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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 15:50

Quels enseignements tirer de l'Arche de Zoé ?

La solidarité un coup de cœur ou un engagement durable ?

 

Ce texte est extrait du journal Feuille de Route n° 372

publié par ATD Quart Monde en avril 2008

http://www.atd-quartmonde.asso.fr/rubrique.php3?id_rubrique=12

 

La mésaventure de l'association Arche de Zoé a fait couler beaucoup d'encre en France et dans bien d'autres pays. Partis au Tchad pour sauver des enfants orphelins victimes du conflit au Darfour et promis à l'adoption en France, les responsables se sont fait arrêter et juger pour vol d'enfants soudanais... non orphelins. Bien qu'exceptionnelle, cette affaire nous invite à réfléchir sur les limites de nos interventions, au nom de l'humanitaire.


À notre époque, on remarque beaucoup de compassion, d'empathie ou de « révoltisme » (se révolter pour tout). Ce n'est pas critiquable en soi mais souvent le bon sentiment passe avant le raisonnement : on donne aux sans-abri ou pour les victimes du tsunami parce que c'est bien ou en France, la collectivité paye des chambres d'hôtel aux familles sans-abri. Ce qui permet de se dédouaner et de ne pas avoir à se projeter avec eux à long terme.


Il s'est installé une sorte de « tyrannie » de l'urgence.
Le fait de secourir les victimes donne tous les droits. C'est cette idéologie de l'ingérence médiatisée qui devrait être mise en procès. On peut aussi se demander qui définit qu'il y a urgence, qui identifie le domaine dans lequel il faut intervenir ? Une des membres de l'Arche de Zoé explique leur intervention : « Les enfants sont malnutris et sans avenir ». Une Tchadienne répond : « Veut-elle dire que notre pays est sans avenir ? Qu'il n'offre pas d'avenir à ses enfants ? S'ils voulaient soigner des enfants, pourquoi n'ont-ils pas évacué sanitairement tous ces enfants de nos hôpitaux où on ne peut pas opérer ? »


Et nous voyons encore une fois que, face à l'urgence, quelle qu'elle soit, quel que soit le pays, mais toujours quand on se trouve en milieu pauvre, la réponse est : il faut sauver les enfants. Et sauver les enfants pauvres ici, en France ou ailleurs, signifie trop souvent intervenir de l'extérieur pour les retirer à leur famille, à leur milieu, abîmant encore plus l'image que l'enfant a des siens et donc de lui-même.


Pour intervenir, il faut connaître mais qui peut dire que la décision a été prise après un temps de connaissance de ce que vivent ces enfants, des efforts que font leurs parents et, puisqu'on parle du Tchad, de quelles solutions disposent leurs habitants acculés à la misère ? Une autre Tchadienne dit : « Si on veut confier l'éducation de son enfant à un frère ou un cousin, on s'assure avant tout de sa moralité, et qu'il y a une femme pour éduquer cet enfant. On ne le confie pas à des inconnus. » Le développement de l'urgence humanitaire a des conséquences, en particulier sur la formation des jeunes. Beaucoup d'entre eux, par ailleurs pleins de bonne volonté, apprennent la logistique d'urgence. Des universités, des associations proposent des expériences : trois mois pour monter un projet, trois mois pour partir le faire, précisant : «  C'est un grand atout pour les jeunes que de vivre ça ». Se demande-t-on autant quel sera l'atout pour les personnes, les associations, les pays qui les accueillent ? Les jeunes ont une aspiration à refuser les frontières, à aller à la rencontre, mais nous ne pouvons pas leur laisser croire qu'ils ont une ou des solutions pour ces pays plongés dans de si grandes difficultés. Ne faudrait-il pas enfin commencer à penser qu'il faut prendre du temps pour faire connaissance, pour apprendre à vivre ensemble ?


Bruno Tardieu (délégué national France d'ATD Quart Monde) et Elisa Hamel (déléguée régionale Afrique d'ATD Quart Monde)

 

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