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27 février 2005 7 27 /02 /février /2005 00:00

 

La période de la Renaissance est marquée par un événement considérable, la découverte des Amériques. Phénomène capital pour l'évolution économique et politique de l'Europe, mais aussi pour l'histoire des idées. Entre le XVIème et le XVIIIème siècle se posait la question du statut des peuples découverts, puiscolonisés.

Jean de Léry, un pasteur genevois, est l’auteurde l’Histoire d’un voyage fait en la Terre de Brésil (1578). Les récits de voyage peuvent prendre la forme de journaux (Leiris), de lettres (Hugo), ou de mémoires comme ceux de Jean de Léry qui a rédigé son livre vingt ans après son expérience au Brésil. Cette œuvre présente une relation historique des conflits qui opposèrent catholiques et protestants, mais aussi un document ethnologique sur la culture des Tupinambas (Montaigne s’en inspira pour rédiger plusieurschapitres des Essais). Lors de son voyage (1556-1558), il avait l'intention de fonder une colonie calviniste au Brésil, fantasme de paradis perdu. Un an plus tard, il fait envoyé des prêtres et artisans avec qui il ne s'entendra pas. Il décida alors de vivre avec les « sauvages »; puis progressivement, il appris leur langue. Cette acculturation, phénomène qui résulte du contact entre des cultures différentes, bouleversera l'idée que Jeande Léry avait du monde.

Quelles seront les conséquences del'expérience de Jean de Léry sur l'évolution du rapport à autrui et à soi-même?

I/D'une vision négative de l'étrangerà une recherche de compréhenssion de celui-ci

A/ L'étranger est initialement considérécomme un « barbare »

Le premier, prisonnier pendant neuf mois des Tupinambas, écrivit une Véritable Histoire et description d’un payshabité par des hommes sauvages, nus, féroces et anthropophages... (1557). Son témoignage, enrichi d’une série de cinquante gravures, constitue sans doutel’un des plus anciens documents ethnologiques sur l’Amérique méridionale.

Le texte de Jean de Léry témoigne également de ce ressentiment primaire lors du premier contact avec cette civilisation étrangère. Leurs actions peuvent sembler incompréhensibles et sadiques : ils se moquent de leurs prisonniers, les tuent, les découpent et les mangent. L'ethnocentrisme européen est à l'origine de la récurrence du champ lexical del'horreur pour qualifier les pratiques dites « sauvages ».

B/ Il suscite ensuite l'interrogation etla recherche de compréhension

L'image du sauvage mangeur d'Homme hantant l'imaginaire occidental a ensuite été remplacée par l'analyse plus scientifiquedes anthropologues, qui ont mis en évidence que le cannibalisme était un rituel et non une pratique courante. Il en existe deux formes : l « endocannibalisme »qui consiste en l'absorption d'un ancêtre défunt pour s'approprier son âme et l' « exocannibalisme », tourné vers l'ennemi.

II/La remise en cause du MondeModerne et de la place de l'humanité

A/ La civilisation occidentale est-elleaussi développée que ce que l'on veut croire?

« Si on considère à bon escient ce quefont nos gros usuriers (...) ils sont encore plus cruels que les sauvages dontje parle. ». Le cannibalisme est une pratique qui se trouvait également dans le « Monde Moderne », notamment parmi la population chrétienne se voulant (selon ses propres critères) civilisée et morale. Plus sauvage encore, des corps de défunts ont étés vendu à des enchérisseurs, ces corps étaient alors considéré comme de vulgaires objets, insultant ainsi la victimeaprès sa mort.

B/La place de l'Homme

Au XVIème siècle, la question revête un caractère à la fois religieux et anthropologique. Les théologiens s'interrogent sur le rapport que peuvent avoir ces peuples avec Dieu, le péché, la révélation dont ils semblent avoir été écartés. Il discute pour savoir si les Hommes nouvellement découverts ont une âme. Le débat témoigne néanmoins de la difficulté et des lenteurs qui ont présidé à la constitution d'une idée universelle de l'Homme, à la reconnaissance de l'identité dans l'altérité. En tant que protestant, Jean de Léry s'interroge sur la possibilité des Tupinambas à accéderà la révélation.

Conclusion :

La référence à une nature sauvage définitun questionnement sur la validité de nos propres critères et un appel à la relativité. Jean de Léry et Montaigne, puis la multiplication des expériences humaines ont favorisé l’esprit critique et l’examen relativiste de nos institutions,coutumes et croyances. On est frappé, tant par la modernité, que par le nombre et la richesse des chroniques que le Nouveau Monde a inspirées aux navigateurs,explorateurs et missionnaires européens de l’époque de la Renaissance.


 

Florent

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Published by Florent 3A1 - dans Développement
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