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3 mai 2005 2 03 /05 /mai /2005 00:00

 J’avoue que cette petite discussion avec Claude ne peut nous laisser avec l’esprit tranquille…

 

 

 

Ces mots sonnent comme autant de remise en question par rapport à tout ce que l’on nous apprend depuis 4 ans.

 

 

 

Même moi qui croyais avoir un certain nombre de clés de compréhension de cette sensibilité, par l’intermédiaire d’un lavage de cerveau soigneusement orchestrée par mes parents depuis mon plus jeune age, je dois avouer qu’en y repensant cette brève discussion m’a bien remué.

 

 

 

Comment ne pas estimer, cette force de la rencontre, simple, vrai et constructive. Cette force qui vient de la dignité, du respect de chacun. Et qui pourtant s’oublie si facilement dans l’élaboration de tous nos « glorieux projets ».

 

 

 

Cela me fait penser à une phrase de Jacques Salomé qui dit :

 

 

 

« Dans un couple, peut-être que l'important n'est pas de vouloir rendre l'autre heureux, c'est de se rendre heureux et d'offrir ce bonheur à l'autre. »

 

 

 

Et à une autre qui dit :

 

Déclaration des droits
de l'homme et de la femme
à l'amour.

 

« Te rencontrer sans te réduire,
Te désirer sans te posséder,
T'aimer sans t'envahir,
Te dire sans me trahir,
Te garder sans te dévorer,
T'agrandir sans te perdre,
T'accompagner sans te guider,
Et être ainsi moi-même
Au plus secret de toi. »

 

 

 

Vous allez me dire « mais qu’est que ça vient foutre la dedans ! » Jusqu’ici, aucun rapport avec notre réflexion sur le développement… eh bien en fait, je pense qu’elles sont tout à fait adaptables à cette problématique :

 

 

 

« Dans un projet de développement, peut-être que l'important n'est pas de vouloir développé l’autre à partir d’un manque chez lui, mais de se rendre disponible et d'offrir à l’autre cette rencontre, cette écoute et cette reconnaissance. »

 

 

 

et

 

 

 

« Te rencontrer sans te détruire,
T’écouter sans te juger,
T'accompagner sans te guider,
Parler sans vouloir convaincre,
Partager sans vouloir t’imiter,
T'aider sans t’humilier,
T out en acceptant que tu puisse aussi m’aider,
Etablir ainsi une relation de confiance
où l’on avance ensemble »

 

 

 

Bon ok, j’avoue que c’est un peu tiré par les cheveux mais je trouve cela rigolo… et vrai.

 

 

 

Je reprends donc le fil de la discussion. « La rencontre c’est une action », cette phrase résonne aussi encore dans mes oreilles. Cela remets en cause toute notre manière de voir, toute notre perspective. Il n’y a plus de « Nord », ou de « Sud », juste des individus qui veulent être respectés et reconnus en tant qu’Homme à part entière. Claude rajoute d’ailleurs : « On à travaillé au Burkina comme on aurait travailler à Lyon, ou ailleurs… » C’est-à-dire en cherchant simplement à comprendre les gens et à voir de quelle manière il serait possible de les accompagner dans leurs rêves, leurs projets, leurs envies.

 

 

 

Il ne s’agit pas de projets de « développement », - car cela induit forcément une notion d’échelle, de plus et de moins, et après tout qui est le « développé » dans cette histoire ? - Non en fait il s’agit juste des projet d’un homme, d’une femme, d’un groupe de jeunes, ou d’un village,…

 

 

 

Mais en même tant, c’est sûr que cette pensée nous fait violence, car c’est beaucoup plus exigeant de faire « avec » et non « pour », et de se dire qu’on n’est pas « efficace » au sens occidental du terme. Et comme le dit Ben, le valorisation ne vient-elle pas d’abord du visible, du palpable ?…

 

 

 

Or c’est vraiment là qu’on en arrive à la question fondamentale de savoir : pourquoi voulons nous tant faire de l’humanitaire, monter des projets de développement, "aider, aider, et aider, tous ces pauvres gens qui ont eu le malheur de naître dans le mauvais hémisphère…"

 

 

 

Il semblerait que c’est avant tout pour nous, pour soi. Car pourquoi sinon continuer à entretenir les déséquilibres, voire à les créer, à monter des projets sans concertation,… ?

 

 

 

Dur de se remettre aussi fortement en cause… dur de se dire que nous n’allons pas sauver l’Afrique… dur d’imaginer que nous devons « sacrifier » au moins 10 années de notre vie si nous voulons réellement accompagner des projets que nous ne pouvons même pas imaginer au départ de notre expérience…

 

 

 

Dur mais o combien salvateur.

 

 

 

Car cette réflexion, ce travail de remise en question, n’est-il pas un pré-requis nécessaire pour tous nos projets à venir ?!?…

 

 

 

Continuons ensemble à avancer…

 

Ignace

 

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Published by Ignace - dans Développement
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commentaires

Benoît 12/02/2005 23:07

Oui, "en cherchant simplement à comprendre les gens et à voir de quelle manière il serait possible de les accompagner dans leurs rêves, leurs projets, leurs envies", en prenant le temps (beaucoup de temps !) pour regarder, essayer de comprendre, accompagner, s'appuyer sur les forces des gens (si faibles puissent-elles apparaître)pour les renforcer. Partout, l'essentiel n'est pas le projet, l'essentiel c'est la relation que l'on crée avec l'autre et la vision que l'on développe avec l'autre, avec les autres, vision de où on souhaite aller ensemble, en inventant le chemin ensemble à partir de tout ce que l'on porte chacun... Mais nouer des relations, développer une vision commune, ça prend beaucoup de temps, beaucoup. Surtout quand on cherche à créer des relations entre des personnes qui viennent de monde différent, qui sont très différentes et très inégales dans leur possibilité d'expression, qui ne sont pas égales parce que l'une dépend de l'autre. Les personnes en situation de pauvreté, que ce soit ici en Europe ou dans les pays pauvres d'autres continents, ont besoin d'aide, de soutien, c'est sûr. Mais quelle aide, quel soutien ? C'est la question. La réponse, elle est partout à chercher, à inventer ensemble. Nulle part les gens en situation de pauvreté ne sont des bouts de bois qui attendent passivement l'aide des autres. Si pauvres, si exclus soient-ils, ils ne cessent de se battre, ils ont des idées, des rêves, ils portent au fond d'eux-mêmes des projets, des espoirs... ils sont aussi porteurs de leur expérience, de celle de leurs familles, de leurs communautés... Mais, plus on est dans la pauvreté, plus on garde tout cela caché au fond de soi, sans même oser se dire que l'on a de l'expérience, que l'on peut oser avoir des projets pour soi ou ses enfants... et encore plus sans oser le dire à personne, en tout cas pas à ces personnes qui arrivent, que l'on ne connaît pas, dont on sent, confusément, qu'elle vont déstabiliser les quelques sécurités que l'on a bâties, mais dont on pense aussi qu'il y a peut-être quelque chose à attendre pour soulager le dénuement dans lequel on est... Si ces personnes qui arrivent sont, en plus, pressées, assez sûres d'elles, si elles parlent bien et vite, si elles ont déjà des projets pour une situation qu'elles ne connaissent pas... Alors quelle rencontre peut être possible ? Quelle vérité dans la relation peut s'établir ? Dans un contexte que l'on connaît, il faut déjà beaucoup de temps pour mettre sur pied un bon projet, quel qu'il soit. Dans un contexte que l'on ne connaît pas (et c'est vrai dans notre propre pays), il faut encore plus de temps, beaucoup d'humilité, une volonté farouche de prendre le temps de la relation, de chercher à comprendre, comprendre les rêves et souhaits profonds de l'autre, comprendre les forces qui sont les siennes, comme les blessures et les échecs qu'il porte, comprendre aussi les forces de la communauté. Beaucoup de projets et d'interventions auprès de personnes et de familles en grande pauvreté, ici en Europe comme au loin, contribuent à l'exclusion de ceux qui sont le plus en difficultés parce que ceux-ci n'ont pas les moyens de prendre part à ce qui est proposé et parce que beaucoup d'interventions distendent les liens existant dans la communauté au lieu de les renforcer...
C'est difficile tout cela. Nous ne sommes pas pour autant comdamnés à l'inaction. Les hommes et les femmes les plus pauvres, de nos pays comme des pays du sud, ont besoin d'être rejoints par d'autres pour réussir à être du monde d'aujourd'hui. Ces hommes et ces femmes ont besoin que nous partagions avec eux le meilleur de ce que nous sommes et de ce que nous savons... mais dans un partage où ils peuvent eux aussi partager le meilleur de ce qu'ils sont, où ils peuvent vraiment se sentir respectés, pleinement respectés dans leur humanité, dans leurs responsabilités. On ne peut pas faire l'économie du temps nécessaire à une telle rencontre, mais comme le dit Claude, la rencontre est déjà une action. Elle est l'action essentielle, ce dont nous avons le plus besoin les uns et les autres, qui que nous soyons, parce que c'est à partir d'une vraie rencontre que l'on peut faire ensemble des projets passionnants qui ont à voir avec ce que nous sommes les uns et les autres, qui ont à voir avec ce que l'humanité cherche, avec ce dont elle a le plus besoin.
Bon, je m'arrête là. Benoît