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2 mai 2005 1 02 /05 /mai /2005 00:00

Le développement est une œuvre complexe, tant de questions se posent, tellement d’avis divers. C’est une nécessité de creuser plus loin que les cours qui nous sont dispensés à 3a, notre RESPONSABILITE est énorme. Le constat du développement des trente dernières années est criant, comment pouvons nous répondre au défi ? Imaginer d’autres choses, se questionner, créer, s’informer…

 

Après la première journée développement, nous avons crée un site de partage d’expériences sur la thématique du développement : http://boribana.over-blog.com


N’hésitez pas à faire des commentaires pour que ce site soit un lien entre les expériences de chacun.

 

            Tout le monde s’est bien prêter au jeu et les 2 heures de débat étaient vives et stimulantes, voici donc un des comptes rendu les plus sexy de l’année. Je peux, en tout vous garantir que je prends plaisirs à le rédiger. Merci à vous tous ! 

 

 

LE DEBAT

 

• Comment passer d’une société traditionnelle à une société moderne ?

 

 

«Pourquoi ne pas laisser tranquille ces sociétés traditionnelles. »Remarque spontanée et juste de Benoît. Ne rentrons nous pas déjà dans une logique néo colonisatrice en posant cette question? En effet, cette question oppose deux types de sociétés ce qui relève d’une simplification de la réalité car il n’y a de société uniforme. Les enjeux sont différents au Rwanda, en Chine, au Sri Lanka, dans les faubourgs de Lyon ou dans la campagne tchèque. De plus, l’adjectif « traditionnelle » connote, dans notre imaginaire collectif, l’immobilisme en opposition avec le caractère dynamique d’une société moderne.

 

 

Pour parler de développement, il faut donc déjà décoloniser notre imaginaire. Que veut dire aide, développement, que sous entend le mot « traditionnelle » ? Par exemple en kinyarwanda (la langue employée dans tout le Rwanda), la traduction de développement est : marcher, se déplacer. On remarque qu’à la différence du mot français « développement », dans le fait de se déplacer, il n’y a pas d’indication de direction. Ben disait à ce sujet : »Il n’y a pas qu’un chemin pour se rendre au sommet de la montagne. » Peut être y a-t-il d’ailleurs plusieurs montagnes…

 

 

Ne faut il pas se demander, au lieu de l’exclure sans y réfléchir, si nous ne sommes pas emprunt de pré jugé néo coloniaux. Les mots que nous employons transpirent l’histoire de notre pays, nous ne pouvons les employer innocemment.

 

 Pour une histoire du mot « développement », je vous conseille le livre de Gilbert Rist : « Le mythe du développement ».

 

 

            En ayant maintenant conscience des limites de la question, notre nouvelle interrogation est : »Quelles sont les barrières au développement ? ». Elle est plus satisfaisante car elle ne mentionne pas d’opposition (mais elle la sous entend).


 

D’ailleurs, le mot « développement » lui-même est il satisfaisant ? Le concept de développement est né après la 2ème guerre mondiale avec le discours du président américain Truman en 49. N’est ce pas une résurrection de la colonisation ? Quelle différence entre colonisation et développement ?  

 

Exemple donné par Mathieu sur les barrières du développement : Dans l’indouisme, quelqu’un qui est amené à changer de caste (en rentrant dans un programme de développement proposé par une ONG occidentale par exemple), modifie sa situation cosmique ce qui constitue un danger dans sa représentation du monde et de l’avenir. Cette réticence à prendre des responsabilités se révèle donc un blocage au développement, un manque de dynamisme.

 

Faut il briser les acquis culturels ? Comment juger si le développement peut offrir quelque chose de plus désirable ? Cette violence est elle nécessaire ? Comment accompagner un programme de développement sans déstructurer les rapports existants ?

 

Un autre exemple nous est donné par Charlotte dans le cadre de son stage au Sri Lanka: « Il y a une demande et un recul, un pas en avant et un pas en arrière. » Le manque de prise de responsabilité est encore flagrant et elle rajoute : « Mais ils la demandent cette aide ! ».

 

Ne serait ce pas la conséquence des projets de développement menés dans le Sud depuis 30 ans qui adoptent facilement une logique d’assistanat ? En ce sens, les organismes de développement ne brisent t’ils pas le dynamisme de ces groupes ?

 

 

Il est plusieurs fois ressorti cette volonté (naïve ?) de ne pas déstructurer ces sociétés dites « traditionnelle ». Ben rappelait une caractéristique des sociétés holistes qui est l’équilibre entre travail et consommation. Il se résume avec l’histoire d’un pécheur qui s’apprêtant à monter dans sa barque, est interpellé par un businessman en week end au bord du lac : 

 

-          »Puis je aller pêcher avec vous ? » propose le business man.

 

Les voila partis ensemble…Après quelques minutes, le pécheur attrape un gros poisson et se dirige vers la berge.

 

-          Le capitaliste s’étonne et lui dit : »Pourquoi ne continues tu pas a pécher ? Tu pourrais vendre le fruit de ton travail ! »

 

-          « Pourquoi faire ? » répond le pécheur.

 

-          « Mais ainsi tu pourrais acheter d’autres barques et des gens pourraient travailler pour toi ! » s’empresse le businessman.

 

-          « Mais pourquoi faire ? » répond le pécheur.

 

-          « Ainsi, tu pourrais te reposer. » reprend le businessman.

 

-          « Eh bien tu vois c’est ce que je vais faire maintenant. »conclue le pécheur. 

 

Ceci exprime que la place que ces deux personnes accordent au travail dans leur vie de tous les jours est différente. L’équilibre entre travail et consommation signifie donc : je produis un effort qui correspond à ce dont j’ai besoin pour vivre.

 

Sur cette base, il est possible de se demander si les projets de développement ne brisent pas les dynamiques du groupe. Par exemple, le micro-crédit est censé accorder une somme d’argent à un groupe de personne qui ont pour objectif de le gérer et de le fructifier. En introduisant un surplus d’argent dans cette société, le programme de micro crédit ne va-t-il pas mettre au repos une partie du groupe ? Ne brise t’il pas les dynamiques locales ? 

 

Il semble que Claude, d’ATD Quart Monde, nous permet de sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes à savoir : Comment la culture peut elle être un moteur du développement plus qu’une barrière ?[1] Ci-joint le compte rendu de son intervention (vraiment intéressante).

 

Sa réflexion se base sur trois axes :

-          Soutenir les initiatives locales.

-          « Ne pas leur emboîter le pas » c'est-à-dire soutenir une initiative mais pas l’impulser.

-     Ne pas imposer une vision de la réussite ou de l’échec. Claude disait : » Rencontrer, c'est ne pas imposer une vision dominante de la réussite par l’enrichissement, l’émergence individuelle, mais de tenir compte de ce qui fait les forces, les ressources d’un milieu, de sa capacité à vivre ensemble ». Mathieu exprimait ceci en parlant des enfants qui vivent dans la rue à Catmandou: »La société leur renvoie une image d’eux-mêmes qui n’est pas humaine. » Ils vivent ainsi constamment en se rappelant l’échec dont ils sont victimes.

 

 

Claude nous disait aussi : « Ne pas faire l’économie du temps de la rencontre. »; Voici un moyen pour ne pas rentrer dans le piège des barrières du développement. Si l’on prend le temps de construire avec les gens, de comprendre les mécanismes du quotidien, la culture de l’autre ne devient plus une barrière mais une force qui est le terreau de l’évolution du groupe. Nous entendons le développement comme unidirectionnel. Pourquoi ? Ceci est encré profondément dans notre culture et dans nos cours. Ne nous apprend t’on pas dans une école de commerce à repérer un manque pour tenter de le satisfaire ? N’est ce pas cela l’objectif d’une mission exploratoire ? Si nous allons dans un pays du Sud et que nous nous basons sur les manques de ces sociétés, nos références prennent racine dans le monde occidental qui nous a vu naître.

 

 

Ben disait : » Nous ne voulons pas d’un développement universel mais d’un développement transculturel. »

 

 

Se baser sur l’existant et non sur un manque permet d’échapper au faux problème qu’est la barrière culturelle au développement.

 

 

 

 

Nous avons souligné les cas du Japon et de l’Espagne comme exemples d’une alchimie entre  tradition et modernité. Si quelqu’un a des connaissances sur ces sociétés, sur la manière dont elles ont acquis un niveau de vie confortable en accord avec leur culture, il serait intéressant d’approfondir ces exemples.

 

 

 

 

 

• Quels liens entre les ONG ?

 

 

 

Benoît, en se basant sur OXFAM, dit qu’il est important que les structures occidentales établissent des liens avec les structures sur place.

 

 

L’intérêt du projet intégré, c'est-à-dire un projet qui prend en compte toutes les sphères de la vie à savoir l’économique, le social, l’environnemental et le culturel, est d’unir les structures de développement autour d’un objectif commun.

 

 

Deux grands types de projet s’imposent aujourd’hui : Le projet intégré type ONU avec des objectifs chiffrés en terme de réduction de la pauvreté, d’assurance maladie (projet Global impact), de réduction du sida…et le micro projet type ATD Quart Monde qui ne se fixe pas d’objectifs si ce n’est en terme qualitatif à savoir l’établissement d’une rencontre équilibrée avec cette conviction que la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit. (Le compte rendu de l’intervention de Claude exprime clairement cette idée)

 

 

 

 

Nous avons aussi évoqué le problème de la corruption des ONG ce qui mériterait certainement de plus amples recherches.

 

 

 

 

            • Les ONG peuvent elles résoudre les problèmes structurels des sociétés ?

 

 

 

 

Mathieu nous propose deux réponses : Tout d’abord, elles peuvent donner l’exemple qui pourra être suivi, c’est la goutte d’encre. Si je verse une goutte d’encre dans une carafe d’eau, la molécule d’eau la plus reclue, la plus exclue sera emprunte de bleu. Dans tous les cas, les ONG peuvent limiter la casse.

 

 

Fabien rétorque : »Le changement va intervenir par le gouvernement, c’est l’exemple de l’Amérique Latine. »

 

 

Gandhi dit quant à lui : »Etre le changement. » En effet, se changer soi même, faire sa révolution n’est il pas le premier pas vers tout espoir de changement du monde ?

 

 

 

 

Ben : »A mon avis le développement ne peut remplir son contrat c'est-à-dire résoudre la misère, car c’est le développement lui-même qui crée la misère. Cette misère est de deux ordres : Psychologique dans les pays dits « développés » du fait de cette tension créée par l’industrie publicitaire qui place l’Homme moderne en état de manque perpétuelle. Misère matérielle, qui est une caractéristique interne un capitalisme, du fait de l’exploitation de la périphérie (le Sud), par le centre (l’occident). Le développement a comme moyen l’économie et comme but l’économie, sortir de ce cercle vicieux et refuser l’économisme est une nécessité pour chacun qui croie qu’un autre monde est possible »

 

 

 

 

• Pourquoi ne pas participer au développement de notre propre pays ?

 

 

 

 

Marion, qui a fait son stage à l’armée du Salut, souhaitait nous faire prendre conscience que l’Etat coupe le programme CES (Contrat Emploi Solidarité ?). C'est-à-dire qu’il soutenait financièrement les ateliers d’insertion en les exonérant de payer les charges pour les emplois de réinsertion. Désormais ces charges devront être réglées par les associations. La conséquence en est une sélection darwinienne des associations capables de surmonter ce surplus. Les petites structures sont ainsi vouées à disparaître.

 

 

 

 

Ne va-t-on pas chercher le trésor perdu, à savoir la spiritualité, la sagesse, un autre rythme de vie en voulant travailler dans des pays du Sud ? Il faut, avant tout, être fière de sa culture qui constitue nos racines. Que fut la révolution française, qui sont Rousseaux et De Gaulle, Descartes et Gainsbourg ?

 

 

 

 

Pour finir nous nous sommes demandés : Qui sont les pauvres ? Et est ce vraiment ceux que l’on croit ? Le suicide n’est il pas typiquement occidental ?

 

 

 

 

 

 

QUESTIONS A REPRENDRE

 

 

 

 

 

 

Bien sur aucune question n’est clause mais quelques interrogations méritent une attention particulière : 

 

 

Le développement a-t-il un avenir ?

 

 

Quelle est l’histoire du mot développement ?

 

 

Quelle différence entre colonisation et développement ?

 

 

Quelles sont les barrières au développement ?

 

 

Les organismes de développement ne brisent t’ils pas le dynamisme des groupes ciblés ?

 

 

Comment la culture peut elle être un moteur du développement plus qu’une barrière ?

 

 

Projet intégré ou micro projet ?

 

 

Pourquoi tant de corruption dans le monde des ONG ? Des exemples ?

 

 

Ne va-t-on pas chercher le trésor perdu, à savoir la spiritualité, la sagesse, un autre rythme de vie en voulant travailler dans des pays du Sud ?

 

 

 

 

 

 

 



[1] Référence à la conférence : »Les projets de développement qu’en sais tu ? » Animé par Claude, volontaire du mouvement ATD Quart Monde qui a vécu une dizaine d’année à Ouagadougou et Jean Ernst en tant que représentant de la société civile.

 

 

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