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13 avril 2006 4 13 /04 /avril /2006 09:56

CPE ; Ne crions pas victoire tout de suite, tout reste à faire !

 

 

Paroles d'un jeune sur les soubresauts d’une société qui marche sur sa tête...

 

 

 

 

 

 

Depuis plus de deux mois le Contrat Première Embauche attise les passions et radicalise les oppositions au sein de la population française. Il y a les « pro-CPE » pour qui il représentait l’entrée de la France dans la modernité économique et les « anti-CPE » pour qui il cristallisait les travers d’une civilisation basée sur la précarité et l’écrasement de l’homme.

 

 

 

 

Ce matin le président de la république en coordination avec le premier ministre « a décidé de remplacer l'article 8 de la loi sur l'égalité des chances par un dispositif en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes en difficulté ». Mais ne déclarons pas victoire tout de suite ! Car il n’est pas besoin d’être devin pour sentir que le débat autour du CPE n’était que le catalyseur d’un malaise beaucoup plus profond qui ronge notre société. En effet, nous vivons dans un monde qui fait de plus en plus violence à l’homme. Pas seulement à ceux qui vivent dans la « précarité », mais à tous les hommes. Tout le monde se rend bien compte que cette société basée sur l’accumulation de biens et l’argent n’est pas satisfaisante et qu’elle ne nous apporte pas le bonheur promit. La relation entre les hommes et la terre s’effrite. Les relations entre les hommes se disloquent. Personne n’est heureux, tout le monde le sait, mais peu de gens osent réagir.

 

 

 

 

Les récentes manifestations des jeunes et des moins jeunes témoignent avant tout d’un ras le bol général devant un mode de vie où chacun trouve normal de passer son temps à souffrir, à se faire humilier au travail et à écraser les autres. De manière diffuse, incertaine, nous les jeunes, nous sentons qu’il y a quelque chose qui cloche dans notre monde, que le modèle qu’on nous propose comme le plus évolué ne fait que renforcer tous les jours un peu plus l’écrasement de l’homme.  Bien sûr 3 millions de personnes manifestent pour 3 millions de raisons différentes. Et si chacun de nous sent le malaise grandissant dans la société, nous ne savons pas forcément pour autant quelles alternatives proposer… C’est normal. Mettre le doigt sur le problème ne suffit pas pour le résoudre, mais c’est le premier pas. Evidemment, le niveau de conscience de tout cela est variable selon chaque individu compte tenu de son éducation, de ses expériences de vie, de ses rencontres,… Mais le tâtonnement est là et il est le prémisse d’une lumière nouvelle. Aujourd’hui chacun de nous doit puiser au plus profond de lui-même pour s’interroger sur ce qu’il a réellement envie de vivre individuellement et collectivement.

 

 

 

 

Tous les pays du monde sont actuellement entrain de se gausser ouvertement de la France, ce pays où les « conservateurs » se disputent aux « réactionnaires ». Tout le monde raille cette France qui refuse d’entrée dans la modernité et d’emprunter la grande autoroute de la "flexicurité économique", contraction logique parait-il des mots "flexibilité" et "sécurité".

 

 

 

 

Ils ont en partie raison. C’est la peur qui fait réagir de nombreuses personnes. Le paradoxe est que c’est un réflexe souvent individualiste – je vais perdre mon emploi, ma situation personnel va se détériorer – qui pousse beaucoup de syndicalistes et même certains jeunes à dénoncer un gouvernement ultralibéral qui disent-ils ne privilégie que les entreprises et survolte l’individualisme.

 

 

 

 

Mais le fait que les manifestants ne saisissent qu’une petite partie de la réalité de l’oppression – celle qui les touche directement – ne change rien au problème de fond : ceux qui critiquent la France vivent eux-mêmes dans des sociétés qui souffrent et qui ne sont pas plus satisfaisantes que la notre… Parce que le chômage est plus faible aux Etats-Unis et en Grande Bretagne la vie serait-elle meilleure ? Parce que le droit du travail y est plus flexible le sourire sur le visage des gens serait-il renforcé ? Non, malgré leur sourire goguenard et leurs yeux espiègles les habitants d’autres pays ne semblent pas en mesure de proposer un mode de vie qui soit réellement respectueux de l’homme…

 

 

 

 

Le plus étrange est que fondamentalement, ce constat – notre modèle de société ne fonctionne pas - est partagé de manière plus ou moins consciente par tout le monde. Mais peu de gens osent tenter de nouvelles voies alors le monde continue de marcher sur sa tête...

 

 

 

 

Sven Lindqvist, un auteur suédois, résume bien ce phénomène : « Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui nous manque, c’est le courage de comprendre ce que nous savons et d’en tirer les conséquences. »[1]

 

 

 

 

Incapable d’emprunter d’autres chemins plus en accord avec les aspirations profondes de l’humanité, nous essayons de faire du bricolage, de mettre des pansements en proposant sans cesse des demi-mesures qui visent à atténuer les effets négatifs de notre mode de vie…

 

 

 

 

Mais tout cela ne change rien sur le fond et ne pourra jamais résoudre les vrais problèmes. Il faut arrêter une bonne fois pour toute de continuer à se prostituer pour un système qui ne créé que des perdants sur le long terme et refuser d’être les esclaves d’un système économique que plus personne ne maîtrise.

 

 

 

 

Quand on commence à tenir ce genre de discours, tout de suite le regard de nos interlocuteurs s’illumine d’une lueur de peur mêlée à de grosses goûtes de mépris… Chacun s’imagine que nous voulons faire la Révolution avec un grand « R ». Pourtant tout ce que nous désirons c’est que chacun adopte un mode de vie qui soit plus en accord avec ce qu’il a réellement envie de vivre. C’est-à-dire que quotidiennement nous fassions le choix d’être heureux ensemble plutôt que malheureux chacun de son côté. Choisir un mode de vie simple et joyeux ne tient absolument pas du vœu pieux et naïf ! Aujourd’hui il existe déjà de nombreuses personnes qui essayent au jour le jour de vivre différemment, plus proche de la terre, d’eux-mêmes, et des autres.

 

 

 

 

Il est urgent de se réunir entre habitants d’un même quartier, d’une même ville pour réfléchir ensemble et débattre de la direction que nous voulons prendre, de la vie que nous voulons pour nous-même et pour nos enfants. Il n’y a pas de recettes miracles, pas de voie unique, juste des chemins à essayer. L’avenir n’est pas figé, il est bien plus à inventer ensemble qu’à deviner. George Bernanos disait : « On n’attend pas l’avenir comme on attend le train, l’avenir on le fait. » A nous de décider que demain nous voulons une société où chacun puisse s’épanouir et non pas juste s’enrichir.

 

 

 

 

Espérons que le débat provoqué par le CPE sera l’occasion pour chacun de s’interroger beaucoup plus profondément sur ses motivations, ses rêves, ses envies,… pour soi et pour la société.

 

 

 

 

Ignace Fabiani

 

 

Le 10 Avril 2006 de Kigali

 

 



[1]              Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes, Le serpent à plumes

 

 

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commentaires

Guillaume 24/07/2006 15:36

Bonjour, J'aurais souhaitez savoir si nous pouvions faire un échange de lien entre nos sites web. Mon objectif étant de mener un débat contradictoire de fond pour apporter une réelle réfléxion aux différents programmes qui emergent pour les électins présidentielles de 2007cordialementguillaumehttp://www.2007-presidentielles.com

Simon 26/04/2006 20:02

Plusieurs précisions sur ce texte beau mais incomplet:
- Si tout le monde souhaitait vivre de petits boulots, dans la nature, comme toi, ce serait un retour au moyen-age: pas d'avions pour t'emmener en Afrique, pas de voitures car polluantes, pas de telecommunications... chacun resterait prostré dans l'obscurantisme de sa propre petite culture et catégorie sociale.
Alors arretons de diaboliser la mondialisation et le pseudo-capitalisme. Rendons a l'homme son pouvoir de créativité, n'anéantissons pas plus l'homme avec un regime socialiste ou communiste qui decide de l'avenir de chacun en voulant satisfaire les besoins elementaires de tous.
reflechis à ca, au cours de l'histoire, toutes les sociétés qui ont commencé à se hair ont dépéri, livrées aux empires, aux dictateurs, et aux idéologies dévastatrices de toutes sortes. Si on commence à hair autant notre propre société, notre propre culture, nos origines religieuses, nos rites, notre économie, notre cuisine meme (on prefere manger indien, ca fait plus cool!), on est livré à tout.
certains se crispent et votent le pen, dautres se révoltent et partent faire le djihad... Si on s'aimait un peu plus nous meme et quon arretait d'idéaliser d'autres cultures, peut-etre serions nous plus solidaires, peut-etre écouterions-nous nos politiciens au-lieu de leur jeter la pierre, et nous accepterions de dialoguer sur le CPE au lieu de refaire un mai 68 pour le plaisir, et désavantager les plus faibles.
une derniere anecdote:
j'ai une amie croate à Paris (jussieux) qui a remué ciel et terre pour obtenir une bourse pour ses études. Pour elle, c'est le passeport à une éducation, un salaire, et le soutien de sa famille resté la-bas. une seule condition à la bourse, réussir chaque semestre du premier coup. Et en ce beau mois de mars, elle n'a pas pu rentrer dans sa fac pour valider ses credits. elle n'a plus qu'à acheter son billet de retour...
 

referencement 24/04/2006 22:05

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