas une affaire de choix mais un « devoir moral » pour le bien être général de l’humanité, et d’autre part le « fait accompli », c’est-à-dire que puisque les colonies existent il faut en assumer la responsabilité.
 
Il convient de s’interroger à la vue des similitudes entre colonisation et « développement » concernant d’une part la justification philanthropique et d’autre part la manière de rallier les peuples à la cause. 
 
 
 
 
…à la néo-colonisation[10]
Les dirigeants français n'ont jamais réellement souhaité l'indépendance de leur ancien empire colonial et ce pour plusieurs raisons :
-          des raisons politiques : garder un cortège d'états clients (un réservoir de votes) permettant à la France d'occuper une position importante dans les institutions internationales ; tenir la place assignée à la France dans la "Guerre froide", en évitant la propagation du communisme dans les anciennes colonies.
 
-          des raisons économiques : l'accès aux matières premières stratégiques comme l'uranium ou le pétrole ; la perpétuation des rentes des sociétés coloniales (cacao, banane, bois, café, etc.).
 
-          une raison inavouable : le détournement des rentes africaines finance le mouvement gaulliste (via des circuits qui irrigueront par la suite les autres partis de gouvernement).
 
 
Si la colonisation a élaboré un argumentaire permettant de justifier l’intervention dans les pays extra européens, la SDN va légitimer l’internationalisation de cette intervention au nom de la civilisation.
C’est le traité de Versailles du 28 Juin 1919 qui met fin à la première guerre mondiale et qui est précédé du pacte de la Société des nations créant ainsi la première institution politique internationale permanente.
La SDN attribue des mandats aux anciens pays colonisateurs en les obligeant a rendre des comptes auprès de la Commission permanente des mandats.
Il convient de s’interroger s’il ne s’agit pas de la légitimation d’un régime colonial par une organisation internationale ?
 
Le pacte de la SDN est en tout cas intéressant à plusieurs égards :
Il y figure pour la première fois la notion de « degré de développement » qui justifie un classement des nations tout en affirmant qu’il existe, au sommet de l’échelle, des nations « développées ».
 
De plus, la justification des mandats se coule dans un langage humanitaro-religieux qui se confère à une « mission sacrée de civilisation »[11]. Il y aurait donc au delà des intérêts politiques et économiques, des valeurs universelles[12] qui légitime l’intervention auprès d’autres peuples.
 
Ne retrouve-t-on pas dans le discours actuel ce même évolutionnisme, ce même universalisme et cette même justification philanthropique ?
 
La colonisation et le système des mandats occupent le même espace temporel, spatial et idéologique. C’est cet espace qui a permis d’ouvrir la voie au « développement ».
 
 
Le 20 Janvier 1949 Truman prononce son discours d’investiture. Trois idées firent rapidement l’unanimité : Les Etats-Unis continueraient à soutenir l’ONU, à poursuivre le plan Marshall et enfin à participer à la création d’une organisation commune de défense (OTAN) pour faire face à la menace soviétique. Une extension aux nations défavorisées proposée par un proche de Truman fut acceptée parce qu’elle semblait originale et populaire. Il s’agit du point IV.
Ce texte est la source de notre vision actuelle du « développement ». Il innove tant sur le plan conceptuel que dans la manière de concevoir les relations internationales :
 
-         une nouvelle vision du monde : le « sous développement »
C’est la première fois que l’adjectif « sous développés » est employé dans un texte à pareille diffusion.
L’apparition du « sous développement »évoque non seulement l’idée d’un changement possible en direction d’un état final, mais surtout la possibilité de provoquer ce changement. Mais c’est aussi la vision du monde qui change, le rapport « colonisés/colonisateurs » laissant la place à la nouvelle dichotomie « développés/sous développés ». Dans le premier cas, les deux parties n’appartiennent pas au même univers, il n’était pas envisageable que les colonisés deviennent les colonisateurs alors que dans le second, les « sous développés » ont l’espoir (l’illusion ?) de pouvoir atteindre le stade suprême de nations « développées ».
 
-         L’ère du « développement »
On a parlé après la seconde guerre mondiale du droit à l’autodétermination pour les nouvelles nations indépendantes mais l’on voit qu’en gagnant leur indépendance, les anciennes colonies ont perdu leur identité et leur autonomie économique et politique parce qu’elles ont été contraints de cheminer sur la voie du développement tracé par d’autres qu’eux.
Il s’agit ici d’une critique fondamentale à savoir que le « développement » a ôté toute possibilité pour les peuples d’envisager le futur autrement qu’à travers l’étroite fenêtre du « développement ».
 
Comme le dit Gilbert Rist : « La solution ainsi proposée est véritablement hégémonique car elle passe non seulement pour la meilleure, mais encore pour la seule possible. »[13]
 
 
La conférence de Bandung de 1955 marque le début d’une revendication collective pour l’autodétermination des pays du Tiers Monde dans le domaine du « développement ». A priori, il y avait tout à y gagner : respectabilité et prospérité. Pour autant, cette conférence que l’on considère souvent comme l’expression d’une position forte des pays du Tiers monde ne s’écarte pas du chemin évolutionniste du « développement ».
En effet, ce dernier est envisagé comme une nécessité universelle, censée advenir partout au terme d’un important effort d’intégration à l’économie mondiale.
 
Il est aujourd’hui de bon ton de critiquer le célèbre ouvrage de Rostow publié en 1960.
Sa thèse se résume ainsi : 
« A considérer le degré de développement de l’économie, on peut dire de toutes les sociétés qu’elles passent par l’une des cinq phases suivantes : la société traditionnelle, les conditions préalables du démarrage, le démarrage, le progrès vers la maturité et l’ère de la consommation de masse. »[14]
On retrouve dans son écrit l’usage de la métaphore biologique du développement comme ci ce dernier poursuivait une logique implacable en tous lieux et en tous temps.
Son discours est intéressant car il a influencé jusqu'à notre inconscient collectif. On peut néanmoins interroger la pertinence de certains arguments :
-         La société traditionnelle constitue le degré 0 de l’histoire, et correspond à un état naturel de « sous développement » et une manière de le prouver est qu’elles sont en lutte constante contre la rareté. 
Un paradoxe mérite ici d’être relevé : Dans nos sociétés « développées », l’homo oeconomicus est un être à besoins illimités que les acteurs de l’économie tentent de stimuler et de satisfaire. Le rôle de ses acteurs n’est il donc pas de lutter contre la rareté ? Au contraire, à partir du moment où l’on considère avoir des besoins limités, où l’on refuse l’accumulation on se situe dans des sociétés d’abondance.
-         les conditions préalables au décollage : Il s’agit de passer d’une société traditionnelle à une société moderne. On retrouve donc ici la pensée évolutionniste.
-         le décollage, stade que l’on peut mettre en parallèle avec la vision naturaliste du bourgeon qui éclôt.
-         la maturité que Rostow décrit comme le stade où « la société s’adapte comme elle l’entend aux besoins de la production à haut rendement de l’époque contemporaine »[15] 
-         L’ère de la consommation de masse, le stade final censé procuré des « bienfaits incontestables »[16].
 
La modernisation ne serait alors qu’une occidentalisation du monde. Avec l’ère du « développement », tous poursuivent le même but qui s’encre dans la philosophie évolutionniste de l’histoire : l’accession au stade final de la consommation de masse.
 
 
En quoi consiste le « développement à particule » ? Il s’agit d’ajouter au mot « développement » toute sorte d’adjectif afin de lui procurer une nouvelle légitimation. (Développement durable, humain, social, responsable…)
 
Deux évènements ont marqué les années 90 dans le cadre du développement : le rapport Brundtland en 87 et le sommet de la terre de 92. Ils ont donné une audience mondiale aux problèmes de l’environnement. Il est d’ailleurs significatif d’observer qu’aucun projet n’est maintenant pris au sérieux s’il ne comporte pas un volet environnemental.
Dans l’esprit des écologistes, le développement durable peut être pressenti comme un volume de production qui soit conforme à ce que peut supporter l’écosystème. Cependant, l’interprétation dominante est bien de produire plus avec moins. La croissance n’est absolument pas remise en cause, il s’agit maintenant de prendre en compte dans le développement un critère supplémentaire : l’environnement. Cependant le noyau dur que représente la croissance ne saurait être remis en cause : 
« Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle ère de croissance, une croissance vigoureuse et, en même temps, socialement et “environnementalement” soutenable  », énonçait le rapport Brundtland.
 
La perception dominante qu’en ont les dirigeants d’entreprises est ainsi résumée par monsieur Michel de Fabiani, président de BP France : 
« Le développement durable, c'est tout d'abord produire plus d'énergie, plus de pétrole, plus de gaz, peut-être plus de charbon et de nucléaire, et certainement plus d'énergie renouvelable. Dans le même temps, il faut s'assurer que cela ne se fait pas au détriment de l'environnement. »[18]
 
Et si le problème se fait passer pour la solution ?
 
Depuis 1990, le Programme des Nations Unis pour le Développement (PNUD), commande à un groupe d’experts internationaux un Rapport Mondial sur le « Développement Humain ».
Quelques questions s’imposent alors : A quoi bon le développement s’il n’est pas centré sur l’homme ? Est-ce à dire que le développement avait jusque là été inhumain ?
Il s’agissait en réalité d’apporter un supplément d’âme à une notion largement discréditée.
 
 
 
Conclusion
Il est significatif de remarquer à quel point ces événements historiques ont des caractéristiques communes : l’évolutionnisme qui sous tend la supériorité occidentale, la justification philanthropique qui permet de rallier l’opinion et l’universalisme qui légitime l’intervention dans les pays du Sud. D’autre part, tous partagent la croyance que le noyau dur du « développement » est la croissance économique.
 
Par Alcide Hur - Publié dans : Développement
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Dimanche 7 janvier 2007
Le 11 decembre 2006, le professeur Joseph Ki-Zerbo nous a quitté.
 
Rendant hommage à l'homme politique et historien burkinabé, l'historienne malienne Adam Bah Konaré soulignait le mois dernier à Paris "sa contribution inestimable à la réhabilitation de l'histoire de l'Afrique".

"Le Pr Ki-Zerbo fut sans doute un des historiens les plus engagés dans le refus de l'occultation de l'histoire des peuples africains. Il s'est dépensé sans compter pour démontrer qu'il existait une histoire des peuples africains antérieure à la colonisation", avait- elle alors rappelé, invitant à "garder le souvenir de ce grand Africain".

Décédé des suites d'une longue maladie à l'âge de 84 ans à Ouagadougou, le Pr Ki-Zerbo a reçu un hommage unanime dans son pays, en Afrique et dans le reste du monde.
 
Je pense que le meilleur moyen de lui rendre hommage est de lui rendre la parole. Voici des extraits de son livre « A quand l’Afrique » :
 
 
Pour un échange culturel équitable
 
 « C’est par son « être » que l’Afrique pourra vraiment accéder à l’avoir. A un avoir authentique ; pas un avoir de l’aumône, de la mendicité. Il s’agit du problème de l’identité et du rôle à jouer dans le monde. Sans identité, nous sommes un objet de l’histoire, un instrument utilisé par les autres : un ustensile.(…) Par les objets manufacturés qui nous viennent des pays industrialisés du Nord, par ce qu’ils portent de charge culturelle, nous sommes forgés, moulés, formés et transformés. Alors que nous envoyons dans le Nord des objets qui n’ont aucun message culturel à apporter à nos partenaires. L’échange culturel est beaucoup plus inégal que l’échange de biens matériels. (…) Nous sommes transformés par les habits européens que nous portons, par le ciment avec lequel nous construisons nos maisons, par les ordinateurs que nous recevons. Tout cela nous moule, alors que nous envoyons dans les pays du Nord, le coton, le café ou le cacao brut qui ne contiennent pas de valeur ajoutée spécifique. (…) Et notre culture a moins de chances de se diffuser, de participer à la culture mondiale. C’est pourquoi, un des grands problèmes de l’Afrique, c’est la lutte pour un échange culturel équitable… »
 
 
A propos de l’aggravation de la pauvreté en Afrique,
 
Ki-Zerbo parle d’une « jeune prostitué de 14 ans interviewée avec des amies par un journaliste : « Vous n’avez pas peur du Sida ? » Une des filles lui a répondu : « Moi, je préfère mourir du Sida que mourir de faim ». Voilà la situation réelle de la misère. La misère, c’est l’annulation du choix. Et actuellement en Afrique, les gens ont le moins en moins le choix ».
 
 
Sur les nouvelles technologies et le « fossé numérique »
 
« On a intérêt à maîtriser toutes ces technologies de pointe, car il est évident que l’ordinateur ne broie que le grain qu’on lui donne à moudre… Il faudrait que ces technologies interviennent dans un contexte bien préparé. D’abord les logiciels doivent être adaptés à la réalité africaine, par exemple dans l’enseignement. Ensuite, on a besoin de techniciens africains qui soient enracinés dans leur propre culture. Sinon, on reçoit ces technologies comme des jouets : on tapote dessus, c’est agréable, cela produit des effets merveilleux, mais on n’aura pas d’appropriation véritable de l’innovation technologique…(Il faut) un développement ‘clés en tête’  et non ‘clés en main’…On doit gérer l’Internet avec une conscience nouvelle de l’homme du XXI ème siècle ».
 
 
Les droits humains sont-ils vraiment universels ?
 
« En plus des droits naturels, dans toutes les cultures existent des droits civils, sociaux et politiques. Le droit à la solidarité envers les autres êtres humains est aussi un droit reconnu. En Afrique pré-coloniale, c’était un devoir moral, pas seulement juridique. Un dicton bambara dit : « Si tu vois un voleur s’attaquer à un homme, ne dis pas aux voleurs : « Laissez cet homme », mais dis leur : « Laissez-nous ».
Parmi tous les droits, il y a des droits plus importants que d’autres : droits à l’alimentation, à l’éducation, à la santé, à la vie, à la participation démocratique…Qui va s’occuper des citoyens burkinabè qui n’ont pas le minimum nécessaire pour payer l’entrée à l’hôpital, si on abandonne tout au marché ? Il faut empêcher que le marché n’écrase les plus faibles. Le minimum social doit être garanti par l’Etat ».
 
 
Apprendre des pays pauvres
 
 «  Il faut que le Nord ait suffisamment de bon sens et de modestie pour comprendre qu’il peut apprendre quelque chose des pays du Sud. (…) Mais la confrontation des cultures entre le Nord et le Sud est telle que les tenants de la culture occidentale ne conçoivent pas qu’ils peuvent apprendre quelque chose d’essentiel des pays pauvres : tout au plus, non pas un supplément d’âme, mais de folklore, de bonne conscience aussi. (…) Il y a un art de vivre africain, un art de la solidarité, un art de l’altérité, de l’ouverture aux autres que les Européens ne retrouvent plus chez eux. Je regrette que les bases de cette culture africaine soit en train de s’effacer. (…) C’est une apocalypse au ralenti, une énorme perte pour l’humanité. (…)° Mais tout espoir n’est pas perdu. Les cultures sont suffisamment armées, intérieurement, pour résister aux agressions les plus délétères. Elles sont protégées par leur pauvreté même qui les empêche de sombrer dans l’aliénation sucrée de la consommation des bien culturels du Nord par déficit de solvabilité.(…) Je suis persuadé que les plus pauvres ne sont pas les moins riches en matière de conscience. Il y a des gens extrêmement riches, soit disant développés, et des sociétés extrêmement riches où le niveau de conscience n’est pas aussi élevé que dans les sociétés plus pauvres.
 
 
Le développement n’est pas une course olympique
 
Je crois que le développement des êtres humains est trop sérieux pour le laisser entre les mains des seuls économistes. Dans la mesure où les « développeurs » ont réduit le développement à ses dimensions les plus étriquées, les plus matérielles, il faudra, d’une manière ou d’une autre sortir de ce mensonge. (…) Le réduire aux dimensions arithmétiques de l’indicateur de croissance, du taux d’intérêt ou du cours de la bourse est un réductionnisme criminel. C’est, en somme, réduire l’être humain pour le caser dans un jeu qui n’est plus le sien.
(…) Beaucoup de pays africains s’installent dans l’aide qui n’amène pas un développement durable, d’autant plus qu’elle développe des mentalités d’assistés, voire de mendiants. Beaucoup de responsables politiques semblent se dire que de toute manière, il y aura un apport de farine ou de lait en poudre venant de quelque part. Or, on n’a jamais établi la prospérité ni la dignité d’un pays sur l’industrie de la compassion.
Il faut refuser le modèle linéaire du développement. Malheureusement, beaucoup de gens conçoivent le développement comme une course olympique où les peuples sont les uns derrière les autres. D’après les historiens, aucun peuple ne s’est développé uniquement à partir de l’extérieur. Si on se développe c’est en tirant de soi-même les éléments de son propre développement. C’est en étant profondément enraciné qu’on est prêt à toutes les ouvertures.
(…) L’éducation doit être considérée comme le cœur même du développement…Et ce que nous cherchons, ce n’est pas tellement d’augmenter la vitesse du train de l’éducation, mais de changer la direction des rails…(Il faut) se débarrasser d’une plaie aussi honteuse que l’analphabétisme, au lieu de s’installer dans la cohabitation avec lui. En passant par les langues africaines, on restaure du même coup la dignité du paysan. Les paysans sont plongés dans un complexe d’infériorité du fait qu’on leur parle dans une langue étrangère. Si on passe au registre des langues africaines, les paysans se présenteront comme une élite, et non plus comme ceux qui traînent derrière et qu’on doit tirer à bout de bras ».
 
 
A quand l’Afrique
Joseph Ki-Zerbo – Entretiens avec René Holenstein
Editions de l’aube/éditions d’en bas – 2003
 
 
Vous pouvez retrouver d’autres textes de réflexions sur l’humanitaire et les projets de développement sur le blog http://boribana.over-blog.com
 
Par BoriBana - Publié dans : Bori Bana (La vie quoi...)
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Jeudi 13 avril 2006

CPE ; Ne crions pas victoire tout de suite, tout reste à faire !

 

 

Paroles d'un jeune sur les soubresauts d’une société qui marche sur sa tête...

 

 

 

 

 

 

Depuis plus de deux mois le Contrat Première Embauche attise les passions et radicalise les oppositions au sein de la population française. Il y a les « pro-CPE » pour qui il représentait l’entrée de la France dans la modernité économique et les « anti-CPE » pour qui il cristallisait les travers d’une civilisation basée sur la précarité et l’écrasement de l’homme.

 

 

 

 

Ce matin le président de la république en coordination avec le premier ministre « a décidé de remplacer l'article 8 de la loi sur l'égalité des chances par un dispositif en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes en difficulté ». Mais ne déclarons pas victoire tout de suite ! Car il n’est pas besoin d’être devin pour sentir que le débat autour du CPE n’était que le catalyseur d’un malaise beaucoup plus profond qui ronge notre société. En effet, nous vivons dans un monde qui fait de plus en plus violence à l’homme. Pas seulement à ceux qui vivent dans la « précarité », mais à tous les hommes. Tout le monde se rend bien compte que cette société basée sur l’accumulation de biens et l’argent n’est pas satisfaisante et qu’elle ne nous apporte pas le bonheur promit. La relation entre les hommes et la terre s’effrite. Les relations entre les hommes se disloquent. Personne n’est heureux, tout le monde le sait, mais peu de gens osent réagir.

 

 

 

 

Les récentes manifestations des jeunes et des moins jeunes témoignent avant tout d’un ras le bol général devant un mode de vie où chacun trouve normal de passer son temps à souffrir, à se faire humilier au travail et à écraser les autres. De manière diffuse, incertaine, nous les jeunes, nous sentons qu’il y a quelque chose qui cloche dans notre monde, que le modèle qu’on nous propose comme le plus évolué ne fait que renforcer tous les jours un peu plus l’écrasement de l’homme.  Bien sûr 3 millions de personnes manifestent pour 3 millions de raisons différentes. Et si chacun de nous sent le malaise grandissant dans la société, nous ne savons pas forcément pour autant quelles alternatives proposer… C’est normal. Mettre le doigt sur le problème ne suffit pas pour le résoudre, mais c’est le premier pas. Evidemment, le niveau de conscience de tout cela est variable selon chaque individu compte tenu de son éducation, de ses expériences de vie, de ses rencontres,… Mais le tâtonnement est là et il est le prémisse d’une lumière nouvelle. Aujourd’hui chacun de nous doit puiser au plus profond de lui-même pour s’interroger sur ce qu’il a réellement envie de vivre individuellement et collectivement.

 

 

 

 

Tous les pays du monde sont actuellement entrain de se gausser ouvertement de la France, ce pays où les « conservateurs » se disputent aux « réactionnaires ». Tout le monde raille cette France qui refuse d’entrée dans la modernité et d’emprunter la grande autoroute de la "flexicurité économique", contraction logique parait-il des mots "flexibilité" et "sécurité".

 

 

 

 

Ils ont en partie raison. C’est la peur qui fait réagir de nombreuses personnes. Le paradoxe est que c’est un réflexe souvent individualiste – je vais perdre mon emploi, ma situation personnel va se détériorer – qui pousse beaucoup de syndicalistes et même certains jeunes à dénoncer un gouvernement ultralibéral qui disent-ils ne privilégie que les entreprises et survolte l’individualisme.

 

 

 

 

Mais le fait que les manifestants ne saisissent qu’une petite partie de la réalité de l’oppression – celle qui les touche directement – ne change rien au problème de fond : ceux qui critiquent la France vivent eux-mêmes dans des sociétés qui souffrent et qui ne sont pas plus satisfaisantes que la notre… Parce que le chômage est plus faible aux Etats-Unis et en Grande Bretagne la vie serait-elle meilleure ? Parce que le droit du travail y est plus flexible le sourire sur le visage des gens serait-il renforcé ? Non, malgré leur sourire goguenard et leurs yeux espiègles les habitants d’autres pays ne semblent pas en mesure de proposer un mode de vie qui soit réellement respectueux de l’homme…

 

 

 

 

Le plus étrange est que fondamentalement, ce constat – notre modèle de société ne fonctionne pas - est partagé de manière plus ou moins consciente par tout le monde. Mais peu de gens osent tenter de nouvelles voies alors le monde continue de marcher sur sa tête...

 

 

 

 

Sven Lindqvist, un auteur suédois, résume bien ce phénomène : « Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui nous manque, c’est le courage de comprendre ce que nous savons et d’en tirer les conséquences. »[1]

 

 

 

 

Incapable d’emprunter d’autres chemins plus en accord avec les aspirations profondes de l’humanité, nous essayons de faire du bricolage, de mettre des pansements en proposant sans cesse des demi-mesures qui visent à atténuer les effets négatifs de notre mode de vie…

 

 

 

 

Mais tout cela ne change rien sur le fond et ne pourra jamais résoudre les vrais problèmes. Il faut arrêter une bonne fois pour toute de continuer à se prostituer pour un système qui ne créé que des perdants sur le long terme et refuser d’être les esclaves d’un système économique que plus personne ne maîtrise.

 

 

 

 

Quand on commence à tenir ce genre de discours, tout de suite le regard de nos interlocuteurs s’illumine d’une lueur de peur mêlée à de grosses goûtes de mépris… Chacun s’imagine que nous voulons faire la Révolution avec un grand « R ». Pourtant tout ce que nous désirons c’est que chacun adopte un mode de vie qui soit plus en accord avec ce qu’il a réellement envie de vivre. C’est-à-dire que quotidiennement nous fassions le choix d’être heureux ensemble plutôt que malheureux chacun de son côté. Choisir un mode de vie simple et joyeux ne tient absolument pas du vœu pieux et naïf ! Aujourd’hui il existe déjà de nombreuses personnes qui essayent au jour le jour de vivre différemment, plus proche de la terre, d’eux-mêmes, et des autres.

 

 

 

 

Il est urgent de se réunir entre habitants d’un même quartier, d’une même ville pour réfléchir ensemble et débattre de la direction que nous voulons prendre, de la vie que nous voulons pour nous-même et pour nos enfants. Il n’y a pas de recettes miracles, pas de voie unique, juste des chemins à essayer. L’avenir n’est pas figé, il est bien plus à inventer ensemble qu’à deviner. George Bernanos disait : « On n’attend pas l’avenir comme on attend le train, l’avenir on le fait. » A nous de décider que demain nous voulons une société où chacun puisse s’épanouir et non pas juste s’enrichir.

 

 

 

 

Espérons que le débat provoqué par le CPE sera l’occasion pour chacun de s’interroger beaucoup plus profondément sur ses motivations, ses rêves, ses envies,… pour soi et pour la société.

 

 

 

 

Ignace Fabiani

 

 

Le 10 Avril 2006 de Kigali

 

 



[1]              Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes, Le serpent à plumes

 

 

Par BoriBana - Publié dans : Bori Bana (La vie quoi...)
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Mercredi 16 novembre 2005

A travers ce texte nous avons avant tout voulu chercher à provoquer la discussion et le débat sur un sujet qui nous parait fondamental pour tous ceux qui veulent travailler dans des projets dit de « développement » ou « humanitaire ».

En effet comme beaucoup d’autres personnes qui s’intéressent à ces sujets, nombreuses sont les questions qui nous trottent dans la tête :

-          Qu’est-ce que le « développement ?»

-          Est-ce forcément une bonne chose ?

-          Pourquoi veut-on tant partir « aider les autres » ?

-          Quels sont les points clés d’un projet qui se fasse vraiment AVEC les personnes concernées et non pas POUR elles ?

-         

 

 

Le présent document est le résultat d’interrogations menées pendant et après notre scolarité à l’Ecole 3A, dont nous sommes sortis l’année dernière. Avec d’autres, nous avons essayé d’approfondir ces questions et de chercher à proposer des pistes de réflexions pour avancer sur ce sujet.

  

 

En effet, à l’occasion de nos différents stages et des discussions avec des personnes travaillant en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie, nous nous sommes aperçus qu’il ne suffisait pas de vouloir faire le bien pour bien faire. Aujourd’hui force est de constater que beaucoup de projets humanitaires et de projets de développement se révèlent inutiles, voir contre-productifs.

 

 

C’est à partir de ces constats et de ces questionnements que nous avons décidé de rédiger ce document.

 

 

Nous n’avons évidemment aucune prétention « au savoir » sur ce sujet. L’important pour nous n’est pas de chercher à avoir le dernier mot, mais plutôt le juste premier. Celui qui va nous obliger à nous interroger et à chercher à creuser plus profond. A travers ce texte nous avons simplement voulu partager avec vous le fruit de nos lectures et de nos rencontres sur un sujet qui ne cesse de nous taquiner…

 

 

Aujourd’hui, nous avons besoin de votre aide, de vos idées, de vos expériences, pour continuer à réfléchir ensemble sur la manière dont nous pouvons monter des projets qui se fassent réellement au rythme de chacun, c’est-à-dire d’abord des plus fragiles et où les habitants se sentent réellement acteurs et initiateurs du projet.

 

 

Nous vous invitons donc à lire ce document et à nous renvoyer vos critiques, commentaires, suggestions, idées,… Plus que les bienvenues vos idées sont nécessaires pour avancer ensemble dans cette réflexion.

 

 

Bonne lecture  

Ignace et Ben

 

 

Télécharger ici le document :

 

« Le Développement qu’en sais-tu ? »

 

 

Quelques pistes de réflexions avant d’entreprendre un projet dit de « développement »…

 

 

Ou copier le lien ci-dessous :

 

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/01/72/53/docs-developpement/reconsiderer-le-developpement.pdf

 

 

 

Pour info voici le PLAN du document :

 

I.       Pour une autre vision du développement

A.    Le développement d’hier à aujourd’hui

 

B.    Remise en cause de concepts établis

 

1)     Reconsidérer la pauvreté

2)     Quand le développement crée la pauvreté : l’exemple du Ladakh

3)     Critique de l’approche des « besoins fondamentaux » : leurs besoins ou nos intérêts ?

 

 

II.    De la réflexion globale sur le « développement » à nos « projets de développement »

A.    Chercher l’erreur : quelques échecs à méditer

 

1)     Comment refaire le monde avec une truelle et un crayon ?

2)     Il ne suffit pas de vouloir faire le bien pour bien faire : l’exemple du don de vélo dans un village au Burkina Faso

 

B.    L’exemple positif de la Cour au cent Métiers à Ouagadougou au cent Métiers à Ouagadougou

 

 

III.  Repères pour l’action : quels sont les « Facteurs Clés de Succès » d’un projet ?

A.    Ne pas oublier notre responsabilité

 

B.    Pas de recette miracle, mais des éléments fondamentaux à ne pas oublier :

 

1)     L’importance de prendre le temps de la rencontre

2)     Refuser l’assistanat

3)     S’adapter réellement aux personnes les plus fragiles tout en gardant des exigences fortes.

4)     Chercher à rejoindre les plus démunis

5)     Ne pas oublier que chacun s’inscrit dans une histoire, c’est-à-dire dans une famille, une communauté, un pays.

6)     Tenir compte de l’existant : ne pas détruire les initiatives déjà existantes.

 

Par BoriBana - Publié dans : Développement
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Mardi 31 mai 2005

Et si finalement le problème n’était pas le OUI ou le NON…

  

 

Alors que dans la plupart des esprits le référendum constitutionnel parait déjà bien lointain, pour nos amis politiciens – et singulièrement pour ceux du parti socialiste – cette question reste cruellement d’actualité…

Les uns s’interroge encore sur les conséquences positives ou négatives que peut avoir ce «  NON » français sur notre pays, mais aussi sur l’Europe, et sur le monde… Pour les autres il s’agit plutôt de savoir quelles conséquences ce vote aura sur l’avenir du parti socialiste.

  

 

Une fois encore, j’ai l’impression que l’on se trompe de débat et donc que nous échappe les questions fondamentales. En effet le résultat du référendum devrait nous renvoyer à des interrogations beaucoup plus profondes sur notre mode de vie.

 

 

Je suis un peu étonné qu’il ait fallu attendre cette campagne référendaire pour que nous nous rendions compte que nous vivons dans une société qui nous fait de plus en plus violence, dans une société où le mépris des plus fragiles et l’indifférence quasi-généralisée sont devenus des principes fondamentaux.

 

 

Comment puis-je prétendre être contre la mondialisation ultralibérale parce qu’elle renforce l’individualisme - et donc voter « Non » -, si c’est un réflexe individualiste - « Je vais perdre mon emploi à cause des délocalisations. » - qui me fait prendre conscience qu’il y a de « légers » dysfonctionnements à ce système ? Si je ne me sens même pas concerné par les crimes que mon pays, la France, commet en Afrique ou ailleurs ? Si je méprise mon voisin ? Si je ne suis pas capable de regarder l’homme qui dort dans la rue en bas de chez moi dans les yeux ?

 

 

Le défi qui est face à nous n’est donc pas juste de dire non à un système qui écrase l’homme, il est beaucoup plus profondément de s’interroger sur notre mode de vie, sur la manière dont nous allons ou pas vers les autres.

 

 

Chaque Homme que l’on croise, à commencer par les plus fragiles que l’on a tendance à ne même plus voir, nous demande, « Qui suis-je pour toi ? ». Mais oui au fond, « Qui suis-je pour toi ? ». Si notre réponse - même inconsciente - est « RIEN » alors nous comprenons l’origine de cette société si foncièrement déséquilibrée et injuste.

 

 

Chaque geste que l’on pose - ou que l’on ne pose pas - est un acte politique, un acte citoyen emprunt d’une nécessaire responsabilité. Le refus d’une société qui ne peut nous satisfaire se vit tous les jours et à chaque instant. Il ne suffit évidemment pas de refuser le traité constitutionnel et de croire que l’on a gagné, car le combat pour changer le monde doit se mener dans notre vie de tous les jours. Il faut chercher à ouvrir plus grand nos yeux et à adopter un mode de vie qui soit plus respectueux de soi, des autres et de notre environnement.

 

 

Cela veut dire développer une exigence non vis-à-vis des autres, mais vis-à-vis de soi-même ! Evidemment c’est beaucoup plus difficile de développer une éthique personnelle que de discourir sur l’éthique que chacun devrait adopter…

  

 

Comme l’explique Théo Klein, « L’éthique n’est pas une montre suisse dont le mouvement ne se trouble jamais. C’est une création permanente, un équilibre toujours près de se rompre, un tremblement qui nous invite à toute instant à l’inquiétude du questionnement et à la recherche de la bonne réponse. »[1]

 

 

Développer une éthique personnelle, cela veut dire sortir du train-train quotidien, refuser la facilité de l’habitude et de la pensée simpliste pour chercher à « travailler à bien penser » selon l’_expression de Pascal ; c’est-à-dire adopter une pensée complexe qui saisit le monde dans ses complications et non selon une grille de lecture manichéenne comme c’est souvent le cas aujourd’hui.

 

 

Pour reprendre l’idée développée par Jean-Claude Guillebaud, « Face au dualisme bêtifiant qui n’oppose que le blanc et le noir, la solution ne réside pas dans une quelconque voie moyenne, ni dans un aimable centrisme, mais dans un au-delà des conflits ordinaires. Il ne s’agit pas de tempérer, mais de traverser. Penser le nouveau ce n’est pas tergiverser, mais s’extirper des mêlées pour tenter de faire le trou (…) et ainsi de pêcher plus profond ! »[2]

 

 

Comment pouvons nous en pas sentir la nécessité vitale d’entrer en résistance contre l’inacceptable aliénation de l’Homme qui se passe sous nos yeux ? La construction d’une société nouvelle est un inlassable travail d’approche et de retrait.

 

 

« Trop dure. », « Trop utopiste. »,  « Cela demande trop d’énergie… »

 

 

Oui bien sûr, chercher à développer une éthique personnelle, chercher à changer son propre mode de vie est évidemment plus dur que de juste critiquer et remettre en cause la société…

 

 

Mais il est fondamental de comprendre que les deux sont intiment liés et donc indissociables. Nous devons aujourd’hui choisir la vie que nous voulons mener individuellement ET collectivement. L’avenir appartient à ceux qui se l’approprient.

 

 

Chacun a la pouvoir d’influencer et donc de construire le monde de demain. Mais pour cela nous devons commencer par notre manière d’aller (ou non) vers les autres, de nous regarder nous même, de consommer,… Il n’y évidemment pas de chemin unique, mais ce qui est sûr c’est qu’il y a des chemins qui vont vers l’Homme, tandis que d’autres poussent à son écrasement.

 

Voici donc quelques pistes pour chercher à se réveiller :

 

 

·                                 Etre à l’écoute de soi-même et des autres.  

 

·                                 Saisir toutes les occasions de « provocations constructives » pour s’obliger les uns les autres à creuser plus profond.

 

·                                 Se poser toujours plus de questions. En poser aux autres. Ne pas se laisser aveugler par cette brume épaisse qui se développe sur nos yeux et qui s’appelle « train-train quotidien ».

 

·                                 Ne pas chercher à avoir le dernier mot, mais bien plutôt le « juste premier », c’est-à-dire celui qui ne peut laisser l’autre indifférent, qui l’oblige à s’interroger et à réagir.

 

·                                 Pour ce faire, chercher à comprendre « pourquoi chacun vit, d’où chacun puise sa force, qu’est-ce qui nous motive ? ».

 

·                                 Etre des empêcheurs de tourner en ronds.

 

·                                 Préserver cette qualité de l’enfance que l’on perd trop souvent : la capacité d’étonnement.

 

·                                 Garder un esprit de non-acceptation intelligente, de révolte positive.

 

·                                 Demander aux amis de nous mettre des coups si l’on dévie trop d’une trajectoire floue et brouillonne mais exigeante et utopiste à la recherche d’une valorisation de chacun.

 

·                                

 

 

Que vous ayez voté OUI ou NON je vous rassure il reste encore un peu de travail… Et ce travail il commence par nous.

 

 

Ignace Fabiani

 



[1] Cité dans La méthode 6 : Ethique d’Edgar Morin, Seuil, 2004, p.57

[2] Le Goût de l’Avenir, JC Guillebaud, Seuil, 2004, p.75

 

 

Par Ignace - Publié dans : Bori Bana (La vie quoi...)
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Mercredi 4 mai 2005

 

 

         On se la pose inlassablement cette question du développement !

 

Eh bien cet aprèm, j’ai bien l’impression d’avoir franchi un cap. C’est Claude qui a éclairé ma lanterne qui manquait un peu de pétrole depuis peu…

 

 

         J’ai pu constater que les rencontres, c’est mieux que les livres parce que c’est vivant et inattendu…le savoir est à chaque coin de rue ! C’est pas parce qu’on nous dit que les gens ne communiquent plus qu’on n’a plus droit de communiquer ! (N’est ce pas l’ami !)

 

 

         Dans cette école, qui ne sait jamais posé la question d’intégrer un projet de développement ? Ca tombe sous le sens pour des gens comme nous qui voulons contribuer à un monde plus harmonieux. A travers des projets, de l’action de terrain concrète, les choses peuvent avancer… Mais ne te sentirais tu pas frustré si après deux ans au sein d’une ONG, ton projet n’ait pas amené une seule chose matérialisable (un pont, une bibliothèque ou un dispensaire par exemple) ? Tu pourrais tout de même la pointé du doigt et dire : "Ca c’est moi qui l’ai fait ! ».

 

 

         Claude lui ne résonne pas du tout comme ça. Pour lui, la rencontre constitue une action permanente d’un projet de développement (pour ne pas tout confondre, le terme de projet de développement ne devrait pas être employé ici, si vous avez des idées, n’hésitez pas ?). Qui accepte de vivre avec les gens ? De mettre de coté le 4*4, le costume, le rendez vous quotidien dans le bar des expat’…

 

        

L’important c’est la rencontre, la compréhension de l’autre, l’échange mais cette logique n’est pas la pensée dominante du milieu « développement ». Peut-être avez-vous déjà eut la vision d’une grosse voiture avec le sigle « UN » à tout allure dans le dédale des rues d’une mégalopole africaine. Pape Diallo, un ami sénégalais me disait d’ailleurs hier : »Ca doit être une sacrée entreprise les Nations Unis ! »

 

 

        Et si le « développeurs » faisaient plus de mal que de bien ?

 

 

Quelle est la base de la majorité des projets ? C’est d’établir un manque, un trou qu’il faut combler. Cette base qui tombe sous le sens de trop nombreuses personnes ne proviendrait elle pas d’un pré requis néo colonial en chacun de nous ? Non, pas moi vous vous dites, c’est impossible…

 

 

Fixer un manque, c’est nécessairement se donner un mode de vie comme référence en l’occurrence le notre. Mais en quoi est il supérieur ? Et au fait, le développement consiste t il en la création de besoins ?

 

 

A mon avis, la différence entre l’humanitaire et le développement se situe ici à savoir que dans le premier on comble un manque et dans le second on se base sur l’existant pour avancer.

 

 

Le facteur durée prend ici toute son importance. Encore hier j’ai répondu à une offre de l’ONG Solidarités qui proposait un poste consistant en la réalisation d’une étude qui permettra d’affecter un projet d’assainissement au Niger. Le problème c’est que la mission était de trois mois !!! Comment établir une relation pérenne dans cet espace temps ? Comment se rendre compte des réalités, s’immerger dans la culture, comprendre la langue, repérer les mécanismes du quotidien ?

 

 

La productivité, érigée comme valeur phare, néglige le facteur temps. Or la question est avant tout : Comment faire pour bien faire ?

 

Combien de projets contre productifs, inefficaces voir destructeurs ?

 

 

N’ayons pas peur de se poser les questions de fond, de remettre en cause notre enseignement et se dire qu’il nous serre à rien sinon à empirer les choses.

 

 

« Les hommes nous enseignent à penser comme des poules et nous nous croyons véritablement des poules, bien que nous soyons des aigles. Etendez vos ailes et envolez vous ! Et ne vous contentez jamais des grains que l’on vous jette. »

 

James Agrey

 

 

N’hésitez surtout pas à régir !

 

 

 

Ben hur

 

Par Ben - Publié dans : Développement
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Mardi 3 mai 2005

 J’avoue que cette petite discussion avec Claude ne peut nous laisser avec l’esprit tranquille…

 

 

 

Ces mots sonnent comme autant de remise en question par rapport à tout ce que l’on nous apprend depuis 4 ans.

 

 

 

Même moi qui croyais avoir un certain nombre de clés de compréhension de cette sensibilité, par l’intermédiaire d’un lavage de cerveau soigneusement orchestrée par mes parents depuis mon plus jeune age, je dois avouer qu’en y repensant cette brève discussion m’a bien remué.

 

 

 

Comment ne pas estimer, cette force de la rencontre, simple, vrai et constructive. Cette force qui vient de la dignité, du respect de chacun. Et qui pourtant s’oublie si facilement dans l’élaboration de tous nos « glorieux projets ».

 

 

 

Cela me fait penser à une phrase de Jacques Salomé qui dit :

 

 

 

« Dans un couple, peut-être que l'important n'est pas de vouloir rendre l'autre heureux, c'est de se rendre heureux et d'offrir ce bonheur à l'autre. »

 

 

 

Et à une autre qui dit :

 

Déclaration des droits
de l'homme et de la femme
à l'amour.

 

« Te rencontrer sans te réduire,
Te désirer sans te posséder,
T'aimer sans t'envahir,
Te dire sans me trahir,
Te garder sans te dévorer,
T'agrandir sans te perdre,
T'accompagner sans te guider,
Et être ainsi moi-même
Au plus secret de toi. »

 

 

 

Vous allez me dire « mais qu’est que ça vient foutre la dedans ! » Jusqu’ici, aucun rapport avec notre réflexion sur le développement… eh bien en fait, je pense qu’elles sont tout à fait adaptables à cette problématique :

 

 

 

« Dans un projet de développement, peut-être que l'important n'est pas de vouloir développé l’autre à partir d’un manque chez lui, mais de se rendre disponible et d'offrir à l’autre cette rencontre, cette écoute et cette reconnaissance. »

 

 

 

et

 

 

 

« Te rencontrer sans te détruire,
T’écouter sans te juger,
T'accompagner sans te guider,
Parler sans vouloir convaincre,
Partager sans vouloir t’imiter,
T'aider sans t’humilier,
T out en acceptant que tu puisse aussi m’aider,
Etablir ainsi une relation de confiance
où l’on avance ensemble »

 

 

 

Bon ok, j’avoue que c’est un peu tiré par les cheveux mais je trouve cela rigolo… et vrai.

 

 

 

Je reprends donc le fil de la discussion. « La rencontre c’est une action », cette phrase résonne aussi encore dans mes oreilles. Cela remets en cause toute notre manière de voir, toute notre perspective. Il n’y a plus de « Nord », ou de « Sud », juste des individus qui veulent être respectés et reconnus en tant qu’Homme à part entière. Claude rajoute d’ailleurs : « On à travaillé au Burkina comme on aurait travailler à Lyon, ou ailleurs… » C’est-à-dire en cherchant simplement à comprendre les gens et à voir de quelle manière il serait possible de les accompagner dans leurs rêves, leurs projets, leurs envies.

 

 

 

Il ne s’agit pas de projets de « développement », - car cela induit forcément une notion d’échelle, de plus et de moins, et après tout qui est le « développé » dans cette histoire ? - Non en fait il s’agit juste des projet d’un homme, d’une femme, d’un groupe de jeunes, ou d’un village,…

 

 

 

Mais en même tant, c’est sûr que cette pensée nous fait violence, car c’est beaucoup plus exigeant de faire « avec » et non « pour », et de se dire qu’on n’est pas « efficace » au sens occidental du terme. Et comme le dit Ben, le valorisation ne vient-elle pas d’abord du visible, du palpable ?…

 

 

 

Or c’est vraiment là qu’on en arrive à la question fondamentale de savoir : pourquoi voulons nous tant faire de l’humanitaire, monter des projets de développement, "aider, aider, et aider, tous ces pauvres gens qui ont eu le malheur de naître dans le mauvais hémisphère…"

 

 

 

Il semblerait que c’est avant tout pour nous, pour soi. Car pourquoi sinon continuer à entretenir les déséquilibres, voire à les créer, à monter des projets sans concertation,… ?

 

 

 

Dur de se remettre aussi fortement en cause… dur de se dire que nous n’allons pas sauver l’Afrique… dur d’imaginer que nous devons « sacrifier » au moins 10 années de notre vie si nous voulons réellement accompagner des projets que nous ne pouvons même pas imaginer au départ de notre expérience…

 

 

 

Dur mais o combien salvateur.

 

 

 

Car cette réflexion, ce travail de remise en question, n’est-il pas un pré-requis nécessaire pour tous nos projets à venir ?!?…

 

 

 

Continuons ensemble à avancer…

 

Ignace

 

Par Ignace - Publié dans : Développement
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