Le développement est une œuvre complexe, tant de questions se posent, tellement d’avis divers. C’est une nécessité de creuser plus loin que les cours qui nous sont dispensés à 3a, notre RESPONSABILITE est énorme. Le constat du développement des trente dernières années est criant, comment pouvons nous répondre au défi ? Imaginer d’autres choses, se questionner, créer, s’informer…
Après la première journée développement, nous avons crée un site de partage d’expériences sur la thématique du développement : http://boribana.over-blog.com
N’hésitez pas à faire des commentaires pour que ce site soit un lien entre les expériences de chacun.
Tout le monde s’est bien prêter au jeu et les 2 heures de débat étaient vives et stimulantes, voici donc un des comptes rendu les plus sexy de l’année. Je peux, en tout vous garantir que je prends plaisirs à le rédiger. Merci à vous tous !
LE DEBAT
• Comment passer d’une société traditionnelle à une société moderne ?
«Pourquoi ne pas laisser tranquille ces sociétés traditionnelles. »Remarque spontanée et juste de Benoît. Ne rentrons nous pas déjà dans une logique néo colonisatrice en posant cette question? En effet, cette question oppose deux types de sociétés ce qui relève d’une simplification de la réalité car il n’y a de société uniforme. Les enjeux sont différents au Rwanda, en Chine, au Sri Lanka, dans les faubourgs de Lyon ou dans la campagne tchèque. De plus, l’adjectif « traditionnelle » connote, dans notre imaginaire collectif, l’immobilisme en opposition avec le caractère dynamique d’une société moderne.
Pour parler de développement, il faut donc déjà décoloniser notre imaginaire. Que veut dire aide, développement, que sous entend le mot « traditionnelle » ? Par exemple en kinyarwanda (la langue employée dans tout le Rwanda), la traduction de développement est : marcher, se déplacer. On remarque qu’à la différence du mot français « développement », dans le fait de se déplacer, il n’y a pas d’indication de direction. Ben disait à ce sujet : »Il n’y a pas qu’un chemin pour se rendre au sommet de la montagne. » Peut être y a-t-il d’ailleurs plusieurs montagnes…
Ne faut il pas se demander, au lieu de l’exclure sans y réfléchir, si nous ne sommes pas emprunt de pré jugé néo coloniaux. Les mots que nous employons transpirent l’histoire de notre pays, nous ne pouvons les employer innocemment.
Pour une histoire du mot « développement », je vous conseille le livre de Gilbert Rist : « Le mythe du développement ».
En ayant maintenant conscience des limites de la
question, notre nouvelle interrogation est : »Quelles sont les barrières au développement ? ». Elle est plus satisfaisante car elle ne mentionne pas d’opposition (mais
elle la sous entend).
D’ailleurs, le mot « développement » lui-même est il satisfaisant ? Le concept de développement est né après la 2ème guerre mondiale avec le discours du président américain Truman en 49. N’est ce pas une résurrection de la colonisation ? Quelle différence entre colonisation et développement ?
Exemple donné par Mathieu sur les barrières du développement : Dans l’indouisme, quelqu’un qui est amené à changer de caste (en rentrant dans un programme de développement proposé par une ONG occidentale par exemple), modifie sa situation cosmique ce qui constitue un danger dans sa représentation du monde et de l’avenir. Cette réticence à prendre des responsabilités se révèle donc un blocage au développement, un manque de dynamisme.
Faut il briser les acquis culturels ? Comment juger si le développement peut offrir quelque chose de plus désirable ? Cette violence est elle nécessaire ? Comment accompagner un programme de développement sans déstructurer les rapports existants ?
Un autre exemple nous est donné par Charlotte dans le cadre de son stage au Sri Lanka: « Il y a une demande et un recul, un pas en avant et un pas en arrière. » Le manque de prise de responsabilité est encore flagrant et elle rajoute : « Mais ils la demandent cette aide ! ».
Ne serait ce pas la conséquence des projets de développement menés dans le Sud depuis 30 ans qui adoptent facilement une logique d’assistanat ? En ce sens, les organismes de développement ne brisent t’ils pas le dynamisme de ces groupes ?
Il est plusieurs fois ressorti cette volonté (naïve ?) de ne pas déstructurer ces sociétés dites « traditionnelle ». Ben rappelait une caractéristique des sociétés holistes qui est l’équilibre entre travail et consommation. Il se résume avec l’histoire d’un pécheur qui s’apprêtant à monter dans sa barque, est interpellé par un businessman en week end au bord du lac :
- »Puis je aller pêcher avec vous ? » propose le business man.
Les voila partis ensemble…Après quelques minutes, le pécheur attrape un gros poisson et se dirige vers la berge.
- Le capitaliste s’étonne et lui dit : »Pourquoi ne continues tu pas a pécher ? Tu pourrais vendre le fruit de ton travail ! »
- « Pourquoi faire ? » répond le pécheur.
- « Mais ainsi tu pourrais acheter d’autres barques et des gens pourraient travailler pour toi ! » s’empresse le businessman.
- « Mais pourquoi faire ? » répond le pécheur.
- « Ainsi, tu pourrais te reposer. » reprend le businessman.
- « Eh bien tu vois c’est ce que je vais faire maintenant. »conclue le pécheur.
Ceci exprime que la place que ces deux personnes accordent au travail dans leur vie de tous les jours est différente. L’équilibre entre travail et consommation signifie donc : je produis un effort qui correspond à ce dont j’ai besoin pour vivre.
Sur cette base, il est possible de se demander si les projets de développement ne brisent pas les dynamiques du groupe. Par exemple, le micro-crédit est censé accorder une somme d’argent à un groupe de personne qui ont pour objectif de le gérer et de le fructifier. En introduisant un surplus d’argent dans cette société, le programme de micro crédit ne va-t-il pas mettre au repos une partie du groupe ? Ne brise t’il pas les dynamiques locales ?
Il semble que Claude, d’ATD Quart Monde, nous permet de sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes à savoir : Comment la culture peut elle être un moteur du développement plus qu’une barrière ?[1] Ci-joint le compte rendu de son intervention (vraiment intéressante).
Sa réflexion se base sur trois axes :
- Soutenir les initiatives locales.
-
« Ne pas leur emboîter le pas » c'est-à-dire soutenir une initiative mais pas l’impulser.
- Ne pas imposer une vision de la réussite ou de l’échec. Claude disait : » Rencontrer, c'est ne pas imposer une vision dominante de la réussite par l’enrichissement, l’émergence individuelle, mais de tenir compte de ce qui fait les forces, les ressources d’un milieu, de sa capacité à vivre ensemble ». Mathieu exprimait ceci en parlant des enfants qui vivent dans la rue à Catmandou: »La société leur renvoie une image d’eux-mêmes qui n’est pas humaine. » Ils vivent ainsi constamment en se rappelant l’échec dont ils sont victimes.
Claude nous disait aussi : « Ne pas faire l’économie du temps de la rencontre. »; Voici un moyen pour ne pas rentrer dans le piège des barrières du développement. Si l’on prend le temps de construire avec les gens, de comprendre les mécanismes du quotidien, la culture de l’autre ne devient plus une barrière mais une force qui est le terreau de l’évolution du groupe. Nous entendons le développement comme unidirectionnel. Pourquoi ? Ceci est encré profondément dans notre culture et dans nos cours. Ne nous apprend t’on pas dans une école de commerce à repérer un manque pour tenter de le satisfaire ? N’est ce pas cela l’objectif d’une mission exploratoire ? Si nous allons dans un pays du Sud et que nous nous basons sur les manques de ces sociétés, nos références prennent racine dans le monde occidental qui nous a vu naître.
Ben disait : » Nous ne voulons pas d’un développement universel mais d’un développement transculturel. »
Se baser sur l’existant et non sur un manque permet d’échapper au faux problème qu’est la barrière culturelle au développement.
Nous avons souligné les cas du Japon et de l’Espagne comme exemples d’une alchimie entre tradition et modernité. Si quelqu’un a des connaissances sur ces sociétés, sur la manière dont elles ont acquis un niveau de vie confortable en accord avec leur culture, il serait intéressant d’approfondir ces exemples.
• Quels liens entre les ONG ?
Benoît, en se basant sur OXFAM, dit qu’il est important que les structures occidentales établissent des liens avec les structures sur place.
L’intérêt du projet intégré, c'est-à-dire un projet qui prend en compte toutes les sphères de la vie à savoir l’économique, le social, l’environnemental et le culturel, est d’unir les structures de développement autour d’un objectif commun.
Deux grands types de projet s’imposent aujourd’hui : Le projet intégré type ONU avec des objectifs chiffrés en terme de réduction de la pauvreté, d’assurance maladie (projet Global impact), de réduction du sida…et le micro projet type ATD Quart Monde qui ne se fixe pas d’objectifs si ce n’est en terme qualitatif à savoir l’établissement d’une rencontre équilibrée avec cette conviction que la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit. (Le compte rendu de l’intervention de Claude exprime clairement cette idée)
Nous avons aussi évoqué le problème de la corruption des ONG ce qui mériterait certainement de plus amples recherches.
• Les ONG peuvent elles résoudre les problèmes structurels des sociétés ?
Mathieu nous propose deux réponses : Tout d’abord, elles peuvent donner l’exemple qui pourra être suivi, c’est la goutte d’encre. Si je verse une goutte d’encre dans une carafe d’eau, la molécule d’eau la plus reclue, la plus exclue sera emprunte de bleu. Dans tous les cas, les ONG peuvent limiter la casse.
Fabien rétorque : »Le changement va intervenir par le gouvernement, c’est l’exemple de l’Amérique Latine. »
Gandhi dit quant à lui : »Etre le changement. » En effet, se changer soi même, faire sa révolution n’est il pas le premier pas vers tout espoir de changement du monde ?
Ben : »A mon avis le développement ne peut remplir son contrat c'est-à-dire résoudre la misère, car c’est le développement lui-même qui crée la misère. Cette misère est de deux ordres : Psychologique dans les pays dits « développés » du fait de cette tension créée par l’industrie publicitaire qui place l’Homme moderne en état de manque perpétuelle. Misère matérielle, qui est une caractéristique interne un capitalisme, du fait de l’exploitation de la périphérie (le Sud), par le centre (l’occident). Le développement a comme moyen l’économie et comme but l’économie, sortir de ce cercle vicieux et refuser l’économisme est une nécessité pour chacun qui croie qu’un autre monde est possible »
• Pourquoi ne pas participer au développement de notre propre pays ?
Marion, qui a fait son stage à l’armée du Salut, souhaitait nous faire prendre conscience que l’Etat coupe le programme CES (Contrat Emploi Solidarité ?). C'est-à-dire qu’il soutenait financièrement les ateliers d’insertion en les exonérant de payer les charges pour les emplois de réinsertion. Désormais ces charges devront être réglées par les associations. La conséquence en est une sélection darwinienne des associations capables de surmonter ce surplus. Les petites structures sont ainsi vouées à disparaître.
Ne va-t-on pas chercher le trésor perdu, à savoir la spiritualité, la sagesse, un autre rythme de vie en voulant travailler dans des pays du Sud ? Il faut, avant tout, être fière de sa culture qui constitue nos racines. Que fut la révolution française, qui sont Rousseaux et De Gaulle, Descartes et Gainsbourg ?
Pour finir nous nous sommes demandés : Qui sont les pauvres ? Et est ce vraiment ceux que l’on croit ? Le suicide n’est il pas typiquement occidental ?
QUESTIONS A REPRENDRE
Bien sur aucune question n’est clause mais quelques interrogations méritent une attention particulière :
Le développement a-t-il un avenir ?
Quelle est l’histoire du mot développement ?
Quelle différence entre colonisation et développement ?
Quelles sont les barrières au développement ?
Les organismes de développement ne brisent t’ils pas le dynamisme des groupes ciblés ?
Comment la culture peut elle être un moteur du développement plus qu’une barrière ?
Projet intégré ou micro projet ?
Pourquoi tant de corruption dans le monde des ONG ? Des exemples ?
Ne va-t-on pas chercher le trésor perdu, à savoir la spiritualité, la sagesse, un autre rythme de vie en voulant travailler dans des pays du Sud ?
[1] Référence à la conférence : »Les projets de développement qu’en sais tu ? » Animé par Claude, volontaire du mouvement ATD Quart Monde qui a vécu une dizaine d’année à Ouagadougou et Jean Ernst en tant que représentant de la société civile.
Petite Réflexion sur l’Ethnie…
J'ai recherché une définition d'ethnie donnée par des ethnologues, enfin par les modernes bien sûr, non pas par les colonisateurs ou encore les ethnicistes... et on se rend compte qu’il n'y a pas vraiment de contenu à cette définition, mais plutôt une certaine lucidité (récente, depuis les années 60) sur ce qu'on peut en faire et finalement sur comment les ethnologues peuvent s'en dépatouiller, avec la petite cuillère bien sur.......
Donc il était une fois:
Dans tout type de littérature: l'idée d'ethnicité nourrit d'abondants discours, car elle est entre temps devenue un enjeu politique…
Apparaît alors la question du rapport entre « ethnie » et « ethnicité »? Le rapport n'est pas simple...
Entrée dans les mentalités (occidentales et notamment dans celles de nos "scientifiques"): Au départ, l’usage est avant tout ecclésiastique: l’ethnie se construit par opposition aux chrétiens, il s’agit des peuples païens ou "gentils". Ceux ci sont alors appelés dans un langage séculier « nation », « peuple » puis au 19ème s, « race » et « tribu ».
Au début du 20ème s. le terme « ethnie » apparaît aussi dans le langage séculier. Les termes utilisés auparavant sont désormais réservés aux Etats dits "civilisés" d'occidents: « peuple » est alors comprit et vécu en tant que "sujet d'un destin historique" (trop noble pour des sauvages....), et, l’idée des « races », est centré sur des critères purement physiques et donc trop général. Ainsi, l’ « ethnie » est devenue une sorte de "nation" au rabais. Elle se définie par une somme de caractères négatifs (elle n'est ni nation, ni race, ni peuple).
Bien sûr, la nouvelle terminologie qui s'élabore doit aussi répondre aux exigences de la colonisation, elle permet ainsi de "mettre à leur place" les populations conquises, de les fractionner et de les cantonner dans des définitions territoriales et culturelles univoques car soit « disant naturelles ». (Approche critique d'Amselle et M'Bokolo, dans Au coeur de l'ethnie.)
Apparaît des différences de conception en Occident:
L’Allemagne met l'accent sur le sentiment d'appartenance à une collectivité. En France l’ethnie est déterminée avant tout par la communauté linguistique. Enfin, en Angleterre ce terme désigne spécifiquement une minorité culturelle.
Mais, l’unité ce retrouve dans leur usage anthropologique : ils participent tous à la même approche naturaliste et réifiante en faisant de chaque ethnie une entité discrète dotée d'une culture, d'une langue, d'une psychologie spécifique (et d'un spécialiste pour la décrire...).
Cependant grâce aux travaux de F Barth en 69, il y a un changement et on procède à une révision critique: Il développe une perspective historique qui permet de critiquer l'ethnie comme substance et met en vue des processus d'ethnification. Ainsi, dans la même période, des africanistes prennent conscience que bien des ethnies supposées comme « traditionnelles » sont en fait des créations coloniales issues d'un coup de force et basé sur un « langage savant stéréotypé »… (Ainsi les Tutsi et les Hutu)
(Petite parenthèse : les sociétés traditionnelles dans l'anthropologie classique s'opposent aux sociétés modernes, or cette opposition est aujourd'hui remise en cause car toutes les sociétés sont traditionnelles même si elles se veulent nouvelles, traditionnelles dans le sens où elles visent toutes à se perpétrer et à se transmettre, mais toute société voit en l'autre la "tare" traditionnelle puisque l'aspect traditionnel ne peut être définit que lorsque celui-ci devient conscient ce qui veut dire lorsqu'il est ou rejeté ou inexpérimenté.)
Ainsi, la cristallisation autour du terme « ethnie » renvoie toujours à des processus de domination politique, économique ou idéologique d'un groupe sur l'autre. C'est de cette manière que le discours des médias occidentaux sert avant tout à disqualifier des révoltes qui n'ont rien a voir avec des questions traditionnelles (encore une fois le mot "tradition" efface dans nos mentalités d'ethnocentriques toute réflexion sur une quelconque origine, puisque tradition fait référence à l'autre, l'immobile, l'incompréhensible et l'arbitraire).
Mais voici que survient un nouveau coup de théâtre, ces ethnies construites et patiemment déconstruites par les ethnologues et autres sont aujourd’hui devenues des sujets ! Soudain ils reprennent à leur compte, parce qu'ils ne pouvaient exprimer autrement leurs revendications sociales, politiques ou économique, le discours ethniste employé par leur dominants. Ainsi l'ethnicité est devenue une valeur positive d'identité.
La question est alors de savoir si l'ethnicité revendiquée est d'une nature distincte que celle qui lui était imposée (artifice d'état pour manipuler) ou si elle est le signe d'une expression politique radicalement nouvelle? Cette identité enferme t’elle les minorités dans "l'archaïsme" ou ouvre t’elle un réservoir d'alternatives idéologiques et de pluralités culturelles forgées de l'intérieur (une sorte de conscience de classe mobilisatrice et solidarisatrice...?)
Le débat est posé mais l'histoire parle.....
Alors petite conclusion:
Le mot ethnie et ces débats actuels rappelle à l'ethnologie sa complicité dans le processus intellectuel d'ethnification et ses implications réelles dans les sociétés non occidentales... Cependant elle confirme aussi une des conclusions de ses recherches actuelles: l' « ethnie » est un signifiant flottant, n'est rien en soi, sinon ce qu'en font les uns et les autres…
Aujourd'hui:
Critiquant son usage par l'administration coloniale et l'anthropologie classique, elle s'applique maintenant à des contenus SOCIAUX très hétérogènes et permet à l'ethnologue de délimiter son domaine de recherche et son approche sur une population.
Plus que pour parler de groupes minoritaires, la notion d'ethnie est maintenant utilisée pour mettre en cause le rôle des "majoritaires". Elle est surtout posée non plus par rapport à d'autres groupes équivalents, mais à travers sa relation à la société globale. Cette dernière envisage l'ethnie minoritaire comme porteuse de caractères qui l'éloigne de la norme qu'elle (la société) définie. Le groupe dit "ethnique" par la société qui l'englobe est donc étudié par l'ethnologue à l'intérieur d'une relation dont ce groupe est l'un des termes. L'ethnologue spécifie les critères de la relation et non ceux du groupe. Ainsi l'ethnie est pour les chercheurs une catégorie d'analyse pour appréhender une réalité sociale mouvante.
L'ethnie est donc ici le résultat d'un rapport de force étudié par l'anthropologue, souvent une expression d'exclusion vécue par le groupe et visé par la société (ex : les Roms de Roumanie) ou encore l'énoncé d'une différence comme manifestation de caractères immuables ( d'ou l'exclusion du groupe car l'intégration ne se fait que par une singularisation individuelle). Mais l'identité ethnique peut aussi chercher à instaurer une collectivité (les "chicanos" aux US ou les "maghrébins" en France) et n'est pas partout synonyme d'exclusion.
Voila ces recherches m'ont passionnées et m'ont réconciliée avec ma discipline, j'y retrouve ce que j'aime, regarder ce qui est derrière ce que l'on appelle l'autre, et lui permettre de nous remettre en cause quand il nous interroge sur ce que l'on fait et ce que l'on dit sans y penser, apprendre à savoir réajuster son regard quand il le faut.
Magdalena,
5 Février 2004
Une petite histoire pour mieux comprendre ce qui s’est passé au Rwanda en 1994…
1ère Partie
Il était une fois deux voisins qui habitaient depuis la nuit des temps l’un à côté de l’autre, et qui malgré quelques tensions occasionnelles n’avaient jamais connu de disputes véritables.
J’étais un de ces voisins.
Un jour, subitement, pris de rage suite à une dispute avec mon voisin, je le frappe.
Vous, vous me regardez faire et vous ne faites rien.
C’est moi le responsable.
Puis de peur qu’il ne se venge, je le tue.
Là encore, vous me regardez faire et vous ne faites rien. Je vous entends murmurer : « que voulez vous faire, les gens de ce quartier sont comme ça… »
C’est vrai, c’est moi le responsable.
Recommençons l’histoire.
Depuis que je suis petit, vous me répétez sans cesse : « méfie-toi de ton voisin, il est intelligent et sournois, toi tu es simple et gentil, vraiment méfie-toi de lui.. » A l’école, on me clarifie tout cela : « ton voisin n’a pas toujours habité là, en fait c’est un étranger qui est venu essayer de profiter de toi, méfie toi c’est un cafard de la pire espèce ». J’apprends mes leçons, je retiens sans faillir : « méfie-toi », « lui c’est un fourbe », « moi je suis gentil »…
Un jour subitement, pris de rage suite à une dispute avec mon voisin, je le frappe. J’en ai marre d’être méfiant. Alors, comme c’est le seul moyen de m’apaiser, je le tue.
Vous, vous me regardez faire et vous ne faites rien.
C’est normal, c’est moi le responsable.
Recommençons encore l’histoire, allons plus loin.
Petit j’apprends la haine sur les bancs de l’école.
Puis une fois que je suis grand, vous venez me voir et comme nous sommes amis, vous décidez de m’expliquer comment je dois faire pour me défendre, c’est-à-dire pour tuer. Vous avez même la bonté de me m’offrir une arme qui me permettra de veiller plus efficacement à ma sécurité. En partant vous me rappelez qu’il faut se méfier de mon voisin…
Un jour subitement, pris de rage vis-à-vis de mon voisin, je ne peux résister à l’envie d’utiliser ma nouvelle arme… Enfin, je tue cette vermine qui empoisonne la vie du quartier depuis si longtemps.
Vous, vous me regardez faire et vous ne faites rien. Ce n’est pas votre histoire.
Après tout, c’est moi le responsable.
Recommençons l’histoire une nouvelle fois, allons plus loin.
Petit, vous m’apprenez la haine.
Puis vous m’équipez et me formez.
Puis comme on est amis, vous venez me voir et vous me dites : « Ecoute, il faut que je te dise quelque chose de très important : “Sincèrement je crois que toi et ta famille ne seront jamais en sécurité tant que tu n’élimineras pas ton traître de voisin qui ne cesse de comploter contre toi”. »
Je vous remercie pour le conseil.
Vous rajoutez en partant : « Vas-y, torture-le comme on te l’a appris, et ainsi il ne t’embêtera plus. T’inquiète pas, on est derrière toi. »
Vous avez raison, il faut que j’assure ma propre sécurité et celle de mes proches. Je vais donc retrouver mon voisin, je le torture, puis le tue.
Vous, vous me regardez faire et vous ne faites rien. Je sens poindre une certaine fierté dans votre regard. Une fierté pour votre élève.
Cependant, au finale, cela reste moi le responsable.
Recommençons l’histoire une dernière fois, allons plus loin que nous n’aurions pu l’imaginer.
Petit vous m’apprenez la haine.
Puis vous m’équipez et me formez.
Enfin, vous m’expliquez que la seule solution pour résoudre mes problèmes avec mon voisin c’est la « solution finale », c’est-à-dire l’exterminer.
Comme on est amis et que je vous fais confiance, je m’empresse de suivre votre conseil Après l’avoir torturé, je m’apprête donc à tuer mon voisin. Mon malheur est qu’à ce moment-là, son frère arrive pour le sauver. Voilà ma perte… Heureusement, c’est à ce moment-là que vous décidez d’intervenir. Officiellement, selon le conseil de la ville, vous êtes là pour ramener le calme dans le quartier et sauver mon voisin. Mais moi qui vous connais bien, je sais que vous m’avez toujours soutenu, alors je vous accueille les bras ouverts.
Et j’ai bien raison. Tant que les yeux de la ville sont sur vous, vous faites semblant de chercher à aider mon voisin. Mais dès que la ville se détourne de cette scène qui finalement ne l’intéresse pas particulièrement, votre amitié rejaillit et vous m’aidez à achever mon voisin et à repousser son frère.
Je vous en suis éternellement redevable. Vous êtes plus qu’un frère pour moi. Pour finir de me le prouver, vous m’invitez d’ailleurs à venir dans votre propre quartier où vous m’offrez le gîte et le couvert.
Merci.
Cette fois, vous n’avez pas fait que regarder. Vous avez agi. On a agi.
Mais alors,
« Qui est responsable ? »
…
2ème Partie :
Mais au fait, « et si c’était vrai ? »
Imaginons que le quartier où se déroule cette histoire soit un pays, imaginons que ce pays soit le Rwanda, imaginons enfin que ces voisins s’appellent Hutu et Tutsi.
Il était donc une fois un pays où au fil du temps, la population s‘était divisée en deux catégories « socio-économiques » (faisons, pour simplifier, abstraction des Twa). Les Hutu, plus nombreux, se consacraient ainsi principalement à la culture de la terre, tandis que les Tutsi avaient la charge du bétail. Ces deux voisins coexistaient depuis la nuit des temps, l’un à côté de l’autre, et malgré quelques tensions occasionnelles, n’avaient jamais connu de guerre les opposant les uns aux autres.
Mettons-nous à la place d’un Hutu.
Un jour, laissant subitement exploser la rage accumulée vis-à-vis de nos voisins - qui avait soigneusement été entretenue par notre président, père de la nation -, nous nous sommes mis à massacrer quelques Tutsi de notre village.
La communauté internationale regarde, mais ne fait rien.
C’est nous, les Hutu, les responsables.
Puis, suite à l’assassinat de notre président dans l’attentat du 6 avril 1994, nous nous mettons spontanément à assassiner tous les Tutsi de notre village pour nous venger.
Là encore, la communauté internationale nous regarde faire et ne fait rien. Nous entendons murmurer : « que voulez vous faire ? Les gens en Afrique sont comme ça… »
C’est vrai, ce sont nous, les Africains, les responsables.
Recommençons l’histoire.
Depuis que nous sommes petits, les colons belges, en partenariat avec l’Eglise Catholique qui avait le monopole de l’éducation au Rwanda, nous répètent sans cesse « méfiez-vous des Tutsi, ils sont intelligents et sournois, alors que vous les Hutu, vous êtes simples et gentils, vraiment méfiez-vous d’eux… » A l’école, on nous clarifie tout cela : « les Tutsi n’ont pas toujours habité là, en fait ce sont des étrangers qui sont venus essayer de profiter de vous, méfiez-vous, ce sont des cafards de la pire espèce ». Nous apprenons bien nos leçons, nous retenons sans faillir : « méfiez-vous », « ce sont des fourbes », « nous sommes gentils »…
Puis, suite à l’assassinat de notre président dans l’attentat du 6 avril 1994, nous nous mettons spontanément à assassiner tous les Tutsi de notre village.
La communauté internationale regarde, voit, mais ne fait rien.
C’est normal, ce sont nous, les assassins, les responsables.
Recommençons encore l’histoire, allons plus loin.
Petits, nous apprenons la haine sur les bancs de l’école.
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Puis, au début des années 1990, les Français viennent nous voir et comme nous sommes amis, ils décident de nous expliquer comment faire pour nous défendre, c’est-à-dire pour tuer. La France a même la bonté de nous offrir des armes, des munitions et des moyens logistiques qui nous permettront de veiller plus efficacement à notre sécurité. En partant, ils n’oublient pas de rappeler qu’il faut se méfier des Tutsi…
Puis, suite à l’assassinat de notre président dans l’attentat du 6 avril 1994, nous nous mettons spontanément à assassiner tous les Tutsi de notre village. Il faut dire qu’avec les armes fournies par les Français, nous avons les moyens de nos ambitions. Cependant, nous préférons l’arme traditionnelle qu’est la machette. Les armes automatiques ne nous servent que pour contraindre la population hutu dans son ensemble à participer aux massacres de Tutsi.
Pendant ce temps, la communauté internationale regarde, voit, mais ne fait rien. C’est normal, ce n’est pas son histoire.
Après tout, c’est toujours nous, les assassins, les responsables.
Recommençons l’histoire une nouvelle fois, allons plus loin.
Petits, nous apprenons la haine sur les bancs de l’école.
Puis la France nous forme et nous équipe.
Ensuite, comme on est amis, les Français viennent nous voir pour nous dire : « Sincèrement, nous craignons pour vous et pour vos familles. Elles ne seront jamais en sécurité tant que vous n’éliminerez pas les Tutsi, ces “khmers noirs” qui ne cessent de comploter contre vous et de préparer de nouveaux massacres de Hutu. »
Nous les remercions pour le conseil. Nous n’avions pas besoin des Français pour avoir cette idée, mais leur soutien moral et technique nous est tout à fait précieux. Les Français n’hésitent pas à rajouter en partant : « Allez-y, torturez-les comme on vous l’a appris et ainsi ils ne vous embêteront plus jamais. Ne vous inquiétez pas, on est derrière vous. »
Ils ont raison, il faut que nous assurions notre propre sécurité ainsi que celle de nos proches. Nous mettons donc en place un plan d’élimination systématique de tous les Tutsi du pays. Enfin, nous serons en sécurité.
Pendant ce temps, la communauté internationale regarde et ne fait rien. D’ailleurs, nous sentons même poindre une certaine fierté dans le regard de nos formateurs français. Une fierté pour leurs anciens élèves.
Cependant, au finale, cela reste nous, les génocidaires, les responsables.
Recommençons l’histoire une dernière fois, allons plus loin que nous n’aurions pu l’imaginer.
Petits, nous apprenons la haine sur les bancs de l’école.
Puis la France nous forme et nous équipe.
Ensuite, des “extrémistes” hutu dans le cercle de la femme du président Habyarimana, après s’être concertés avec plusieurs militaires et politiciens français, nous ont expliqué que la seule manière de résoudre tous nos problèmes avec les Tutsi c’était la « solution finale », c’est-à-dire de tous les exterminer, même les femmes et les enfants.
Comme nous sommes amis et que nous leur faisons confiance, nous nous empressons de suivre leur conseil. Nous nous mettons donc en marche pour accomplir le dernier génocide du XXe siècle… Notre malheur est que, avant que nous ayons terminé notre “travail”, le FPR - la rébellion armée composée majoritairement de Tutsi - gagne de plus en plus de terrain et va arrêter le génocide. Voilà notre perte… Heureusement, c’est à ce moment-là que nos amis français décident d’intervenir en plus grand nombre. (Certains militaires français étaient déjà là depuis le début du génocide pour nous encadrer.) Officiellement, selon le Conseil de sécurité de l’ONU, ils arrivent pour ramener le calme dans le pays et arrêter les massacres. Mais nous qui les connaissons bien, nous savons qu’ils nous ont toujours soutenus, alors nous les accueillons à bras ouverts.
Et nous avons bien raison. Tant que les yeux de la communauté internationale sont sur les Français, ils font semblant de chercher à secourir les victimes tutsi du génocide. Mais dès que la communauté internationale se détourne de cette horreur - qui finalement ne l’intéresse pas particulièrement - l’amitié de la France rejaillit et ils viennent nous aider à « finir le travail ».
Nous leur en sommes éternellement redevables. Ils sont plus que des frères pour nous. Pour finir de nous le prouver, les Français vont jusqu’à nous inviter à venir nous reposer après ce dur labeur dans leur beau pays qu’est la France où ils nous offrent le gîte et le couvert.
Merci.
Cette fois, tous les membres de la communauté internationale n’ont pas fait que regarder. La France a agi. Nous avons agi. Ensemble.
Mais alors,
Qui est responsable ?
Réaction de Fantine à la conférence : « Les projets de développement, Les projets humanitaires, quen sais tu ? »
Le développement ?... Un bien grand mot dont jai découvert le vide intérieur lautre soir avec Claude et Jean-Erns
Ils ont bien raison tous les deux. Qui est-ce quon est pour pouvoir dire « ça cest bien, il faut que vous ayez ça, et ça ce nest pas terrible, il faut que ça change » ? Il faut quon arrête avec nos normes, nos critères, nos statistiques, nos mesures ! Comment voulez vous mesurer un « niveau de vie » ? Oui, bien sûr, ça peut être utile pour établir des comparaisons, mais ça nen reste pas moins des données relatives. On dit que tel pays est « en développement » seulement parce que lon compare sa situation chiffrée à celle des pays dits « développés », qui, soit dit en passant, ont eux-mêmes créés ces statistiques
Lautre jour jai compris que tout nétait que relativité. Attention, je ne veux pas faire un essai philosophique. Mais seulement, je pense que nous qui voulons travailler dans ce que je nose plus appeler laide au développement, nous qui voulons travailler pour que les choses aillent mieux pour tous à travers le monde et pour une période de temps infinie Nous, nous devons les premiers penser à cette relativité des choses.
Je mexplique. Je pense quil ne faut pas que nous allions dans les pays du Sud avec en tête notre modèle de société, nos valeurs, et nos critères de vie matériels. Il faudrait pouvoir oublier tout ça, mais il faut être lucide, ce nest pas possible. Nous avons intégré tout cela depuis trop longtemps maintenant. En revanche, nous devons y aller pour rencontrer les gens, cest ce que Claude répétait, et cest ça qui fait la différence. Je pense quon est à peu près tous daccord là-dessus, notre motivation pour partir ne doit pas être liée à la volonté de diffuser un modèle.
Mais maintenant que lidée dun avenir professionnel dans le développement paraît superflue que faire ?
On ne vit pas de la seule rencontre avec des hommes et des femmes. Nous voulons tous aider, soutenir, améliorer, mais, autant le dire franchement, nous voulons aussi pouvoir vivre de cela. En fait, je pense que nous pouvons aider ceux qui souffrent au quotidien en leur redonnant confiance en eux, en leur montrant quon nest pas plus forts queux, ce nest pas nous qui avons le savoir, ni eux qui sont ignorants. Il faut juste leur redonner espoir, leur montrer que ce sont eux, et eux seuls qui décident de leur avenir. Et pour cela, mettre nos connaissances à leur service. Vous voulez du concret ? Je ne peux pas et je ne veux pas donner dexemples, parce que si on recommence à avoir des exemples en tête, on va recommencer avec les mêmes conneries, on va recommencer à vouloir appliquer les recettes qui marchent dun endroit à un autre, en oubliant que justement, la diversité à travers le monde est telle, que chaque société, chaque communauté, chaque ethnie, et même chaque village a sa culture et surtout son passé, dont il faut absolument tenir compte quoiquil arrive.
Sil faut une conclusion à tout cela, je voudrais vous demander On est tous là en train de chercher ce quon pourrait faire concrètement pour répondre à nos convictions, mais et si laide au développement, ce nétait pas plutôt déviter que les conneries se fassent ? On serait peut-être plus utiles en cherchant à faire comprendre aux dirigeants, dirigeants du nord et dirigeants du sud, dirigeants économiques et dirigeants politiques, que ce quils font nest pas dans lintérêt des populations. Et surtout leur faire comprendre quil existe dautres alternatives. Peut-être que laide au développement, cest avant tout dessayer de bloquer le processus daggravation de la situation ? Sinon, jai peur que notre action ne serve à rien sur le long terme.
Fantine
La période de
Jean de Léry, un pasteur genevois, est lauteurde lHistoire dun voyage fait en
Quelles seront les conséquences del'expérience de Jean de Léry sur l'évolution du rapport à autrui et à soi-même?
I/D'une vision négative de l'étrangerà une recherche de compréhenssion de celui-ci
A/ L'étranger est initialement considérécomme un « barbare »
Le premier, prisonnier pendant neuf mois des Tupinambas, écrivit une Véritable Histoire et description dun payshabité par des hommes sauvages, nus, féroces et anthropophages... (1557). Son témoignage, enrichi dune série de cinquante gravures, constitue sans doutelun des plus anciens documents ethnologiques sur lAmérique méridionale.
Le texte de Jean de Léry témoigne également de ce ressentiment primaire lors du premier contact avec cette civilisation étrangère. Leurs actions peuvent sembler incompréhensibles et sadiques : ils se moquent de leurs prisonniers, les tuent, les découpent et les mangent. L'ethnocentrisme européen est à l'origine de la récurrence du champ lexical del'horreur pour qualifier les pratiques dites « sauvages ».
B/ Il suscite ensuite l'interrogation etla recherche de compréhension
L'image du sauvage mangeur d'Homme hantant l'imaginaire occidental a ensuite été remplacée par l'analyse plus scientifiquedes anthropologues, qui ont mis en évidence que le cannibalisme était un rituel et non une pratique courante. Il en existe deux formes : l « endocannibalisme »qui consiste en l'absorption d'un ancêtre défunt pour s'approprier son âme et l' « exocannibalisme », tourné vers l'ennemi.
II/La remise en cause du MondeModerne et de la place de l'humanité
A/ La civilisation occidentale est-elleaussi développée que ce que l'on veut croire?
« Si on considère à bon escient ce quefont nos gros usuriers (...) ils sont encore plus cruels que les sauvages dontje parle. ». Le cannibalisme est une pratique qui se trouvait également dans le « Monde Moderne », notamment parmi la population chrétienne se voulant (selon ses propres critères) civilisée et morale. Plus sauvage encore, des corps de défunts ont étés vendu à des enchérisseurs, ces corps étaient alors considéré comme de vulgaires objets, insultant ainsi la victimeaprès sa mort.
B/La place de l'Homme
Au XVIème siècle, la question revête un caractère à la fois religieux et anthropologique. Les théologiens s'interrogent sur le rapport que peuvent avoir ces peuples avec Dieu, le péché, la révélation dont ils semblent avoir été écartés. Il discute pour savoir si les Hommes nouvellement découverts ont une âme. Le débat témoigne néanmoins de la difficulté et des lenteurs qui ont présidé à la constitution d'une idée universelle de l'Homme, à la reconnaissance de l'identité dans l'altérité. En tant que protestant, Jean de Léry s'interroge sur la possibilité des Tupinambas à accéderà la révélation.
Conclusion :
La référence à une nature sauvage définitun questionnement sur la validité de nos propres critères et un appel à la relativité. Jean de Léry et Montaigne, puis la multiplication des expériences humaines ont favorisé lesprit critique et lexamen relativiste de nos institutions,coutumes et croyances. On est frappé, tant par la modernité, que par le nombre et la richesse des chroniques que le Nouveau Monde a inspirées aux navigateurs,explorateurs et missionnaires européens de lépoque de la Renaissance.
Florent
Nétait-il pas temps après 3 ou 4 ans dans une école qui sappelle « Ecole Internationale de Commerce ET de Développement » de chercher à comprendre ce que recouvre et signifie à nos yeux ce « concept-valise » quest le « développement ? »
En effet beaucoup de questions nous trottent dans la tête depuis un certain temps et nous souhaitions donner loccasion à tout un chacun de proposer ses propres pistes de réponses. Le postulat de départ était quaucun de nous ne savait tout sur le développement mais que chacun savait quelque chose qui pouvait être utile aux autres. Convaincus qu1+1=3 nous avons donc décidé dorganiser cette rencontre informelle autour dune tasse de thé pour croiser nos idées et nos regards sur « Le Développement ».
Une trentaine détudiants, majoritairement de lEcole 3A - mais pas seulement - se sont retrouvés le dimanche 28 novembre pour participer à cette journée. Ils se sont séparés en trois groupes de travail distincts. En fin de journée tout le monde sest retrouvé pour échanger sur nos pensées de laprès-midi et en faire ressortir quelques « lignes de forces » pour guider notre réflexion en matière de « développement » et notre action sur des « projets de développement ».
I. Un peu de sémantique : « Quest-ce que le développement ? »
Nous avons dabord défini le développement comme « un idéal vers lequel tendre », avec lidée de bien être, du respect des aspirations de chacun, que chacun puisse décider de ce quil veut vivre.
Mais nous nous rendons compte que « le développement est aussi quelque chose de concret ; ce nest pas juste ce que nous voulons quil soit ». En effet le développement est généralement entendu comme un « processus où il sagit de grandir, de changer, de complexifier ». Nous retenons lidée dune croissance, dune augmentation.
Dailleurs les définitions données par le dictionnaire Larousse vont plutôt dans ce sens :
Nous pouvons noter que ces définitions sont quelque peu réductrices.
Nous relevons un paradoxe dans le discours dominant. On nous explique sans cesse quil faut distinguer croissance économique et développement. Pourtant, on mesure aujourdhui la différence entre le « niveau de développement » des pays, uniquement par des indicateurs quantitatifs alors quil sagit dun phénomène éminemment qualitatif. Nest-ce pas ici la force du monde occidental à savoir la prédominance des chiffres alors que le processus de développement relève avant tout dun changement détat desprit, de perception, dobjectifs ?
En outre, le "sous-développement" est défini par rapport à une "norme", cest-à-dire lEurope et les Etats-Unis. Comme nous avons eu la dialectique entre civilisé et non civilisé nous avons aujourdhui les développés et les sous-développés. Les mots changent, quen est-il de la vision ?
Le développement ne serait il pas plutôt la capacité dun pays à définir sa propre autodétermination ?
II. Réflexions de fond sur le développement
A. Le Constat
1) Le développement, un échec ?
Force est de constater aujourdhui à quel point loeuvre « développementaliste » est un échec. En effet nombreux sont les chiffres qui viennent tous les jours conforter cette idée : - La moitié de la population adulte de 23 pays est analphabète. - Plus de la moitié des femmes de 35 pays ne sait ni lire, ni écrire. - 1,1 milliard de personnes nont pas accès à leau potable.
Il semblerait que le développement suniversalise mais nest pas transculturel. Il serait donc avant tout une occidentalisation du monde menée par les institutions de Bretton Woods.
Pourtant, en quoi le développement devrait-il être une occidentalisation du monde ? Nest-ce pas une violation dun droit fondamental de lHomme que de confisquer lorientation dun groupe de personnes et dimposer un mode de vie ? Oeuvrons pour un développement qui se veut transculturel et non universel.
Par ailleurs si nous prenons limage des richesses comme un gâteau, nous réalisons que la vision capitaliste cest de dire, puisque nous ne voulons pas le partager, nous allons lagrandir ainsi tout le monde en aura (même si cela augmente évidemment beaucoup plus vite pour ceux qui sont déjà riches).
Question : le gâteau peut-il sagrandir jusquà linfini ?
La réponse est de plus en plus clairement, « non ». Les nuisances environnementales de toutes les activités humaines ne font que saccroître, allant jusquà menacer la planète et ses espèces dont lespèce humaine.
2) Quand le développement crée la pauvreté : lexemple du Ladakh
Lexemple du Ladakh - une région dans lHimalaya Indien - est symptomatique dune politique de « développement » qui a « créé de la pauvreté ».
En effet, jusque dans les années 70, la société ladakhie est restée relativement amicale, chaleureuse et rurale. Les gens vivaient paisiblement ensemble dans des villages une vie enrichissante. Laborieuse aussi, bien sûr, mais où le dénuement matériel nest pas signe de misère ni disolement, où la famine nexiste pas, où le travail nest pas une aliénation. Aussi incroyable que celui puisse paraître, les gens vivaient tout simplement heureux. A partir des années 70, le Ladakh va « souvrir au monde ». Sans verser dans un manichéisme excessif ou simplificateur, nous nous apercevons que petit à petit, le tourisme, linfluence occidentale et le modernisme vont bouleverser les repères et les mentalités. Pas à pas, le processus dit de "développement" va saccompagner dun sentiment dinfériorité chez les "sous-développé-e-s" et dun rejet de leur propre culture. Nous nous rendons compte ainsi que la pauvreté peut prendre plusieurs visages : celle du dénuement matériel, qui était autrefois bien vécu au Ladakh, et celle de la misère sociale, celle liée à un complexe dinfériorité, qui ravage aujourdhui la société ladakhie. En effet, avant louverture au monde « Occidental » et à la société de consommation dans les années 70, il ny avait pas de « chômage » au Ladakh, personne ne vivait dans la rue,... Aujourdhui le chômage et les personnes sans domicile sont en constante expansion. En échange il est possible de se vêtir avec des Levis, de regarder la télé et de traire des vaches suisses qui ne peuvent pas se reproduire à cette altitude.
Pour plus dinformation voir le livre d Helena Norberg-Hodge, « Quand le développement crée la pauvreté : lexemple du Ladakh ».
B. Pourquoi le développement a-t-il échoué ?
1) Quest-ce qui détermine notre vision du développement ?
Notre vision cognitive sest construite avec notre environnement, notre éducation, nos systèmes de valeurs et références. Il apparaît donc indispensable de se détacher de notre représentation occidentale du monde pour travailler efficacement sur des projets de développement.
Par exemple :
2) Pourquoi voulons-nous tant « développer » les autres ?
Le développement est issu dun système capitaliste conçu par le centre pour la périphérie. Nous distinguons donc les motivations du centre du système et celles de la périphérie en adoptant la théorie de Samir Amin : les relations entre le Nord et le Sud sont bâties sur un système qui a été pensé au Nord et imposé au Sud.
Les motivations du centre sont de plusieurs ordres :
Humaines :
Stratégiques
Du côté de la « périphérie » la volonté de développement consiste en une envie daffirmer sa capacité à lautodétermination et à retrouver sa fierté perdue, sa dignité.
C. Quels moyens de renouveau pour le développement ?
La question pourrait aussi être « quelle réforme pour un meilleur développement ? » Nous avons constaté que le développement est une oeuvre hypocrite : jamais lensemble des habitants du monde ne pourra prétendre à un niveau de développement semblable au nôtre car la planète exploserait. Nous avons aussi remarqué à notre grande majorité quen tant que Français, nous sommes plus à même dimpulser une dynamique de changement dune partie des valeurs occidentales - que nous considérons comme néfastes pour lHomme - et qui influence profondément toute action développementaliste. A savoir leurocentrisme, la considération de lêtre insatiable, du "toujours plus", le sentiment de supériorité paternaliste, de lêtre dit « civilisé »...
Dautre part, dans un champ qui peut apparaître plus « révolutionnaire » - alors quil ne fait que se recentrer sur les aspirations plus profondes de chaque être humain - nous avons énoncé le fait quil serait positif de revenir à un chemin déquilibre. Ce chemin est celui des sociétés que certains nomment les sociétés non civilisées ou traditionnelles. Sans vouloir relancer le mythe du « bon sauvage », nous ne pouvons que constater que ces sociétés « humaines » se manifestent à travers léquilibre quelles trouvent entre la nature et les personnes, entre nos besoins et nos ressources. Aujourdhui, notre société occidentale (et malheureusement la plupart des autres suivent notre chemin) ne marche absolument pas vers une voie équilibrée. Au contraire elle se fonde sur le changement perpétuel, sur la quête de linnovation, sur le "toujours plus" et donc sur léternelle insatisfaction.
Comment faire pour entreprendre ce virage à 90 degrés ?
Finalement le changement de cap vers un monde plus respectueux des aspirations de chaque être humain commence dans nos actions de tous les jours. En effet, telle une goutte dencre versée dans un verre deau, notre action doit se diluer et sétendre jusquà toucher la plus petite, la plus fragile et la plus aigrie des molécules deau qui composent ce verre pour réussir à faire avancer le monde dans son ensemble.
Toutes les personnes ont une chose en commun, leur humanité. Contribuer à un mieux être de tous les jours passe par une attitude, par des regards. On peut exclure dun regard, dun geste et bien sûr dune parole. Contribuer à un mieux-être, cest considérer chaque homme comme son égal et ne pas offenser sa dignité. La dignité est le carburant qui nous permet à tous davancer.
III. Comment faire pour bien faire ? Comment mener un projet de développement qui ne soit pas « inutile », voir contre-productif ?!?
A. Pourquoi sengager ?
Il nous a semblé quun des pré-requis pour appréhender ce qui faisait le « succès » dun projet de développement était la compréhension des raisons qui nous poussent à nous engager à travailler sur ce genre de projets.
Il en ressort lenvie, voir le besoin, de satisfaire notre côté « humaniste », de se sentir « utile ». Nous recherchons aussi un véritable échange, un enrichissement mutuel. La relation doit exister dans les deux sens.
Il ne sagit pas forcément de sengager "à vie" dans une ONG. Nous pouvons naviguer entre les deux "mondes" (ONG et entreprise). Dailleurs nest-il pas intéressant daller dabord travailler 4 ou 5 ans dans une entreprise pour acquérir une expérience "professionnelle" et "technique". Puis daller avec ce bagage travailler dans le secteur associatif ?
Travailler dans le « développement » cest avant tout une responsabilité !!! Il faut se rendre compte de lespérance que les personnes concernées par les projets placent en nous. Nous sommes responsable vis à vis deux. Nous ne pouvons pas aller se former à létranger au détriment des populations locales, « sur le dos des autres ».
Ceci pose la question des stages où nous croyons savoir faire alors que nous devrions savoir que ce nest qune croyance. En effet, les 3A (dans le sens des 3 continents du Sud) ne peuvent pas être perçus comme de formidables lieux dapprentissage - ou cours de récréation - où nous pourrions aller nous confronter au réel grâce à nos échecs,... Car le problème est que ce réel, ce sont des êtres humains !
B. Quelques « facteurs clés de succès » dun projet intéressant
Un projet de développement veut toujours "améliorer" quelque chose. Mais quest-ce qui nous dit que ce que nous allons faire va leur convenir, leur correspondre ?
Au cours de nos discussions nous avons beaucoup insisté sur le fait que les projets doivent à la fois EMANER, être PORTÉS et MENÉS par les personnes concernées par le projet. Cela signifie quun projet doit non seulement répondre à un besoin mais aussi à une demande de la part des populations locales.
Cependant il ne faut pas tomber dans lextrême inverse où lONG du Nord se confine dans un rôle dobservateur, au risque de devenir un ethnologue. Un projet se nourrit avant tout de dialogue, déchange et découte mutuelle.
Finalement nous sommes là pour donner « un coup de pouce », un accompagnement, initier le dialogue, aider à prendre du recul, proposer des formations adaptées, mettre à disposition nos techniques...
Cest lorsque le projet devient viable et lancé que les accompagnateurs peuvent se retirer, peu importe la durée.
Le problème est quune grande majorité des projets de développement doivent répondre à des exigences très strictes des bailleurs de fonds qui travaillent souvent dans un espace-temps plus réduit. Les initiateurs du projet nont donc pas toute leur liberté pour mener à bien le projet.
Cependant sur le long terme les grandes agences de financement perdraient moins dargent si elles en investissaient un peu plus au départ pour prendre le temps de sentir si le projet sera réellement utile. En effet combien dargent est gaspillé dans des projets superflus voire contre-productifs ?
Ainsi, même « économiquement », pour les bailleurs de fonds, cela vaut le coup de chercher à comprendre les bénéficiaires du projet et de monter le projet avec eux afin davoir des chances de faire un projet qui fonctionne dans la durée.
A nous de le faire comprendre aux bailleurs de fonds...
C. Lexemple positif de la Cour aux cent métiers au Burkina
Lors de cette journée de réflexion nous avons beaucoup parlé de lexemple dun projet « intéressant » : la « Cour aux cent métiers » à Ouagadougou au Burkina Faso.
Cette initiative fut orchestrée par le mouvement ATD Quart Monde. Le point de départ de ce projet : deux volontaires sans objectif plus précis que dapporter leur soutien aux enfants des rues de Ouaga. Pendant deux ans, ils ont été à leurs côtés afin de simprégner de leur environnement, de comprendre leurs envies, leurs rêves, leurs ambitions ainsi que les mécanismes de solidarité qui existaient déjà entre les enfants des rues eux-mêmes et entre ces derniers et les habitants de la capitale burkinabée. De nombreuses autres associations présentes sur le terrain ont manifesté leur scepticisme car laction, selon eux, tardait trop à se mettre en place. Selon eux, il y avait des besoins urgents auxquels toute association se devait de répondre. Néanmoins, étant donné que la philosophie du mouvement ATD Quart Monde est portée sur la compréhension de lautre, sur la dynamique positive, il nétait donc pas question de faire vite en prenant le risque de faire mal. Dautre part, les volontaires dATD nont jamais souhaité imposer une action, ils ont toujours attendu que les enfants leur manifestent leurs besoins et surtout leurs envies. Dans un sens, ce sont les enfants qui ont créé leur propre projet et qui lont développé. Les volontaires dATD nétant quun soutien. Au bout de deux ans de rencontres et déchanges, la première « action » des volontaires dATD a été de laisser à disposition des enfants un jet deau où ceux-ci pouvaient se laver. En effet ils sétaient aperçus que les enfants nosaient plus chercher du travail, aller voir leur famille, et même bénéficier de laide dautre ONG car ils étaient sales et quils en avaient trop hontes. Ainsi le simple fait de pouvoir être propre - et donc fier - relançait les enfants dans une dynamique positive et un cercle vertueux. Dans un deuxième temps, il a été décidé de construire un lieu daccueil pour les enfants - en prenant quatre des plus fragiles de ces jeunes pour faire la construction - (réaction des enfants : « mais si eux ils ont réussi à construire ça, alors nous aussi on le peut ! »). Puis sont venus de courtes formations adaptées aux souhaits des enfants, puis un dispensaire, etc.
Ce projet, nous permet de sentir à quel point cest le mépris qui crée lexclusion car il touche la personne dans sa dignité dHomme. Il en ressort toute limportance de prendre le temps de comprendre les gens avec qui lont veut travailler, détablir une relation de confiance avec eux. Un projet a besoin pour « réussir » de chercher à réinstaurer la fierté perdue de chacun.
Conclusion
Au moment de tirer le bilan de cette journée, la satisfaction est au rendez-vous. Loin de nous avoir apporté des recettes miracles sur la manière de porter un projet de développement respectueux de chacun, cette journée nous a permis dinitier un processus de réflexion salvateur et qui nous aide à avancer intellectuellement et pratiquement.
Le développement reste pour nous une masse dinterrogations que nous navons fait queffleurer, néanmoins, limportant nétait pas davoir le dernier mot mais de trouver le « juste premier »...
Cette journée nétait pas une fin en soi, mais le début dune prise de conscience.
Nous souhaitons continuer sur cette lancée. Nous espérons que ni lâge ni quoi que ce soit nanéantira cette force revendicatrice qui coule en nous, cette force de décision pour que demain le monde change, car cest à nous de le dessiner, ensemble.
Il sagit de réfléchir sur notre manière dagir à la fois dans notre vie de tous les jours et dans la manière dont nous travaillerons demain sur des projets de développement. Nous cherchons comment assumer les responsabilités individuelles et collectives qui découlent de notre citoyenneté, pour aller vers des relations beaucoup plus équilibrées où le Nord peut apprendre du Sud et où ceux qui sont intégrés dans la société peuvent apprendre de ceux qui vivent lexclusion, tout en se respectant. Partout à travers le monde, même ici à Lyon où tant de familles fragilisées par les difficultés de la vie, voient leurs liens familiaux brisés dans des logements insalubres qui ressemblent fort à des bidonvilles, lhomme demande à lhomme « qui suis-je pour toi ? ». Mais oui au fond, « qui suis-je pour toi ? »
Collectif
Si les démocraties libérales s'ouvrent de plus en plus à des cultures et coutumes hétérogènes la discrimination à l'embauche illustre une possible réticence face à cette augmentation du droit à la différence.
« On ne fait pas une cité à partir d'hommes semblables » (« La politique » Aristote, 384-322 av JC).
Sur cet héritage politique antique se sont construits toutes les organisations politiques démocratiques occidentales. Les régimes totalitaires se sont au contraire construits sur la négation de ce principe.
Cependant le droit à le différence peut être aujourd'hui source de problèmes au sein des démocraties libérales, comme le soulignait le Générale De Gaulle : Comment voulez-vous gouverner un pays qui compte plus de cent variétés de fromages ?.
Un étranger, au sens large, est une personne qui n'appartient pas à un groupe donné.
Le droit à la différence, c'est le droit à ce qu'un écart par rapport à une norme ne soit pas perçu comme une infériorité, voire comme une infirmité, ni stigmatisé socialement. Enfin une discrimination au sens large est l'action d'isoler et de traiter différemment certains individus ou un groupe entier par rapport aux autres.
Il peut sembler paradoxal que le droit à la différence est un héritage inévitable du processus démocratique, alors qu'il peut être aujourd'hui source de clivages.
I/ Si le développement du droit à la différence est inéluctable en démocratie, sa mise en place demeure cependant problématique
A/La reconnaissance du droit à la différence est un impératif démocratique
1/Origine de l'engagement de l'Etat en faveur du droit à la différence
La reconnaissance du droit à le différence est la reconnaissance d'une donnée existentielle : deux êtres totalement identiques n'existent pas. La différence est un facteur inévitable de l'évolution (« De l'évolution des espèces au moyen de la sélection naturel » Darwin, 1859).
Ce droit est désormais reconnu par tous les textes démocratiques : La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (DDHC, 26août 1789), la liberté d'expression (1881), la liberté de culte (1905). L'idée démocratique du XXème siècle est d'utiliser la différence comme facteur d'enrichissement culturel, il existe une certaine valorisation des sociétés pluriethniques.
2/Il n'en reste pas moins que l'action de l'Etat doit être suppléée par des initiatives privées
Si les démocraties se fondent sur le droit à la différence, les discriminations persistent, celle ci sont alors combattues par des associations ou entreprises.
L'organisation de la campagne anti-discrimination d'Adia n'est qu'un exemple d'initiative d'origine privée. Il faut cependant noter que l'image que souhaite véhiculer Adia par cette campagne publicitaire n'est pas dénuée d'intérêt. En effet par ce moyen elle se place dans l'image d'une agence d'intérim intègre et non discriminante portant ainsi à choisir Adia et non une autre agence où le soupçon de pratiques discriminatoires reste présent. Dans un même temps cette campagne publicitaire évoquant un problème de société réel, permet de mettre en lumière et d'initier une réflexion sur ce rapport à la différence souvent discriminatoire.
De même, des associations comme SOS Racisme, ou Touche pas à mon pote, luttent contre la discrimination raciale, alors que les Chiennes de Garde s'attaquent aux discriminations touchant les femmes.
B/Mais ce droit reste extrêmement difficile à appliquer
La discrimination ne se fait pas disparaître par décret, car elle se fonde sur une stigmatisation consciente, mais surtout inconsciente de l'individu résultant de phénomènes sociaux et comportementaux profonds.
Ainsi dans son ouvrage Stygmate, le sociologue américain Erwing Goffman (1922-1982) montre que l'existence de signes extérieurs inscrits dans le corps de certains est l'occasion pour les autres de les marquer comme déviants.
Si l'individualisme et la société de consommation prônent le droit à la différence, l'uniformisation et la standardisation s'imposent par mimétisme dans différents groupes hétérogènes entre eux. Ceux-ci se perçoivent alors comme différents, cela rendant parfois propice des situations conflictuelles.
Si la France c'est dotée d'un cadre législatif développé, le nombre d'affaires jugées par la justice est faible par rapport aux actes discriminatoires commis.
En illustration, la première enquête par testing organisé par ADIA et Jean-François AMADIEU (directeur de l'Observatoire des discriminations) sur la discrimination à l'embauche mets en évidence des méthodes de recrutement douteuses. Ainsi un candidat handicapé, où la nature de son handicap n'est pas spécifié à l'employeur, reçoit 15 fois moins de réponses positives que le candidat de référence, tout deux ayant le même niveau de qualification. Le candidat d'origine maghrébine obtiendra quant à lui 5 fois moins de réponses positives.
Le droit à la différence, doit-il interdire ou tolérer les opinions contraires aux idéaux démocratiques comme le néonazisme? On peut penser que la différence ne devrait pas être acceptée lorsque celle-ci prône la haine raciale.
II/Paradoxalement la création artificielle de groupes peut-être à l'origine de réduction d'inégalité, c'est une autre vision du droit à la différence
A/La discrimination positive permet de réduire certaines inégalité
La discrimination positive cherche a améliorer la condition de vie de catégories considérées comme désavantagées.
Si la terminologie de discrimination positive est récente, sa pratique est ancienne, ainsi le concept même d' Etat Providence se fonde sur une redistribution au plus démunis, forme de discrimination positive. Il est ainsi possible de réduire les inégalités, et de relancer l'économie par la demande des plus démunis.
B/Cependant, la discrimination positive crée de l'inégalité et ne se penche pas sur l'origine des handicaps des catégories qu'elle favorise.
La discrimination positive, traitement inégalitaire d'un groupe de personnes minoritaire dans un objectif d'atteinte d'une plus grande égalité, ne répond pas au principe d'égalité de tous devant la loi.
De plus, elle réduit l'individu à une catégorie, à un seul aspect de sa personne. Pour bénéficier de discrimination positive il faut se victimiser. Enfin, le bénéficiaire peut accéder à un poste alors qu'il est incompétent.
Ainsi le slogan d' Adia : Ne vous fiez pas aux apparences, fiez-vous aux compétences. lutte contre les préjugés et la discrimination. La discrimination positive n'est alors pas une solution pour Adia dans le sens où celle-ci ne se fit pas aux compétences de l'individu, mais à l'handicap qu'il peut avoir.
François AMADIEU ayant travaillé en collaboration avec Adia se positionne également contre la discrimination positive, car celle-ci ne lutte que contre les conséquences de discriminations plus profondes et ne s'attaque donc pas à l'origine des problèmes.
C/Il existe d'autres moyens de lutter contre la discrimination.
Le rapport de la cour des comptes du 23 novembre stigmatise entre autre les échecs de la politique d'intégration des immigrants. Elle propose la création d'une Haute autorité de lutte contre les discriminations dans le monde de l'entreprise. Un amendement sera certainement inclus concernant l'homophobie, puisque le gouvernement a du retirer le projet de loi contre celui-ci sous la pression de la cour des droits de l'Homme qui craint une dérive communautariste.
Recommandations de la cour des comptes à l'Etat :
- Participation de l'Etat aux plateformes d'accueil pour immigrés
- Favoriser la scolarisation des enfants
- Evaluer avec diagnostic dès l'accueil d'un nouvel arrivant afin de proposer des prestations personnalisées en terme de logement et de santé. Ce diagnostic se poursuivrait sur deux ans.
- Développer le cautionnement ou le tiers payant de l'employeur pour l'obtention d'un logement privé.
- Créer une autorité indépendante pour l'attribution des logements sociaux
Le rapport Bébéar des entreprises aux couleurs de la France demandé par le premier ministre développe l'idée de CV anonyme qui rallie de nombreux partisans. Le 22 novembre une charte de la diversité a été signé par 44 entreprises. Cette charte est directement inspirée de la politique d'ADIA en matière de recrutement : NE VOUS FIEZ PASAUX APPARENCES, FIEZ VOUS AUX COMPETENCES.
En conclusion nous dirons que le droit à la différence est nécessaire en démocratie même si son application peut être à l'origine de problèmes. Comme l'illustre la campagne publicitaire d'Adia, les luttes contre la discrimination peuvent être aussi bien d'initiative privée que publique. Aujourd'hui le droit à la différence pose la question de discrimination positive, moyen de réduction des inégalités par le processus de catégorification de la population. Cette méthode n'est pas en accord avec les valeurs républicaines et n'est pas soutenu par Adia. Il existe cependant de récentes alternatives à la lutte contre la discrimination qui restent à être mis en place.
Février 2005
Retour en famille, retour aux copains
Un mois de gestation à Lyon,
Un mois dans le cocon,
Je reçois, je bois la vie, je suis
Ce saut de géant maura vraiment permis de prendre du recul
Et même si pour la première fois de ma petite vie
Je nétais pas le 8 décembre à Lyon
Jai quand même pu vivre les fêtes dans ma maison !
A présent, je suis repartie de ma petite planète
A la découverte de nouvelles nourritures terrestres
De retour à Potosi pour 8 autres mois
Mon regard a changé
Le projet glisse
Les maison souvrent
Tout semble plus simple
Les bases de la confiance de la langue sont posées
à moi de jouer !
Je me prends ma respiration
Et je plonge
Je veux comprendre la mine et sa culture
Ce Cerro Rico, la montagne au cône parfait
Elle mobsède, elle pèse et domine.
Impossible dêtre à Potosi sans être rattrapé par lhistoire
La mémoire de ses habitants est suspendue à cet âge dor.
Entre le XVIIème et le XVIIIème siècle
Potosi rimait alors avec faste, prospérité et démesure insolente.
Ses armoiries disaient « Je suis le riche Potosi, le trésor du monde,
le roi de toutes les montagnes et lenvie des rois »
Aujourdhui seules les quelques 80 églises baroques ont cette mémoire
Car aujourdhui finis les palais
Ce sont des maisons en terre et aux tuiles blanchies
Qui bordent les rues sinueuses aux pavés déchaussés.
Mais ce sont encore les mineurs qui occupent les lieux
Ou plutôt les « ministres du diable »
Car ici une richesse aussi fabuleuse ne peut avoir quune origine possible :
Un pacte avec le diable
En échange doffrandes : feuilles de coca, cigarettes, alcool, ftus de lama
On accède aux meilleurs filons.
Mais tout le monde craint le diable,
Même les femmes
Et quant je suis tombée sur les paroles de cette chanson
Jai frémi
« Népouse pas un mineur, la dynamite est sa fiancée,
Dun violent baiser, elle te lenlève dun jour à lautre.
Je suis mineur, jeune fille, et je te dis ne maime pas,
Même si jarbore maintenant un sourire,
Japporte presque toujours des peines.
Népouse pas un mineur, la silicose laime,
Et, à deux mètres sous terre, elle lui fait son lit.
Népouse pas un mineur, il aime creuser la terre,
Il façonne lui-même la roche avec laquelle elle le dévore.
Je suis mineur, jeune fille, sil te plaît ne maime pas,
Ce qui dans ton corps est déjà en fleur,
Narriverait pas à porter des fruits. »
la mine doù les femmes sont écartées, car elles font fuir les filons
la mine lempire du diable, des hommes et de lalcool !
Cest encore une histoire de diable
Tout commence un vendredi soir,
Les saints patrons sont célébrés dans les mines
Puis le samedi, au petit matin,
Les femmes préparent la nourriture et soccupent de la vierge
Pour ensuite descendre en procession du Cerro Rico
Chaque fraternité, chaque coopérative se rejoint
Au rythme des fanfares, des tires de dynamites et des pas des danseurs
Toutes les coopératives défilent
Jusque dans le centre de Potosi
Face à un jury officiel chargé de primer les meilleures chorégraphies
Puis le cortège se disperse
La fête continue jusquau lendemain
Dimanche, tout le monde a rendez-vous à léglise de San Martin
Pour écouter la messe consacrée aux saints patrons
Et assister à la bénédiction des vierges et des croix.
Lundi, seuls quelques rares mineurs iront travailler
Car le diable de la mine est particulièrement virulent
Le jeudi suivant, cest « Compadres » (compères)
Les hommes fêtent leur groupe de travail
Dans la mine dabord, puis dans la ville entière
Tout est décoré et célébré
Les bureaux, les magasins, les ordinateurs
Une semaine plus tard, cest le jeudi de « Comadres »
Les femmes célèbrent à leur tour leurs outils de travail.
Puis vient le lundi de carnaval, destiné à assurer la prospérité collective.
Et arrive enfin le mardi de carnaval mardi gras -
Célébré en famille dans toutes les maisons de la ville.
Carnaval, cest plein de couleurs :
Cest la coca, la boisson (
), les confettis, les serpentins que lon senroulent mutuellement autour du cou, les pétales de fleurs, les fleurs en papier collés sur les portes, les petits drapeaux en plastique colorés, les guirlandes, les feuilles de mais accrochées au-dessus de chaque entrée
Mais carnaval cest surtout les GLOBOS
ces petits ballons remplis deau que lon lance sur chaque passant durant les deux semaines de festivités. Mais il fait froid à Potosi
et leau même si ça purifie, ça mouille aussi !!! Sans parler des sprays de mousse blanche qui décorent les visages à chaque coin de rue !!
Carnaval ça été fort pour nous, petits expatriés, mais ça été aussi bien bien arrosé de globos et de boissons type Singani
!
On a fêté « Comadres » avec léquipe de Médecins du Monde dans notre patio. On sest fait explosé le bide de viandes grillées et on sest balancé 300 globos !!! (inutile de vous décrire le patio après la bataille
)
On a aussi fêté « Comadres » lors dune soirée déguisée organisée pour les femmes et seulement pour les femmes (normal cétait comadres) ! On était 300, toutes avec un personnage différent. Par table de quatre, on avait le choix entre Rhum, Singani et Whisky
autant vous dire que les femmes sans les mecs, ça samuse !
On a fêté mardi gras dans une famille. Il a fallu célébrer leur matière de travail (largent quils fondent pour des bijoux). Puis on a mangé un bon repas au cours duquel les assiettes nont pas désempli de viandes de lama et de purée de fèves. Puis on a dansé en sinvitant mutuellement par le biais dun petit verre de jus dorange mélangé à du singani à boire cul sec tout au long de la soirée
je ne les ai pas comptés, jai vite été dépassée !
Et enfin, ce dimanche, le dimanche de la tentation... nous sommes allés dans un village de campagne (Quivincha) a 1h30 de route de Potosi. Un village qui sétend sur 5km dans un petit écrin de verdure entouré de roches rouges. Un village où il ny a pas leau courante et où lon cuisine encore au feu de bois. Mais un village où lon sait fêter carnaval mieux que nul par ailleurs. Tout commence par une bataille de pommes, puis par un concours de « tombé de chapeaux » par lancé de grenades (le fruit !), puis au rythme des fanfares, on a dansé, bu et dansé. Les cholitas (femmes en habit traditionnel) sétaient faites belles pour trouver un mari. On était les seules gringas et on sest laissé emporter par le tourbillon de la fête... La nuit a fini par tomber, on a rate le bus et on est reste dormir le ventre bien rempli de chicha et autre alcool de sucre de canne !
A présent ce sont les 40 jours de carême, mais aussi le Vrai debut dannée apres les grandes vacances dété. Le carnaval est loccasion de repartir sur de bonnes bases, tout est purifié, tout le monde est à loeuvre... espérons que notre boulanger se remette aussi au boulot, voila deux semaines que lon a plus de pain pour le petit dej !
Et dans tout ça, vous allez me dire quon a pas du bosser beaucoup ! Et ben cest vrai ! Mais maintenant le projet semble avancer tout seul. Rien à voir avec les quatre premiers mois de bonne galère. Médecins du Monde a intégré nos objectifs à son programme. On a terminé le diagnostic. On est à présent en phase de rédaction du projet. Dans le même temps, on recrute un animateur bolivien pour appuyer un groupe dadolescents du quartier mineur de San Cristobal.
Après tout ce que je vous ai raconté, vous comprendrez facilement quun quartier mineur est un lieu compliqué, très compliqué. Pleins de choses nous échappent et échappent à quiconque nest pas né sur les lieux.
Mais laventure est passionnante et mon nouveau métier me plait !
Au milieu de tout ce folklore carnavalesque, on a quand même trouvé le temps de trois petits jours de vacances
Douce ambiance, douce chaleur,
Du bonheur tout simple
Là où les gens sourient, te parlent pour rien et chantent aux rythmes argentins
On est dans un petit jardin-bar fermé de la rue
On est à Tupiza
Lodeur de barbecue nous chatouille les papilles
Alors que lon sort dun petit déjeuner fabuleux de bonnes choses
La vie est belle et sereine
Rien à voir avec les dures montagnes de Potosi où laltitude pèse toujours
Un gamin cireur de chaussures sassoit à notre table
Il nous raconte les début du carnaval, la veille
Il a dansé avec une « gringas » très mince
Il préfère les minces
Ses ongles sont maquillés du cirage de sa boite
Son boulot du dimanche
Il cherche des chaussures sales
Il se sent grand à notre table
On lui offre un petit coca cola à côté de notre grande bière argentine
La chaleur, les pieds nus, les bras sans pull
Cest le panard
Mais le gamin se fait virer de notre table par le proprio
Le bar nest pas pour sa condition sociale
On parlemente et je regrette de pas avoir dit non à cette injustice
Puis finalement, lambiance passe à autre chose
Ils sont tous bourrés, tous plus les uns que les autres
Lun deux se laisse aller dans son lyrisme musical
Il est à la table dà côté, il nous drague, il joue les mâles
Mais il ne tient plus sur sa chaise
Il tombe au ralenti
Son compagnon de bouteille roupille bras croisés, la bave à la lèvre
Le propriétaire revient, sort sa guitare, son tambour
Et chante
Profondément il chante
Des chansons damour
Il sappelle Isaias. Son copain rapplique
On danse, on fredonne
Cest lanniversaire de Sophie la stagiaire avec nous sur le projet
20 ans !
Le chapeau de cow-boy sur la tête arrosée de confettis
On se dit que limprovisation est la meilleure des fêtes
Les ballons remplis deau tombent dans chacun de nos dos
Ce sont les petites bombes de carnaval
Il fait chaud
La mousse blanche des spray nous habille
On est maintenant nombreux autour de la table
On se laisse porter par cette nonchalance, lalcool et les clopes
On plane, on remet au lendemain tous nos beaux projets du moment
Lorsque Isaias nous propose de se rendre en voiture benne à 5 km de là,
On se croirait dans le film « chat noir, chat blanc », tout est dégenté
On part avec enfants, boissons, chaises, guitare et tout le reste
On roule au vent
Christian, un petit, cest endormi dans nos bras,
Sa petite grande sur le couvre de son gilet
Cest un paradis qui nous attend à notre descente de voiture
Dans la cour dune maison en briques de terre
Au milieu dun bain de verdure
Le long dun ruisseau
A la tombée de la nuit
Un lieu caché, un lieu secret
Assis sur le muret, on boit le maté argentin et autres petits délices
On chante et on hallucine encore de la simplicité du moment
Pour rien, pour être.
Je suis tombée amoureuse de ce coin entre Argentine et Bolivie
Un coin oublié du monde
Où les plus beaux paysages se montrent sur fond de roches rouges pointées vers le ciel
Les rivières font leur lit dans des vallons verdoyants
Et autour cest le Texas, aride au possible
Illustré des meilleures histoires de far-west : Butch Cassidy et le Kid (deux sacrés loubards)
Tupiza est la tranquillité de ceux qui ne veulent pas être bousculés
Je me sens libre.
Mais bon à part Tupiza qui beigne dans la sérénité, le reste de la Bolivie est un peu agité
Le gouvernements est faible, très faible et cède à toutes les revendications. Le département de Santa Cruz (le plus riche du pays) a profité de la confusion pour se déclarer région autonome en désignant son propre gouverneur !!! Si le gouvernement bolivien ne se grouille pas de réviser la constitution pour créer un sorte détat fédéral
les autres régions de Bolivie ne devraient pas tarder à suivre
Tout le monde ici est assez favorable à ce mouvement de régionalisation, car ça pourrait permettre de décentraliser les décisions, de réduire la corruption et donc de mieux adapter les politiques au contextes régionaux.
mais bon il y quand même une chose que les boliviens nobtiendront jamais, cest laccès à la mer par le Chili (ennemi ancestrale
) !!
Moi je suis en train de chercher un nouveau logement au sein dune famille ou dune paroisse
finie la vie dans cette belle maison un peu trop chère, je veux être au cur des choses.
Je pête la forme et je vous dis, au grand plaisir de vous lire !
Gé.
Nous ne sommes lombre de personnes. Petit à petit notre appétit grandit de ne pas vivre dans ce monde-ci. Inlassable travail dapproche de retrait, la construction dune société nouvelle ressemble à un perpétuel recommencement. Et pourtant chaque jour est différent et le monde avance, même si lon a parfois bien du mal à sen rendre compte. Le cynisme ambiant est devenu la valeur référence de notre société et tout optimisme un peu trop espérant apparaît comme rétrograde et naïf
Mais quimporte ce regard moqueur et blessant, nous nexistons pas que « pour » et « par » les autres.
Dailleurs, finalement le plus dur nest pas leurs mots, mais bien plutôt leur image, ce quils représentent, cest-à-dire une jeunesse qui refuse de rêver, de « trop réfléchir », de se remettre en question et surtout de se projeter dans un avenir différent de celui que nous impose bien vaillamment la majeure partie de la société. Et si comme le dit si bien notre ami Titi, le plus grand pêché capital de nos jours nétait pas cette paraisse intellectuelle si malsaine quelle entraîne une indifférence coupable ?
Quelles voies davenir si la jeunesse se refroidit au point de faire claquer des dents lensemble de la société ? Où est passée lenvie de révolte ? Ne sentons nous pas la nécessité vitale dentrer en résistance contre linacceptable aliénation de lHomme qui se passe sous nos yeux ?
Trop dure. Trop utopiste. Cela demande trop dénergie
Les réponses ne tardent pas à venir, courtes et cinglantes. Alors tous ces discours, tous ces écrit, pourquoi et pour quoi ?
Comment faire comprendre à nos camarades quil ne sagit pas dune vaine masturbation intellectuelle, mais bien au contraire dune réelle possibilité et nécessité de choisir la vie que lon veut mener individuellement ET collectivement. Lavenir appartient à ceux qui se lapproprient.
Chacun a la pouvoir dinfluencer et donc de construire le monde de demain. Il ne faut surtout pas sous-estimer le poids des rêves. Quand on rêve seul, cela reste un rêve, mais quand on rêve à plusieurs, cela devient de lhistoire qui se construit sous nos yeux.
Mais le plus grand frein au changement est justement ce sentiment dincapacité qui hante la plupart des jeunes daujourdhui. On nous a tellement dit que tout était pourri et que rien ne pouvait changer que nous finissons par le croire.
Aujourdhui beaucoup de jeunes sont persuadés que le monde tourne sans eux et quils ne peuvent rien y faire. Donc ils ne font rien, et donc rien ne change - et là, les « adultes dit réalistes » ont le cynisme de leur dire « vous voyez bien quon avait raison puisque rien na changé » alors que rien na changé car personne na rien fait pour que cela change
Cest le fameux cercle vicieux qui nous vient nous cingler à la figure
Mais, comment briser ce cercle ? Comment devenir un porteur et donneur despoir ? Comment faire pour bien faire ? Comment réveiller cette jeunesse, notre jeunesse, nous-mêmes, qui sommes de plus en plus engourdies ? Comment rallumer les dernières braises enfouies au fond de chacun de nous avant quelles ne séteignent à jamais ?
Quelques pistes de réflexions et dactions : (rien de révolutionnaire)
Ignace
Laccumulation toujours et encore. Cette envie frénétique du « toujours plus », de la possession. Pourquoi ? Peu importe, visiblement la question nest pas là Ce qui importe cest de posséder et donc dexister. Etrange quand même que chacun existe plus par ce quil A que par ce quil EST ou FAIT Lobjet prend une valeur, une signification surdimensionnée dans léchelle de nos valeurs et de la reconnaissance sociale.
Nest-ce pas « naturel » dans un sens ? Depuis la nuit des temps les hommes nont-ils pas cherchés à augmenter leurs possessions ? Pas sûr. En tout cas, pas à la manière de la société occidentale contemporaine. Chez nous cela est devenue une obsession maladive.
Pour quel résultat ? Pour quel bien être ? Pour quel épanouissement ? Chacun son truc me dit-on Il parait que les voitures, maisons et autres avatars des peaux de grenouilles vertes (métaphore de largent proposé par un chef indien) suffisent au bonheur de certains. Peut être
Mais permets moi den douter. En effet se lancer dans la course sans fin du « toujours plus », nest-ce pas déjà mettre fin à sa vie dans un sens, puisque linsatisfaction sera éternelle ? Nest-ce pas anéantir ipsos facto toute possibilité de rêver, de se chercher réellement, et donc peut être de se trouver ?
Une fois encore, le plus cynique dans cette triste histoire cest le fait que la majorité des individus sont bien conscient que « plus on en a, plus on en veut », et donc que toute cette accumulation est futile et napportera pas la satisfaction escompté et pourtant ils se lancent dans cette course absurde de celui qui posséderas le plus. Je caricature, mais cest un peu ça qui se passe quand même
Mais comment faire pour bien faire ?
Il apparaît ici important de chercher à comprendre pourquoi tout un chacun préfère saveugler, senfermer, se nier, dans un système qui ne respecte ni lui-même, ni ses aspirations profondes !?! Comment se réveiller ?
Ignace