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31 mai 2005 2 31 /05 /mai /2005 00:00

Et si finalement le problème n’était pas le OUI ou le NON…

  

 

Alors que dans la plupart des esprits le référendum constitutionnel parait déjà bien lointain, pour nos amis politiciens – et singulièrement pour ceux du parti socialiste – cette question reste cruellement d’actualité…

Les uns s’interroge encore sur les conséquences positives ou négatives que peut avoir ce «  NON » français sur notre pays, mais aussi sur l’Europe, et sur le monde… Pour les autres il s’agit plutôt de savoir quelles conséquences ce vote aura sur l’avenir du parti socialiste.

  

 

Une fois encore, j’ai l’impression que l’on se trompe de débat et donc que nous échappe les questions fondamentales. En effet le résultat du référendum devrait nous renvoyer à des interrogations beaucoup plus profondes sur notre mode de vie.

 

 

Je suis un peu étonné qu’il ait fallu attendre cette campagne référendaire pour que nous nous rendions compte que nous vivons dans une société qui nous fait de plus en plus violence, dans une société où le mépris des plus fragiles et l’indifférence quasi-généralisée sont devenus des principes fondamentaux.

 

 

Comment puis-je prétendre être contre la mondialisation ultralibérale parce qu’elle renforce l’individualisme - et donc voter « Non » -, si c’est un réflexe individualiste - « Je vais perdre mon emploi à cause des délocalisations. » - qui me fait prendre conscience qu’il y a de « légers » dysfonctionnements à ce système ? Si je ne me sens même pas concerné par les crimes que mon pays, la France, commet en Afrique ou ailleurs ? Si je méprise mon voisin ? Si je ne suis pas capable de regarder l’homme qui dort dans la rue en bas de chez moi dans les yeux ?

 

 

Le défi qui est face à nous n’est donc pas juste de dire non à un système qui écrase l’homme, il est beaucoup plus profondément de s’interroger sur notre mode de vie, sur la manière dont nous allons ou pas vers les autres.

 

 

Chaque Homme que l’on croise, à commencer par les plus fragiles que l’on a tendance à ne même plus voir, nous demande, « Qui suis-je pour toi ? ». Mais oui au fond, « Qui suis-je pour toi ? ». Si notre réponse - même inconsciente - est « RIEN » alors nous comprenons l’origine de cette société si foncièrement déséquilibrée et injuste.

 

 

Chaque geste que l’on pose - ou que l’on ne pose pas - est un acte politique, un acte citoyen emprunt d’une nécessaire responsabilité. Le refus d’une société qui ne peut nous satisfaire se vit tous les jours et à chaque instant. Il ne suffit évidemment pas de refuser le traité constitutionnel et de croire que l’on a gagné, car le combat pour changer le monde doit se mener dans notre vie de tous les jours. Il faut chercher à ouvrir plus grand nos yeux et à adopter un mode de vie qui soit plus respectueux de soi, des autres et de notre environnement.

 

 

Cela veut dire développer une exigence non vis-à-vis des autres, mais vis-à-vis de soi-même ! Evidemment c’est beaucoup plus difficile de développer une éthique personnelle que de discourir sur l’éthique que chacun devrait adopter…

  

 

Comme l’explique Théo Klein, « L’éthique n’est pas une montre suisse dont le mouvement ne se trouble jamais. C’est une création permanente, un équilibre toujours près de se rompre, un tremblement qui nous invite à toute instant à l’inquiétude du questionnement et à la recherche de la bonne réponse. »[1]

 

 

Développer une éthique personnelle, cela veut dire sortir du train-train quotidien, refuser la facilité de l’habitude et de la pensée simpliste pour chercher à « travailler à bien penser » selon l’_expression de Pascal ; c’est-à-dire adopter une pensée complexe qui saisit le monde dans ses complications et non selon une grille de lecture manichéenne comme c’est souvent le cas aujourd’hui.

 

 

Pour reprendre l’idée développée par Jean-Claude Guillebaud, « Face au dualisme bêtifiant qui n’oppose que le blanc et le noir, la solution ne réside pas dans une quelconque voie moyenne, ni dans un aimable centrisme, mais dans un au-delà des conflits ordinaires. Il ne s’agit pas de tempérer, mais de traverser. Penser le nouveau ce n’est pas tergiverser, mais s’extirper des mêlées pour tenter de faire le trou (…) et ainsi de pêcher plus profond ! »[2]

 

 

Comment pouvons nous en pas sentir la nécessité vitale d’entrer en résistance contre l’inacceptable aliénation de l’Homme qui se passe sous nos yeux ? La construction d’une société nouvelle est un inlassable travail d’approche et de retrait.

 

 

« Trop dure. », « Trop utopiste. »,  « Cela demande trop d’énergie… »

 

 

Oui bien sûr, chercher à développer une éthique personnelle, chercher à changer son propre mode de vie est évidemment plus dur que de juste critiquer et remettre en cause la société…

 

 

Mais il est fondamental de comprendre que les deux sont intiment liés et donc indissociables. Nous devons aujourd’hui choisir la vie que nous voulons mener individuellement ET collectivement. L’avenir appartient à ceux qui se l’approprient.

 

 

Chacun a la pouvoir d’influencer et donc de construire le monde de demain. Mais pour cela nous devons commencer par notre manière d’aller (ou non) vers les autres, de nous regarder nous même, de consommer,… Il n’y évidemment pas de chemin unique, mais ce qui est sûr c’est qu’il y a des chemins qui vont vers l’Homme, tandis que d’autres poussent à son écrasement.

 

Voici donc quelques pistes pour chercher à se réveiller :

 

 

·                                 Etre à l’écoute de soi-même et des autres.  

 

·                                 Saisir toutes les occasions de « provocations constructives » pour s’obliger les uns les autres à creuser plus profond.

 

·                                 Se poser toujours plus de questions. En poser aux autres. Ne pas se laisser aveugler par cette brume épaisse qui se développe sur nos yeux et qui s’appelle « train-train quotidien ».

 

·                                 Ne pas chercher à avoir le dernier mot, mais bien plutôt le « juste premier », c’est-à-dire celui qui ne peut laisser l’autre indifférent, qui l’oblige à s’interroger et à réagir.

 

·                                 Pour ce faire, chercher à comprendre « pourquoi chacun vit, d’où chacun puise sa force, qu’est-ce qui nous motive ? ».

 

·                                 Etre des empêcheurs de tourner en ronds.

 

·                                 Préserver cette qualité de l’enfance que l’on perd trop souvent : la capacité d’étonnement.

 

·                                 Garder un esprit de non-acceptation intelligente, de révolte positive.

 

·                                 Demander aux amis de nous mettre des coups si l’on dévie trop d’une trajectoire floue et brouillonne mais exigeante et utopiste à la recherche d’une valorisation de chacun.

 

·                                

 

 

Que vous ayez voté OUI ou NON je vous rassure il reste encore un peu de travail… Et ce travail il commence par nous.

 

 

Ignace Fabiani

 



[1] Cité dans La méthode 6 : Ethique d’Edgar Morin, Seuil, 2004, p.57

[2] Le Goût de l’Avenir, JC Guillebaud, Seuil, 2004, p.75

 

 

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commentaires

ben hur 19/06/2005 21:15

Pourquoi le référendum ne nous renvoie pas à un questionnement sur nos modes de vie ?

Cette question relève d’un souhait légitime. Le grand défi de notre société n’est il pas de reconsidérer notre manière de vivre ? Mais, ton analyse est trop inspiré par ce désir et pas assez emprunte de la réalité, du contexte qui a vu naître ce référendum.

Tout d’abord, ceux qui ont mené cette réflexion personnelle sur les tares de l’Homme civilisé n’ont pas attendus le débat sur l’Europe. En outre, j’ai espoir que la remise en cause de certaines valeurs que tu dénonces (individualisme, non respect de la Terre et des autres…) commence à se faire à un niveau individuelle et collectif mais cela n’est absolument pas suffisant évidemment. Je pense bien sur à toutes cette mode développement durable ou nature, les éco festivals, le retour en masse des français sur les marchés en réaction à la mal bouffe…

Il n’y a pas surtout pas, à mon goût, de rapport possible entre la constitution et un questionnement sur nos modes de vie. Le défaut de questionnement relève, en effet, de conséquences historiques :

En tant que membre de la jeunesse, je peux constater que beaucoup tende, touche du doigt, expérimente une vie qui respecte la Terre et les Hommes. Cependant, la non prise de conscience générale relève, à mon avis, d’un décalage historique entre les politiques et les citoyens. Je m’explique : Une évolution majeure du 20ème siècle réside, en France, dans l’éducation pour un grand nombre. Chacun acquérant un « bagage intellectuel minimum » (critiquable évidemment) a, de pair, cette capacité, ce désir de s’exprimer, de donner son avis. Le monopole des idées entre les mains d’une classe dirigeante n’est plus de notre époque. Le foisement associatif en est un exemple. Pourtant, les politiques, accusant un éternel retard, ne sont pas descendus de leurs grands chevaux et prétendent, avec arrogance, maintenir cet état de fait qui leur paraît, avantageusement, acquis. Souvenons nous de la rafarinade : »Le pouvoir n’est pas à la rue ! »
La voilà l’explication à la non remise en cause de nos modes de vie :le décalage entre politiques et citoyens.

Ce décalage est source de frustration pour les politiques mais surtout pour les citoyens qui ne se sentent pas écouter. Et la frustration crée le blocage. Le terreau n’est donc point fertile pour un retour sur soi, pour un questionnement sur nos modes de vie.

Pour que cette pression se désamorce, il faut que les politiques admettent que la force de leur nation réside dans l’éducation des citoyens et non dans la démesure de leur ego.

Observons, toute fois, qu’une caractéristique des grands bouleversements est justement l’incompréhension de plus en plus grande entre les citoyens et les dirigeants.

L’avenir nous appartient !

Ben hur

Lucile 31/05/2005 13:00

En ce qui me concerne : je suis heureuse de savoir qu'une partie des français refusent et remettent en question notre type de développement et de société.

En revanche, je suis triste de savoir que nous avons pris comme moyen et outil de contestation : l'Europe. Il s'agit d'un amalgame qui traduit le mal-être de notre société.

D'autre part, je comprends et j'apprécie ce que tu viens d'écrire. J'ajouterai que ce qui est fondamental aujourd'hui c'est d'ouvrir les yeux pour mieux nous respecter les uns les autres.

Et surtout réfléchir à la manière dont les français qui se sentent exclus ou inquiets de l'avenir puissent construire avec les autres un futur meilleur. Nous pouvons certes agir à notre petite échelle en tant qu'individu mais il est nécessaire pour améliorer le bien-être social français d'impliquer tout le monde. C'est évidement qu'il ne sera pas facile de s'associer à des personnes qui ne partagent les mêmes opinions que nous, voir totalement opposées, néanmoins ces français représentent 20% à l'extrême droite et un peu moins de 10% à l'extrême gauche. Contester et s'exprimer est fondamental, agir et s'unir pour construire doit l'être aussi. Car si nous avons refusé cette constitution il ne faut surtout pas baisser les bras et croire qu'après un tel refus c'est fini. Au contraire il faut continuer notre devoir de citoyen et se battre ensemble pour proposer des solutions pour un avenir meilleur.

Je pense que tout ce débat est sûrement un pas historique qui permettra de faire évoluer 'nos choix de vie' au niveau individuelle et collectif.

Je souhaite également, que toute cette remise en question que nous vivons actuellement soit source d'initiatives positives.

Au développement durable de notre bonheur et joie de vivre !

Lucile