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Développement

Jeudi 3 février 2005

 

Mes amis,

Quelques jours après avoir diffuser l'article "allons plus loin sur le développement", j'ai eu la note de mon rapport de stage accompagnée d'une appréciation.

Elle est délicieuse:

"La lecture de votre rapport apparaît avant tout :

-         Comme une analyse relative à l’ONU parfois trop livresque et journalistique mais intéressante…

-         Composé de sentiments trop personnels bien que respectables. Mais peu de pages concernent votre stage. J’ai bien compris que des questions linguistiques, voire des problèmes de santé et d’éloignement de la capitale, n’ont pas facilité la mission. Mais celle-ci a-t-elle été suffisamment bien définie au départ ? (y compris en ce qui concerne les conditions) Il ne suffit pas d’être un voyageur prêt à combattre les stéréotypes, à l’écoute, s’imprégnant des mœurs du  pays…

Vous reconnaissez vous-même le manque de technicité du travail effectuer. « 

 

Avant tout, je pense que Jacques Croset, mon correcteur, n’est pas en phase avec ma vision du développement…Il représente à mon goût l’environnement dominant et malsain du développement. Je n’ai peut être pas été assez claire dans mon rapport mais je n’avais aucune ambition de faire quoi que se soit…mais ça il doit pas comprendre…

Je prends ma plume et j’écris à Monsieur Croset, je vous tiens au courant…

Par Ben
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Jeudi 3 février 2005

 

Voici un compte rendu partiel et partial du raisonnement sur le développement réfléchi et mûri pendant mon stage au PNUD au Sénégal:

 

Depuis la fin de la deuxième guerre, le développement a servi à légitimer de nombreuses politiques économiques et sociales en miroitant l’avènement d’un bien-être mondial.

         Pourquoi serait-il inconvenant de reconnaître que les causes les plus nobles ont souvent entraîné des conséquences dramatiques ? En quoi le développement comme il a été conçu et compris diffère t’il de la colonisation ?

         Ces quelques lignes n’ont pas pour vocation d’accabler la coopération au développement et l’aide internationale mais de prendre du recul sur le concept même de développement. D’ailleurs, l’enjeu est avant tout politique, les acteurs du monde en développement formant la périphérie du système en s’attribuant une légitimité pour pallier les effets de politiques injustes. Déjà Tocqueville avait perçu la faille : » Il faut une science politique nouvelle à un monde nouveau. Mais c’est à quoi nous ne pensons guère, placés au milieu d’un fleuve rapide, nous fixons obstinément les yeux vers quelques débris, qu’on aperçoit encore sur le rivage, tandis que le courant nous entraîne et nous pousse vers les abîmes ».

         Afin de cerner le concept tel qu’il est entendu aujourd’hui, quelques petits rappels historiques sont nécessaires. Entre les années 1870 et 1940, les grandes puissances ont ouvert la voie au développement. L’enchaînement des discours et des pratiques qui, pendant ces années la, ont conduit à l’ère du développement revêt une grande importance afin de saisir l’origine du terme.

         Ainsi Victor Hugo s’exprimait lors d’un banquet commémoratif pour l’abolition de l’esclavage : » Au 19ème siècle, le Blanc a fait du noir un homme ; au 20ème siècle l’Europe fera de l’Afrique un monde. Refaire ne Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation tel est le problème ; l’Europe le résoudra. Allez, peuples ! Emparez vous de cette terre ! Prenez la ! A qui ! A personne. Prenez cette terre à Dieu ! Dieu donne la terre aux hommes. Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez la ! Ou les rois apportaient la guerre, apportez la concorde ! Prenez la non pour le canon, mais pour la charrue ! Non pour le sabre mais pour le commerce ! Non pour la bataille mais pour  l’industrie ! Non pour la conquête, mais pour la fraternité ! Versez votre trop plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales !Changez vos prolétaires en propriétaires ! Allez faites !Faites vos routes, faites des ports, faites des ville ! Croisez, cultivez, colonisez, multipliez ! Et que sur cette terre de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’esprit divin s’affirme par la paix et l’esprit humain par la liberté ! »

         Voici une bonne synthèse de la justification philanthropique de la colonisation. Il ne fut pourtant pas facile de convaincre l’opinion cependant les réticences tombèrent sous le poids de deux arguments : tout d’abord la colonisation n’est pas une affaire de choix mais un devoir, l’autre argument est celui du fait accompli.

         Si la colonisation a élaboré un argumentaire permettant de justifier l’intervention dans les pays extra européens pour servir les intérêts nationaux, la Société Des Nations (SDN) va légitimer l’internationalisation de cette intervention au nom de la civilisation considéré comme le patrimoine commun des Etats européens.

Article 22 de la Chartre de la SDN : « Le bien être et le développement de ces peuples forment une mission sacrée de civilisation… ». La justification du système des mandats établis après la deuxième guerre mondiale est donc coulé dans un langage humanito-religieux qui se réfère à une mission sacrée de civilisation dévolue aux puissances coloniales. IL y aurait donc au delà des intérêts économiques et politiques, des valeurs universelles, à savoir la civilisation, le bien-être matériel et moral, le progrès social…, dont on peut légitimement des réclamer pour se intervenir dans l’existence d’autres peuples.

         La colonisation et le système des mandats occupent donc le même espace temporel, spatial et idéologique. La communauté internationale semble dorénavant englober tous les peuples du monde et sa croyance ou sa bonne conscience paraissait reposer sur un consensus universel.

         L’idée su développement restait cependant à construire. C’est le président Truman qui lors de son discours d’investiture du 20 Janvier 1949 a inauguré « l’ère du développement » avec son point IV. IL propose une nouvelle manière de concevoir les relations internationales. C’est dans ce discours qu’apparaît le terme »sous développement ». Auparavant, les relations Nord/Sud était basé sur le couple colonisateurs/colonisés. Dorénavant il y a les développés et les sous développés. On retrouve aujourd’hui cette nomenclature à l’ONU : « developed countries »/« developing countries ». Cette nouvelle dichotomie bouleverse les schémas cognitifs, une vision linéaire du temps apparaît. Nous sommes tous sur une même route, certains sont en avance, d’autres en retard. L’autodétermination qui a suivi la deuxième guerre mondiale était une farce. L’orientation des peuples du Sud a été volé à l’appui de schéma ancien mais avec de nouveaux mots.

         Notre société est finalement peut être plus emprunte de croyances que le continent africain. Il est étonnant d’observer à quel point les occidentaux dans leur majorité ont une vision angélique le l’Organisation des Nations Unis. Finalement la vision de l’ONU est que les outils du développement sont la croissance économique et l’aide au développement est très proche de la pensée dominante. Son image est bonne car son objectif initiale est la promotion de la paix et donc du multilatéralisme, cependant le schéma est encore une fois développement = occidentalisation.

         La croyance en le système qui nous englobe est plus forte que le doute qu’il engendre.

         Pour appuyer ces quelques arguments, je laisserai la place à Edgar Morin : »Le développement, apparemment universalise, constitue un mythe typique du sociocentrisme occidental, un moteur d’occidentalisation forcené, un instrument de colonisation des sous développés par le Nord…Ceci doit nous amener à nous défaire d’abord du terme de développement, même amendé et amadoué en Développement Durable, soutenable ou humain…La notion de développement doit à mon sens être remplacé à la fois par une politique de l’humanité (anthropique) que j’ai depuis longtemps suggéré et par celle d’une politique de civilisation. »

 

Par Ben
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Jeudi 24 février 2005

Si les démocraties libérales s'ouvrent de plus en plus à des cultures et coutumes hétérogènes la discrimination à l'embauche illustre une possible réticence face à cette augmentation du droit à la différence.

 

« On ne fait pas une cité à partir d'hommes semblables » (« La politique » Aristote, 384-322 av JC).

 

Sur cet héritage politique antique se sont construits toutes les organisations politiques démocratiques occidentales. Les régimes totalitaires se sont au contraire construits sur la négation de ce principe.

 

Cependant le droit à le différence peut être aujourd'hui source de problèmes au sein des démocraties libérales, comme le soulignait le Générale De Gaulle : “Comment voulez-vous gouverner un pays qui compte plus de cent variétés de fromages ?”.

 

Un étranger, au sens large, est une personne qui n'appartient pas à un groupe donné.

Le droit à la différence, c'est le droit à ce qu'un écart par rapport à une norme ne soit pas perçu comme une infériorité, voire comme une infirmité, ni stigmatisé socialement. Enfin une discrimination au sens large est l'action d'isoler et de traiter différemment certains individus ou un groupe entier par rapport aux autres.

 

Il peut sembler paradoxal que le droit à la différence est un héritage inévitable du processus démocratique, alors qu'il peut être aujourd'hui source de clivages.

 

I/ Si le développement du droit à la différence est inéluctable en démocratie, sa mise en place demeure cependant problématique

 

A/La reconnaissance du droit à la différence est un impératif démocratique

 

1/Origine de l'engagement de l'Etat en faveur du droit à la différence

 

La reconnaissance du droit à le différence est la reconnaissance d'une donnée existentielle : deux êtres totalement identiques n'existent pas. La différence est un facteur inévitable de l'évolution (« De l'évolution des espèces au moyen de la sélection naturel » Darwin, 1859).

Ce droit est désormais reconnu par tous les textes démocratiques : La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (DDHC, 26août 1789), la liberté d'expression (1881), la liberté de culte (1905). L'idée démocratique du XXème siècle est d'utiliser la différence comme facteur d'enrichissement culturel, il existe une certaine valorisation des sociétés pluriethniques.

 

 

2/Il n'en reste pas moins que l'action de l'Etat doit être suppléée par des initiatives privées

 

Si les démocraties se fondent sur le droit à la différence, les discriminations persistent, celle ci sont alors combattues par des associations ou entreprises.

L'organisation de la campagne anti-discrimination d'Adia n'est qu'un exemple d'initiative d'origine privée. Il faut cependant noter que l'image que souhaite véhiculer Adia par cette campagne publicitaire n'est pas dénuée d'intérêt. En effet par ce moyen elle se place dans l'image d'une agence d'intérim intègre et non discriminante portant ainsi à choisir Adia et non une autre agence où le soupçon de pratiques discriminatoires reste présent. Dans un même temps cette campagne publicitaire évoquant un problème de société réel, permet de mettre en lumière et d'initier une réflexion sur ce rapport à la différence souvent discriminatoire.

De même, des associations comme SOS Racisme, ou Touche pas à mon pote, luttent contre la discrimination raciale, alors que les Chiennes de Garde s'attaquent aux discriminations touchant les femmes.

 

 

 B/Mais ce droit reste extrêmement difficile à appliquer

 

La discrimination ne se fait pas disparaître par décret, car elle se fonde sur une stigmatisation consciente, mais surtout inconsciente de l'individu résultant de phénomènes sociaux et comportementaux profonds.

Ainsi dans son ouvrage “Stygmate”,  le sociologue américain Erwing Goffman (1922-1982) montre que l'existence de signes extérieurs inscrits dans le corps de certains est l'occasion pour les autres de les marquer comme déviants.

Si l'individualisme et la société de consommation prônent le droit à la différence, l'uniformisation et la standardisation s'imposent par mimétisme dans différents groupes hétérogènes entre eux. Ceux-ci se perçoivent alors comme différents, cela rendant parfois propice des situations conflictuelles.

Si la France c'est dotée d'un cadre législatif développé, le nombre d'affaires jugées par la justice est faible par rapport aux actes discriminatoires commis.

En illustration, la première enquête par “testing” organisé par ADIA et Jean-François AMADIEU (directeur de l'Observatoire des discriminations) sur la discrimination à l'embauche mets en évidence des méthodes de recrutement douteuses. Ainsi un candidat handicapé, où la nature de son handicap n'est pas spécifié à l'employeur, reçoit 15 fois moins de réponses positives que le candidat de référence, tout deux ayant le même niveau de qualification.  Le candidat d'origine maghrébine obtiendra quant à lui 5 fois moins de réponses positives.

Le droit à la différence, doit-il interdire ou tolérer les opinions contraires aux idéaux démocratiques comme le néonazisme? On peut penser que la différence ne devrait pas être acceptée lorsque celle-ci prône la haine raciale.

 

 

II/Paradoxalement la création artificielle de groupes peut-être à l'origine de réduction d'inégalité, c'est une autre vision du droit à la différence

 

A/La discrimination positive permet de réduire certaines inégalité

La discrimination positive cherche a améliorer la condition de vie de catégories considérées comme désavantagées.

Si la terminologie de discrimination positive est récente, sa pratique est ancienne, ainsi le concept même d' Etat Providence se fonde sur une redistribution au plus démunis, forme de discrimination positive. Il est ainsi possible de réduire les inégalités, et de relancer l'économie par la demande des plus démunis.

 

 

 B/Cependant, la discrimination positive crée de l'inégalité et ne se penche pas sur l'origine des handicaps des catégories qu'elle favorise.

 

La discrimination positive, traitement inégalitaire d'un groupe de personnes minoritaire dans un objectif d'atteinte d'une plus grande égalité, ne répond pas au principe d'égalité de tous devant la loi.

De plus, elle réduit l'individu à une catégorie, à un seul aspect de sa personne. Pour bénéficier de discrimination positive il faut se victimiser. Enfin, le bénéficiaire peut accéder à un poste alors qu'il est incompétent.

Ainsi le slogan d' Adia : “Ne vous fiez pas aux apparences, fiez-vous aux compétences.” lutte contre les préjugés et la discrimination. La discrimination positive n'est alors pas une solution pour Adia dans le sens où celle-ci ne se fit pas aux compétences de l'individu, mais à l'handicap qu'il peut avoir.

François AMADIEU ayant travaillé en collaboration avec Adia se positionne également contre la discrimination positive, car celle-ci ne lutte que contre les conséquences de discriminations plus profondes et ne s'attaque donc pas à l'origine des problèmes.

 

 C/Il existe d'autres moyens de lutter contre la discrimination.

Le rapport de la cour des comptes du 23 novembre stigmatise entre autre les échecs de la politique d'intégration des immigrants. Elle propose la création d'une Haute autorité de lutte contre les discriminations dans le monde de l'entreprise. Un amendement sera certainement inclus concernant l'homophobie,  puisque le gouvernement a du retirer le projet de loi contre celui-ci sous la pression de la cour des droits de l'Homme qui craint une “dérive communautariste”.

 

Recommandations de la cour des comptes à l'Etat :

-          Participation de l'Etat aux plateformes d'accueil pour immigrés

-          Favoriser la scolarisation des enfants

-          Evaluer avec diagnostic dès l'accueil d'un nouvel arrivant afin de proposer des prestations personnalisées en terme de logement et de santé. Ce diagnostic se poursuivrait sur deux ans.

-          Développer le cautionnement ou le tiers payant de l'employeur pour l'obtention d'un logement privé.

-          Créer une autorité indépendante pour l'attribution des logements sociaux

 

Le rapport Bébéar “des entreprises aux couleurs de la France” demandé par le premier ministre développe l'idée de CV anonyme qui rallie de nombreux partisans. Le 22 novembre une charte de la diversité a été signé par 44 entreprises. Cette charte est directement inspirée de la politique d'ADIA en matière de recrutement : “NE VOUS FIEZ PASAUX APPARENCES, FIEZ VOUS AUX COMPETENCES”.

 

En conclusion nous dirons que le droit à la différence est nécessaire en démocratie même si son application peut être à l'origine de problèmes. Comme l'illustre la campagne publicitaire d'Adia, les luttes contre la discrimination peuvent être aussi bien d'initiative privée que publique. Aujourd'hui le droit à la différence pose la question de discrimination positive, moyen de réduction des inégalités par le processus de catégorification de la population.  Cette méthode n'est pas en accord avec les valeurs républicaines et n'est pas soutenu par Adia. Il existe cependant de récentes alternatives à la lutte contre la discrimination qui restent à être mis en place.

 

Par Florent 3A 1
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Samedi 26 février 2005

Introduction : origine de cette démarche

N’était-il pas temps après 3 ou 4 ans dans une école qui s’appelle « Ecole Internationale de Commerce ET de Développement » de chercher à comprendre ce que recouvre et signifie à nos yeux ce « concept-valise » qu’est le « développement ? »

En effet beaucoup de questions nous trottent dans la tête depuis un certain temps et nous souhaitions donner l’occasion à tout un chacun de proposer ses propres pistes de réponses. Le postulat de départ était qu’aucun de nous ne savait tout sur le développement mais que chacun savait quelque chose qui pouvait être utile aux autres. Convaincus qu’1+1=3 nous avons donc décidé d’organiser cette rencontre informelle autour d’une tasse de thé pour croiser nos idées et nos regards sur « Le Développement ».

Une trentaine d’étudiants, majoritairement de l’Ecole 3A - mais pas seulement - se sont retrouvés le dimanche 28 novembre pour participer à cette journée. Ils se sont séparés en trois groupes de travail distincts. En fin de journée tout le monde s’est retrouvé pour échanger sur nos pensées de l’après-midi et en faire ressortir quelques « lignes de forces » pour guider notre réflexion en matière de « développement » et notre action sur des « projets de développement ».

I. Un peu de sémantique : « Qu’est-ce que le développement ? »

Nous avons d’abord défini le développement comme « un idéal vers lequel tendre », avec l’idée de bien être, du respect des aspirations de chacun, que chacun puisse décider de ce qu’il veut vivre.

Mais nous nous rendons compte que « le développement est aussi quelque chose de concret ; ce n’est pas juste ce que nous voulons qu’il soit ». En effet le développement est généralement entendu comme un « processus où il s’agit de grandir, de changer, de complexifier ». Nous retenons l’idée d’une croissance, d’une augmentation.

D’ailleurs les définitions données par le dictionnaire Larousse vont plutôt dans ce sens :
   "Action de déployer, de donner toute son étendue à"
   "Ampleur que prend quelque chose qui évolue"

Nous pouvons noter que ces définitions sont quelque peu réductrices.

Nous relevons un paradoxe dans le discours ‘dominant’. On nous explique sans cesse qu’il faut distinguer croissance économique et développement. Pourtant, on mesure aujourd’hui la différence entre le « niveau de développement » des pays, uniquement par des indicateurs quantitatifs alors qu’il s’agit d’un phénomène éminemment qualitatif. N’est-ce pas ici la force du monde occidental à savoir la prédominance des chiffres alors que le processus de développement relève avant tout d’un changement d’état d’esprit, de perception, d’objectifs ?

En outre, le "sous-développement" est défini par rapport à une "norme", c’est-à-dire l’Europe et les Etats-Unis. Comme nous avons eu la dialectique entre civilisé et non civilisé nous avons aujourd’hui les développés et les sous-développés. Les mots changent, qu’en est-il de la vision ?

Le développement ne serait il pas plutôt la capacité d’un pays à définir sa propre autodétermination ?

II. Réflexions de fond sur le développement

A. Le Constat

1) Le développement, un échec ?

Force est de constater aujourd’hui à quel point l’oeuvre « développementaliste » est un échec. En effet nombreux sont les chiffres qui viennent tous les jours conforter cette idée : - La moitié de la population adulte de 23 pays est analphabète. - Plus de la moitié des femmes de 35 pays ne sait ni lire, ni écrire. - 1,1 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable.

Il semblerait que le développement s’universalise mais n’est pas transculturel. Il serait donc avant tout une occidentalisation du monde menée par les institutions de Bretton Woods.

Pourtant, en quoi le développement devrait-il être une occidentalisation du monde ? N’est-ce pas une violation d’un droit fondamental de l’Homme que de confisquer l’orientation d’un groupe de personnes et d’imposer un mode de vie ? Oeuvrons pour un développement qui se veut transculturel et non universel.

Par ailleurs si nous prenons l’image des richesses comme un gâteau, nous réalisons que la vision capitaliste c’est de dire, puisque nous ne voulons pas le partager, nous allons l’agrandir ainsi tout le monde en aura (même si cela augmente évidemment beaucoup plus vite pour ceux qui sont déjà riches).

Question : le gâteau peut-il s’agrandir jusqu’à l’infini ?

La réponse est de plus en plus clairement, « non ». Les nuisances environnementales de toutes les activités humaines ne font que s’accroître, allant jusqu’à menacer la planète et ses espèces dont l’espèce humaine.

2) Quand le développement crée la pauvreté : l’exemple du Ladakh

L’exemple du Ladakh - une région dans l’Himalaya Indien - est symptomatique d’une politique de « développement » qui a « créé de la pauvreté ».

En effet, jusque dans les années 70, la société ladakhie est restée relativement amicale, chaleureuse et rurale. Les gens vivaient paisiblement ensemble dans des villages une vie enrichissante. Laborieuse aussi, bien sûr, mais où le dénuement matériel n’est pas signe de misère ni d’isolement, où la famine n’existe pas, où le travail n’est pas une aliénation. Aussi incroyable que celui puisse paraître, les gens vivaient tout simplement heureux. A partir des années 70, le Ladakh va « s’ouvrir au monde ». Sans verser dans un manichéisme excessif ou simplificateur, nous nous apercevons que petit à petit, le tourisme, l’influence occidentale et le modernisme vont bouleverser les repères et les mentalités. Pas à pas, le processus dit de "développement" va s’accompagner d’un sentiment d’infériorité chez les "sous-développé-e-s" et d’un rejet de leur propre culture. Nous nous rendons compte ainsi que la pauvreté peut prendre plusieurs visages : celle du dénuement matériel, qui était autrefois bien vécu au Ladakh, et celle de la misère sociale, celle liée à un complexe d’infériorité, qui ravage aujourd’hui la société ladakhie. En effet, avant l’ouverture au monde « Occidental » et à la société de consommation dans les années 70, il n’y avait pas de « chômage » au Ladakh, personne ne vivait dans la rue,... Aujourd’hui le chômage et les personnes sans domicile sont en constante expansion. En échange il est possible de se vêtir avec des Levis, de regarder la télé et de traire des vaches suisses qui ne peuvent pas se reproduire à cette altitude.

Pour plus d’information voir le livre d’ Helena Norberg-Hodge, « Quand le développement crée la pauvreté : l’exemple du Ladakh ».

B. Pourquoi le développement a-t-il échoué ?

1) Qu’est-ce qui détermine notre vision du développement ?

Notre vision cognitive s’est construite avec notre environnement, notre éducation, nos systèmes de valeurs et références. Il apparaît donc indispensable de se détacher de notre représentation occidentale du monde pour travailler efficacement sur des projets de développement.

Par exemple :
   Notre vision du temps est linéaire c’est à dire que nous avons tendance à comparer le développement à une plante ou à n’importe quel organisme humain dans le sens d’une complexification croissante. Ce développement "organique" passerait nécessairement par un certain nombre d’étapes prédéfinies pour arriver au stade suprême représenté par la consommation de masse. Or il existe une différence fondamentale dans la perception du temps de nombreuses populations du « Sud » où le temps est perçu de manière cyclique. Le rapport au temps ainsi qu’à l’espace de ces populations diffèrent donc largement du nôtre. Ne pas prendre en compte cette considération peut amener à un échec des projets.

   Les occidentaux se sentent en partie exister en marquant leur territoire : la construction en dur, la participation au projet dans la durée, etc. Cependant l’idéal d’un projet de développement serait de se restreindre dans la période d’action et de se désengager du projet dès que celui-ci est viable.

   Nous avons aussi abordé notre vision emprunte de la chrétienté. Nous signifions par là que le dogme chrétien à travers notamment la notion de charité a comme conséquence une vision paternaliste des projets de développement.

2) Pourquoi voulons-nous tant « développer » les autres ?

Le développement est issu d’un système capitaliste conçu par le centre pour la périphérie. Nous distinguons donc les motivations du centre du système et celles de la périphérie en adoptant la théorie de Samir Amin : les relations entre le Nord et le Sud sont bâties sur un système qui a été pensé au Nord et imposé au Sud.

Les motivations du centre sont de plusieurs ordres :

• Humaines :
  besoin de déculpabilisation (lié à la colonisation)
  besoin de solidarité
  besoin de spiritualité
  conception messianique due à l’héritage d’une pensée judéo-chrétienne
  recherche de sens, d’universalisation des valeurs « humanistes » de l’Occident

• Stratégiques
  besoin de nouveaux marchés
  gérer, surveiller - et maintenir ? - la pauvreté pour assurer la stabilité de notre système économique.

Du côté de la « périphérie » la volonté de développement consiste en une envie d’affirmer sa capacité à l’autodétermination et à retrouver sa fierté perdue, sa dignité.

C. Quels moyens de renouveau pour le développement ?

La question pourrait aussi être « quelle réforme pour un meilleur développement ? » Nous avons constaté que le développement est une oeuvre hypocrite : jamais l’ensemble des habitants du monde ne pourra prétendre à un niveau de développement semblable au nôtre car la planète exploserait. Nous avons aussi remarqué à notre grande majorité qu’en tant que Français, nous sommes plus à même d’impulser une dynamique de changement d’une partie des valeurs occidentales - que nous considérons comme néfastes pour l’Homme - et qui influence profondément toute action développementaliste. A savoir l’eurocentrisme, la considération de l’être insatiable, du "toujours plus", le sentiment de supériorité paternaliste, de l’être dit « civilisé »...

D’autre part, dans un champ qui peut apparaître plus « révolutionnaire » - alors qu’il ne fait que se recentrer sur les aspirations plus profondes de chaque être humain - nous avons énoncé le fait qu’il serait positif de revenir à un chemin d’équilibre. Ce chemin est celui des sociétés que certains nomment les sociétés non civilisées ou traditionnelles. Sans vouloir relancer le mythe du « bon sauvage », nous ne pouvons que constater que ces sociétés « humaines » se manifestent à travers l’équilibre qu’elles trouvent entre la nature et les personnes, entre nos besoins et nos ressources. Aujourd’hui, notre société occidentale (et malheureusement la plupart des autres suivent notre chemin) ne marche absolument pas vers une voie équilibrée. Au contraire elle se fonde sur le changement perpétuel, sur la quête de l’innovation, sur le "toujours plus" et donc sur l’éternelle insatisfaction.

Comment faire pour entreprendre ce virage à 90 degrés ?

Finalement le changement de cap vers un monde plus respectueux des aspirations de chaque être humain commence dans nos actions de tous les jours. En effet, telle une goutte d’encre versée dans un verre d’eau, notre action doit se diluer et s’étendre jusqu’à toucher la plus petite, la plus fragile et la plus aigrie des molécules d’eau qui composent ce verre pour réussir à faire avancer le monde dans son ensemble.

Toutes les personnes ont une chose en commun, leur humanité. Contribuer à un mieux être de tous les jours passe par une attitude, par des regards. On peut exclure d’un regard, d’un geste et bien sûr d’une parole. Contribuer à un mieux-être, c’est considérer chaque homme comme son égal et ne pas offenser sa dignité. La dignité est le carburant qui nous permet à tous d’avancer.

III. Comment faire pour bien faire ? Comment mener un projet de développement qui ne soit pas « inutile », voir contre-productif ?!?

A. Pourquoi s’engager ?

Il nous a semblé qu’un des pré-requis pour appréhender ce qui faisait le « succès » d’un projet de développement était la compréhension des raisons qui nous poussent à nous engager à travailler sur ce genre de projets.

Il en ressort l’envie, voir le besoin, de satisfaire notre côté « humaniste », de se sentir « utile ». Nous recherchons aussi un véritable échange, un enrichissement mutuel. La relation doit exister dans les deux sens.

Il ne s’agit pas forcément de s’engager "à vie" dans une ONG. Nous pouvons naviguer entre les deux "mondes" (ONG et entreprise). D’ailleurs n’est-il pas intéressant d’aller d’abord travailler 4 ou 5 ans dans une entreprise pour acquérir une expérience "professionnelle" et "technique". Puis d’aller avec ce bagage travailler dans le secteur associatif ?

Travailler dans le « développement » c’est avant tout une responsabilité !!! Il faut se rendre compte de l’espérance que les personnes concernées par les projets placent en nous. Nous sommes responsable vis à vis d’eux. Nous ne pouvons pas aller se former à l’étranger au détriment des populations locales, « sur le dos des autres ».

Ceci pose la question des stages où nous croyons savoir faire alors que nous devrions savoir que ce n’est q’une croyance. En effet, les 3A (dans le sens des 3 continents du Sud) ne peuvent pas être perçus comme de formidables lieux d’apprentissage - ou cours de récréation - où nous pourrions aller nous confronter au réel grâce à nos échecs,... Car le problème est que ce réel, ce sont des êtres humains !

B. Quelques « facteurs clés de succès » d’un projet intéressant

Un projet de développement veut toujours "améliorer" quelque chose. Mais qu’est-ce qui nous dit que ce que nous allons faire va leur convenir, leur correspondre ?

Au cours de nos discussions nous avons beaucoup insisté sur le fait que les projets doivent à la fois EMANER, être PORTÉS et MENÉS par les personnes concernées par le projet. Cela signifie qu’un projet doit non seulement répondre à un besoin mais aussi à une demande de la part des populations locales.

Cependant il ne faut pas tomber dans l’extrême inverse où l’ONG du Nord se confine dans un rôle d’observateur, au risque de devenir un ethnologue. Un projet se nourrit avant tout de dialogue, d’échange et d’écoute mutuelle.

Finalement nous sommes là pour donner « un coup de pouce », un accompagnement, initier le dialogue, aider à prendre du recul, proposer des formations adaptées, mettre à disposition nos techniques...

C’est lorsque le projet devient viable et lancé que les accompagnateurs peuvent se retirer, peu importe la durée.

Le problème est qu’une grande majorité des projets de développement doivent répondre à des exigences très strictes des bailleurs de fonds qui travaillent souvent dans un espace-temps plus réduit. Les initiateurs du projet n’ont donc pas toute leur liberté pour mener à bien le projet.

Cependant sur le long terme les grandes agences de financement perdraient moins d’argent si elles en investissaient un peu plus au départ pour prendre le temps de sentir si le projet sera réellement utile. En effet combien d’argent est gaspillé dans des projets superflus voire contre-productifs ?

Ainsi, même « économiquement », pour les bailleurs de fonds, cela vaut le coup de chercher à comprendre les bénéficiaires du projet et de monter le projet avec eux afin d’avoir des chances de faire un projet qui fonctionne dans la durée.

A nous de le faire comprendre aux bailleurs de fonds...

C. L’exemple positif de la Cour aux cent métiers au Burkina

Lors de cette journée de réflexion nous avons beaucoup parlé de l’exemple d’un projet « intéressant » : la « Cour aux cent métiers » à Ouagadougou au Burkina Faso.

Cette initiative fut orchestrée par le mouvement ATD Quart Monde. Le point de départ de ce projet : deux volontaires sans objectif plus précis que d’apporter leur soutien aux enfants des rues de Ouaga. Pendant deux ans, ils ont été à leurs côtés afin de s’imprégner de leur environnement, de comprendre leurs envies, leurs rêves, leurs ambitions ainsi que les mécanismes de solidarité qui existaient déjà entre les enfants des rues eux-mêmes et entre ces derniers et les habitants de la capitale burkinabée. De nombreuses autres associations présentes sur le terrain ont manifesté leur scepticisme car l’action, selon eux, tardait trop à se mettre en place. Selon eux, il y avait des besoins urgents auxquels toute association se devait de répondre. Néanmoins, étant donné que la philosophie du mouvement ATD Quart Monde est portée sur la compréhension de l’autre, sur la dynamique positive, il n’était donc pas question de faire vite en prenant le risque de faire mal. D’autre part, les volontaires d’ATD n’ont jamais souhaité imposer une action, ils ont toujours attendu que les enfants leur manifestent leurs besoins et surtout leurs envies. Dans un sens, ce sont les enfants qui ont créé leur propre projet et qui l’ont développé. Les volontaires d’ATD n’étant qu’un soutien. Au bout de deux ans de rencontres et d’échanges, la première « action » des volontaires d’ATD a été de laisser à disposition des enfants un jet d’eau où ceux-ci pouvaient se laver. En effet ils s’étaient aperçus que les enfants n’osaient plus chercher du travail, aller voir leur famille, et même bénéficier de l’aide d’autre ONG car ils étaient sales et qu’ils en avaient trop hontes. Ainsi le simple fait de pouvoir être propre - et donc fier - relançait les enfants dans une dynamique positive et un cercle vertueux. Dans un deuxième temps, il a été décidé de construire un lieu d’accueil pour les enfants - en prenant quatre des plus fragiles de ces jeunes pour faire la construction - (réaction des enfants : « mais si eux ils ont réussi à construire ça, alors nous aussi on le peut ! »). Puis sont venus de courtes formations adaptées aux souhaits des enfants, puis un dispensaire, etc.

Ce projet, nous permet de sentir à quel point c’est le mépris qui crée l’exclusion car il touche la personne dans sa dignité d’Homme. Il en ressort toute l’importance de prendre le temps de comprendre les gens avec qui l’ont veut travailler, d’établir une relation de confiance avec eux. Un projet a besoin pour « réussir » de chercher à réinstaurer la fierté perdue de chacun.

Conclusion

Au moment de tirer le bilan de cette journée, la satisfaction est au rendez-vous. Loin de nous avoir apporté des recettes miracles sur la manière de porter un projet de développement respectueux de chacun, cette journée nous a permis d’initier un processus de réflexion salvateur et qui nous aide à avancer intellectuellement et pratiquement.

Le développement reste pour nous une masse d’interrogations que nous n’avons fait qu’effleurer, néanmoins, l’important n’était pas d’avoir le dernier mot mais de trouver le « juste premier »...

Cette journée n’était pas une fin en soi, mais le début d’une prise de conscience.

Nous souhaitons continuer sur cette lancée. Nous espérons que ni l’âge ni quoi que ce soit n’anéantira cette force revendicatrice qui coule en nous, cette force de décision pour que demain le monde change, car c’est à nous de le dessiner, ensemble.

Il s’agit de réfléchir sur notre manière d’agir à la fois dans notre vie de tous les jours et dans la manière dont nous travaillerons demain sur des projets de développement. Nous cherchons comment assumer les responsabilités individuelles et collectives qui découlent de notre citoyenneté, pour aller vers des relations beaucoup plus équilibrées où le Nord peut apprendre du Sud et où ceux qui sont intégrés dans la société peuvent apprendre de ceux qui vivent l’exclusion, tout en se respectant. Partout à travers le monde, même ici à Lyon où tant de familles fragilisées par les difficultés de la vie, voient leurs liens familiaux brisés dans des logements insalubres qui ressemblent fort à des bidonvilles, l’homme demande à l’homme « qui suis-je pour toi ? ». Mais oui au fond, « qui suis-je pour toi ? »

 

Collectif

 

Par Collectif
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Dimanche 27 février 2005

 

La période de la Renaissance est marquée par un événement considérable, la découverte des Amériques. Phénomène capital pour l'évolution économique et politique de l'Europe, mais aussi pour l'histoire des idées. Entre le XVIème et le XVIIIème siècle se posait la question du statut des peuples découverts, puiscolonisés.

Jean de Léry, un pasteur genevois, est l’auteurde l’Histoire d’un voyage fait en la Terre de Brésil (1578). Les récits de voyage peuvent prendre la forme de journaux (Leiris), de lettres (Hugo), ou de mémoires comme ceux de Jean de Léry qui a rédigé son livre vingt ans après son expérience au Brésil. Cette œuvre présente une relation historique des conflits qui opposèrent catholiques et protestants, mais aussi un document ethnologique sur la culture des Tupinambas (Montaigne s’en inspira pour rédiger plusieurschapitres des Essais). Lors de son voyage (1556-1558), il avait l'intention de fonder une colonie calviniste au Brésil, fantasme de paradis perdu. Un an plus tard, il fait envoyé des prêtres et artisans avec qui il ne s'entendra pas. Il décida alors de vivre avec les « sauvages »; puis progressivement, il appris leur langue. Cette acculturation, phénomène qui résulte du contact entre des cultures différentes, bouleversera l'idée que Jeande Léry avait du monde.

Quelles seront les conséquences del'expérience de Jean de Léry sur l'évolution du rapport à autrui et à soi-même?

I/D'une vision négative de l'étrangerà une recherche de compréhenssion de celui-ci

A/ L'étranger est initialement considérécomme un « barbare »

Le premier, prisonnier pendant neuf mois des Tupinambas, écrivit une Véritable Histoire et description d’un payshabité par des hommes sauvages, nus, féroces et anthropophages... (1557). Son témoignage, enrichi d’une série de cinquante gravures, constitue sans doutel’un des plus anciens documents ethnologiques sur l’Amérique méridionale.

Le texte de Jean de Léry témoigne également de ce ressentiment primaire lors du premier contact avec cette civilisation étrangère. Leurs actions peuvent sembler incompréhensibles et sadiques : ils se moquent de leurs prisonniers, les tuent, les découpent et les mangent. L'ethnocentrisme européen est à l'origine de la récurrence du champ lexical del'horreur pour qualifier les pratiques dites « sauvages ».

B/ Il suscite ensuite l'interrogation etla recherche de compréhension

L'image du sauvage mangeur d'Homme hantant l'imaginaire occidental a ensuite été remplacée par l'analyse plus scientifiquedes anthropologues, qui ont mis en évidence que le cannibalisme était un rituel et non une pratique courante. Il en existe deux formes : l « endocannibalisme »qui consiste en l'absorption d'un ancêtre défunt pour s'approprier son âme et l' « exocannibalisme », tourné vers l'ennemi.

II/La remise en cause du MondeModerne et de la place de l'humanité

A/ La civilisation occidentale est-elleaussi développée que ce que l'on veut croire?

« Si on considère à bon escient ce quefont nos gros usuriers (...) ils sont encore plus cruels que les sauvages dontje parle. ». Le cannibalisme est une pratique qui se trouvait également dans le « Monde Moderne », notamment parmi la population chrétienne se voulant (selon ses propres critères) civilisée et morale. Plus sauvage encore, des corps de défunts ont étés vendu à des enchérisseurs, ces corps étaient alors considéré comme de vulgaires objets, insultant ainsi la victimeaprès sa mort.

B/La place de l'Homme

Au XVIème siècle, la question revête un caractère à la fois religieux et anthropologique. Les théologiens s'interrogent sur le rapport que peuvent avoir ces peuples avec Dieu, le péché, la révélation dont ils semblent avoir été écartés. Il discute pour savoir si les Hommes nouvellement découverts ont une âme. Le débat témoigne néanmoins de la difficulté et des lenteurs qui ont présidé à la constitution d'une idée universelle de l'Homme, à la reconnaissance de l'identité dans l'altérité. En tant que protestant, Jean de Léry s'interroge sur la possibilité des Tupinambas à accéderà la révélation.

Conclusion :

La référence à une nature sauvage définitun questionnement sur la validité de nos propres critères et un appel à la relativité. Jean de Léry et Montaigne, puis la multiplication des expériences humaines ont favorisé l’esprit critique et l’examen relativiste de nos institutions,coutumes et croyances. On est frappé, tant par la modernité, que par le nombre et la richesse des chroniques que le Nouveau Monde a inspirées aux navigateurs,explorateurs et missionnaires européens de l’époque de la Renaissance.


 

Florent

Par Florent 3A1
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Lundi 14 mars 2005

Réaction de Fantine à la conférence : « Les projets de développement, Les projets humanitaires, qu’en sais tu ? »

 

Le développement ?...  Un bien grand mot dont j’ai découvert le vide intérieur l’autre soir avec Claude et Jean-Erns…

 

Ils ont bien raison tous les deux. Qui est-ce qu’on est pour pouvoir dire « ça c’est bien, il faut que vous ayez ça, et ça ce n’est pas terrible, il faut que ça change » ? Il faut qu’on arrête avec nos normes, nos critères, nos statistiques, nos mesures ! Comment voulez vous mesurer un « niveau de vie » ? Oui, bien sûr, ça peut être utile pour établir des comparaisons, mais ça n’en reste pas moins des données relatives. On dit que tel pays est « en développement » seulement parce que l’on compare sa situation chiffrée à celle des pays dits « développés », qui, soit dit en passant, ont eux-mêmes créés ces statistiques …

 

L’autre jour j’ai compris que tout n’était que relativité. Attention, je ne veux pas faire un essai philosophique. Mais seulement, je pense que nous qui voulons travailler dans ce que je n’ose plus appeler l’aide au développement, nous qui voulons travailler pour que les choses aillent mieux pour tous à travers le monde et pour une période de temps infinie… Nous, nous devons les premiers penser à cette relativité des choses.

 

Je m’explique. Je pense qu’il ne faut pas que nous allions dans les pays du Sud avec en tête notre modèle de société, nos valeurs, et nos critères de vie matériels. Il faudrait pouvoir oublier tout ça, mais il faut être lucide, ce n’est pas possible. Nous avons intégré tout cela depuis trop longtemps maintenant. En revanche, nous devons y aller pour rencontrer les gens, c’est ce que Claude répétait, et c’est ça qui fait la différence. Je pense qu’on est à peu près tous d’accord là-dessus, notre motivation pour partir ne doit pas être liée à la volonté de diffuser un modèle.

 

Mais maintenant que l’idée d’un avenir professionnel dans le développement paraît superflue… que faire ?

 

On ne vit pas de la seule rencontre avec des hommes et des femmes. Nous voulons tous aider, soutenir, améliorer, mais, autant le dire franchement, nous voulons aussi pouvoir vivre de cela. En fait, je pense que nous pouvons aider ceux qui souffrent au quotidien en leur redonnant confiance en eux, en leur montrant qu’on n’est pas plus forts qu’eux, ce n’est pas nous qui avons le savoir, ni eux qui sont ignorants. Il faut juste leur redonner espoir, leur montrer que ce sont eux, et eux seuls qui décident de leur avenir. Et pour cela, mettre nos connaissances à leur service. Vous voulez du concret ? Je ne peux pas et je ne veux pas donner d’exemples, parce que si on recommence à avoir des exemples en tête, on va recommencer avec les mêmes conneries, on va recommencer à vouloir appliquer les recettes qui marchent d’un endroit à un autre, en oubliant que justement, la diversité à travers le monde est telle, que chaque société, chaque communauté, chaque ethnie, et même chaque village a sa culture et surtout son passé, dont il faut absolument tenir compte quoiqu’il arrive.

 

S’il faut une conclusion à tout cela, je voudrais vous demander… On est tous là en train de chercher ce qu’on pourrait faire concrètement pour répondre à nos convictions, mais…et si l’aide au développement, ce n’était pas plutôt d’éviter que les conneries se fassent ? On serait peut-être plus utiles en cherchant à faire comprendre aux dirigeants, dirigeants du nord et dirigeants du sud, dirigeants économiques et dirigeants politiques, que ce qu’ils font n’est pas dans l’intérêt des populations. Et surtout leur faire comprendre qu’il existe d’autres alternatives. Peut-être que l’aide au développement, c’est avant tout d’essayer de bloquer le processus d’aggravation de la situation ? Sinon, j’ai peur que notre action ne serve à rien sur le long terme.

 

Fantine

Par Fantine
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Samedi 9 avril 2005
Qui est responsable ?

 

Une petite histoire pour mieux comprendre ce qui s’est passé au Rwanda en 1994…

 

1ère Partie

Il était une fois deux voisins qui habitaient depuis la nuit des temps l’un à côté de l’autre, et qui malgré quelques tensions occasionnelles n’avaient jamais connu de disputes véritables.

 

J’étais un de ces voisins.

 

Un jour, subitement, pris de rage suite à une dispute avec mon voisin, je le frappe.

 

Vous, vous me regardez faire et vous ne faites rien.

 

C’est moi le responsable.

 

Puis de peur qu’il ne se venge, je le tue.

 

Là encore, vous me regardez faire et vous ne faites rien. Je vous entends murmurer : « que voulez vous faire, les gens de ce quartier sont comme ça… »

 

C’est vrai, c’est moi le responsable.

 

 

 

 

Recommençons l’histoire.

 

Depuis que je suis petit, vous me répétez sans cesse : « méfie-toi de ton voisin, il est intelligent et sournois, toi tu es simple et gentil, vraiment méfie-toi de lui.. » A l’école, on me clarifie tout cela : « ton voisin n’a pas toujours habité là, en fait c’est un étranger qui est venu essayer de profiter de toi, méfie toi c’est un cafard de la pire espèce ». J’apprends mes leçons, je retiens sans faillir : « méfie-toi », « lui c’est un fourbe », « moi je suis gentil »…

 

Un jour subitement, pris de rage suite à une dispute avec mon voisin, je le frappe. J’en ai marre d’être méfiant. Alors, comme c’est le seul moyen de m’apaiser, je le tue.

 

Vous, vous me regardez faire et vous ne faites rien.

 

C’est normal, c’est moi le responsable.

 

Recommençons encore l’histoire, allons plus loin.

 

Petit j’apprends la haine sur les bancs de l’école.

Puis une fois que je suis grand, vous venez me voir et comme nous sommes amis, vous décidez de m’expliquer comment je dois faire pour me défendre, c’est-à-dire pour tuer. Vous avez même la bonté de me m’offrir une arme qui me permettra de veiller plus efficacement à ma sécurité. En partant vous me rappelez qu’il faut se méfier de mon voisin…

 

Un jour subitement, pris de rage vis-à-vis de mon voisin, je ne peux résister à l’envie d’utiliser ma nouvelle arme… Enfin, je tue cette vermine qui empoisonne la vie du quartier depuis si longtemps.

 

Vous, vous me regardez faire et vous ne faites rien. Ce n’est pas votre histoire.

 

Après tout, c’est moi le responsable.

 

Recommençons l’histoire une nouvelle fois, allons plus loin.

 

Petit, vous m’apprenez la haine.

 

Puis vous m’équipez et me formez.

 

Puis comme on est amis, vous venez me voir et vous me dites : « Ecoute, il faut que je te dise quelque chose de très important : “Sincèrement je crois que toi et ta famille ne seront jamais en sécurité tant que tu n’élimineras pas ton traître de voisin qui ne cesse de comploter contre toi”. »

Je vous remercie pour le conseil.

Vous rajoutez en partant : « Vas-y, torture-le comme on te l’a appris, et ainsi il ne t’embêtera plus. T’inquiète pas, on est derrière toi. »

 

Vous avez raison, il faut que j’assure ma propre sécurité et celle de mes proches. Je vais donc retrouver mon voisin, je le torture, puis le tue.

 

Vous, vous me regardez faire et vous ne faites rien. Je sens poindre une certaine fierté dans votre regard. Une fierté pour votre élève.

 

Cependant, au finale, cela reste moi le responsable.

 

Recommençons l’histoire une dernière fois, allons plus loin que nous n’aurions pu l’imaginer.

 

Petit vous m’apprenez la haine.

 

Puis vous m’équipez et me formez.

 

Enfin, vous m’expliquez que la seule solution pour résoudre mes problèmes avec mon voisin c’est la « solution finale », c’est-à-dire l’exterminer.

 

Comme on est amis et que je vous fais confiance, je m’empresse de suivre votre conseil Après l’avoir torturé, je m’apprête donc à tuer mon voisin. Mon malheur est qu’à ce moment-là, son frère arrive pour le sauver. Voilà ma perte… Heureusement, c’est à ce moment-là que vous décidez d’intervenir. Officiellement, selon le conseil de la ville, vous êtes là pour ramener le calme dans le quartier et sauver mon voisin. Mais moi qui vous connais bien, je sais que vous m’avez toujours soutenu, alors je vous accueille les bras ouverts.

 

Et j’ai bien raison. Tant que les yeux de la ville sont sur vous, vous faites semblant de chercher à aider mon voisin. Mais dès que la ville se détourne de cette scène qui finalement ne l’intéresse pas particulièrement, votre amitié rejaillit et vous m’aidez à achever mon voisin et à repousser son frère.

 

Je vous en suis éternellement redevable. Vous êtes plus qu’un frère pour moi. Pour finir de me le prouver, vous m’invitez d’ailleurs à venir dans votre propre quartier où vous m’offrez le gîte et le couvert.

 

Merci.

 

Cette fois, vous n’avez pas fait que regarder. Vous avez agi.  On a agi.

 

 

 

Mais alors,

« Qui est responsable ? »

 

2ème Partie :

Mais au fait, « et si c’était vrai ? »

 

Imaginons que le quartier où se déroule cette histoire soit un pays, imaginons que ce pays soit le Rwanda, imaginons enfin que ces voisins s’appellent Hutu et Tutsi.

Il était donc une fois un pays où au fil du temps, la population s‘était divisée en deux catégories « socio-économiques » (faisons, pour simplifier, abstraction des Twa). Les Hutu, plus nombreux, se consacraient ainsi principalement à la culture de la terre, tandis que les Tutsi avaient la charge du bétail. Ces deux voisins coexistaient depuis la nuit des temps, l’un à côté de l’autre, et malgré quelques tensions occasionnelles, n’avaient jamais connu de guerre les opposant les uns aux autres.

 

Mettons-nous à la place d’un Hutu.

 

Un jour, laissant subitement exploser la rage accumulée vis-à-vis de nos voisins - qui avait soigneusement été entretenue par notre président, père de la nation -, nous nous sommes mis à massacrer quelques Tutsi de notre village.

 

La communauté internationale regarde, mais ne fait rien.

 

C’est nous, les Hutu, les responsables.

 

Puis, suite à l’assassinat de notre président dans l’attentat du 6 avril 1994, nous nous mettons spontanément à assassiner tous les Tutsi de notre village pour nous venger.

 

Là encore, la communauté internationale nous regarde faire et ne fait rien. Nous entendons murmurer : « que voulez vous faire ? Les gens en Afrique sont comme ça… »

 

C’est vrai, ce sont nous, les Africains, les responsables.

 

Recommençons l’histoire.

 

Depuis que nous sommes petits, les colons belges, en partenariat avec l’Eglise Catholique qui avait le monopole de l’éducation au Rwanda, nous répètent sans cesse « méfiez-vous des Tutsi, ils sont intelligents et sournois, alors que vous les Hutu, vous êtes simples et gentils, vraiment méfiez-vous d’eux… » A l’école, on nous clarifie tout cela : « les Tutsi n’ont pas toujours habité là, en fait ce sont des étrangers qui sont venus essayer de profiter de vous, méfiez-vous, ce sont des cafards de la pire espèce ». Nous apprenons bien nos leçons, nous retenons sans faillir : « méfiez-vous », « ce sont des fourbes », « nous sommes gentils »…

 

Puis, suite à l’assassinat de notre président dans l’attentat du 6 avril 1994, nous nous mettons spontanément à assassiner tous les Tutsi de notre village.

 

La communauté internationale regarde, voit, mais ne fait rien.

 

C’est normal, ce sont nous, les assassins, les responsables.

 

Recommençons encore l’histoire, allons plus loin.

 

Petits, nous apprenons la haine sur les bancs de l’école.

 

4

Puis, au début des années 1990, les Français viennent nous voir et comme nous sommes amis, ils décident de nous expliquer comment faire pour nous défendre, c’est-à-dire pour tuer. La France a même la bonté de nous offrir des armes, des munitions et des moyens logistiques qui nous permettront de veiller plus efficacement à notre sécurité. En partant, ils n’oublient pas de rappeler qu’il faut se méfier des Tutsi…

 

Puis, suite à l’assassinat de notre président dans l’attentat du 6 avril 1994, nous nous mettons spontanément à assassiner tous les Tutsi de notre village. Il faut dire qu’avec les armes fournies par les Français, nous avons les moyens de nos ambitions. Cependant, nous préférons l’arme traditionnelle qu’est la machette. Les armes automatiques ne nous servent que pour contraindre la population hutu dans son ensemble à participer aux massacres de Tutsi.

 

Pendant ce temps, la communauté internationale regarde, voit, mais ne fait rien. C’est normal, ce n’est pas son histoire.

 

Après tout, c’est toujours nous, les assassins, les responsables.

 

Recommençons l’histoire une nouvelle fois, allons plus loin.

 

Petits, nous apprenons la haine sur les bancs de l’école.

 

Puis la France nous forme et nous équipe.

 

Ensuite, comme on est amis, les Français viennent nous voir pour nous dire : « Sincèrement, nous craignons pour vous et pour vos familles. Elles ne seront jamais en sécurité tant que vous n’éliminerez pas les Tutsi, ces “khmers noirs” qui ne cessent de comploter contre vous et de préparer de nouveaux massacres de Hutu. »

Nous les remercions pour le conseil. Nous n’avions pas besoin des Français pour avoir cette idée, mais leur soutien moral et technique nous est tout à fait précieux. Les Français n’hésitent pas à rajouter en partant : « Allez-y, torturez-les comme on vous l’a appris et ainsi ils ne vous embêteront plus jamais. Ne vous inquiétez pas, on est derrière vous. »

 

Ils ont raison, il faut que nous assurions notre propre sécurité ainsi que celle de nos proches. Nous mettons donc en place un plan d’élimination systématique de tous les Tutsi du pays. Enfin, nous serons en sécurité.

 

Pendant ce temps, la communauté internationale regarde et ne fait rien. D’ailleurs, nous sentons même poindre une certaine fierté dans le regard de nos formateurs français. Une fierté pour leurs anciens élèves.

 

Cependant, au finale, cela reste nous, les génocidaires, les responsables.

 

Recommençons l’histoire une dernière fois, allons plus loin que nous n’aurions pu l’imaginer.

 

Petits, nous apprenons la haine sur les bancs de l’école.

 

Puis la France nous forme et nous équipe.

 

Ensuite, des “extrémistes” hutu dans le cercle de la femme du président Habyarimana, après s’être concertés avec plusieurs militaires et politiciens français, nous ont expliqué que la seule manière de résoudre tous nos problèmes avec les Tutsi c’était la « solution finale », c’est-à-dire de tous les exterminer, même les femmes et les enfants.

 

Comme nous sommes amis et que nous leur faisons confiance, nous nous empressons de suivre leur conseil. Nous nous mettons donc en marche pour accomplir le dernier génocide du XXe siècle… Notre malheur est que, avant que nous ayons terminé notre “travail”, le FPR - la rébellion armée composée majoritairement de Tutsi - gagne de plus en plus de terrain et va arrêter le génocide. Voilà notre perte… Heureusement, c’est à ce moment-là que nos amis français décident d’intervenir en plus grand nombre. (Certains militaires français étaient déjà là depuis le début du génocide pour nous encadrer.) Officiellement, selon le Conseil de sécurité de l’ONU, ils arrivent pour ramener le calme dans le pays et arrêter les massacres. Mais nous qui les connaissons bien, nous savons qu’ils nous ont toujours soutenus, alors nous les accueillons à bras ouverts.

 

Et nous avons bien raison. Tant que les yeux de la communauté internationale sont sur les Français, ils font semblant de chercher à secourir les victimes tutsi du génocide. Mais dès que la communauté internationale se détourne de cette horreur - qui finalement ne l’intéresse pas particulièrement - l’amitié de la France rejaillit et ils viennent nous aider à « finir le travail ».

 

Nous leur en sommes éternellement redevables. Ils sont plus que des frères pour nous. Pour finir de nous le prouver, les Français vont jusqu’à nous inviter à venir nous reposer après ce dur labeur dans leur beau pays qu’est la France où ils nous offrent le gîte et le couvert.

Merci.

 

Cette fois, tous les membres de la communauté internationale n’ont pas fait que regarder. La France a agi. Nous avons agi. Ensemble.

 

Mais alors,

Qui est responsable ?

 

 

 

 

 

 

 

Par Ignace
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Dimanche 10 avril 2005

Petite Réflexion sur l’Ethnie…

 

 

         J'ai recherché une définition d'ethnie donnée par des ethnologues, enfin par les modernes bien sûr, non pas par les colonisateurs ou encore les ethnicistes... et on se rend compte qu’il n'y a pas vraiment de contenu à cette définition, mais plutôt une certaine lucidité (récente, depuis les années 60) sur ce qu'on peut en faire et finalement sur comment les ethnologues peuvent s'en dépatouiller, avec la petite cuillère bien sur.......

 

Donc il était une fois:

 

  • Usage scientifique: l’ethnie désigne un ensemble linguistique, culturel et  territorial d'une certaine taille, le terme tribu est généralement réservé à des groupes plus petits.

 

  • Usage ethnologique: l’ethnie est constamment évoquée (unité de base des études anthropologiques), mais, en France, il s’agit d'une des notions les moins théorisée de la discipline. On commence à peine à questionner son contenu et ce qu'il implique. En même temps on remet en cause l'approche du terrain (monographique) qui lui est étroitement liée.

 

Dans tout type de littérature: l'idée d'ethnicité nourrit d'abondants discours, car elle est entre temps devenue un enjeu politique…

 

Apparaît alors la question du rapport entre « ethnie » et « ethnicité »? Le rapport n'est pas simple...

 

Entrée dans les mentalités (occidentales et notamment dans celles de nos "scientifiques"): Au départ, l’usage est avant tout ecclésiastique: l’ethnie se construit par opposition aux chrétiens, il s’agit des peuples païens ou "gentils". Ceux ci sont alors appelés dans un langage séculier « nation », « peuple » puis au 19ème s, « race » et « tribu ».

 

Au début du 20ème s. le terme « ethnie » apparaît aussi dans le langage séculier. Les termes utilisés auparavant sont désormais réservés aux Etats dits "civilisés" d'occidents: « peuple » est alors comprit et vécu en tant que "sujet d'un destin historique" (trop noble pour des sauvages....), et, l’idée des « races », est centré sur des critères purement physiques et donc trop général. Ainsi, l’ « ethnie » est devenue une sorte de "nation" au rabais. Elle se définie par une somme de caractères négatifs (elle n'est ni nation, ni race, ni peuple).

 

Bien sûr, la nouvelle terminologie qui s'élabore doit aussi répondre aux exigences de la colonisation, elle permet ainsi de "mettre à leur place" les populations conquises, de les fractionner et de les cantonner dans des définitions territoriales et culturelles univoques car soit « disant naturelles ». (Approche critique d'Amselle et M'Bokolo, dans Au coeur de l'ethnie.)

 

Apparaît des différences de conception en Occident:

 

L’Allemagne met l'accent sur le sentiment d'appartenance à une collectivité. En France l’ethnie est déterminée avant tout par la communauté linguistique. Enfin, en Angleterre ce terme désigne spécifiquement une minorité culturelle.

 

Mais, l’unité ce retrouve dans leur usage anthropologique : ils participent tous à la même approche naturaliste et réifiante en faisant de chaque ethnie une entité discrète dotée d'une culture, d'une langue, d'une psychologie spécifique (et d'un spécialiste pour la décrire...).

 

        

Cependant grâce aux travaux de F Barth en 69, il y a un changement et on procède à une révision critique: Il développe une perspective historique qui permet de critiquer l'ethnie comme substance et met en vue des processus d'ethnification. Ainsi, dans la même période, des africanistes prennent conscience que bien des ethnies supposées comme « traditionnelles » sont en fait des créations coloniales issues d'un coup de force et basé sur un « langage savant stéréotypé »… (Ainsi les Tutsi et les Hutu)

 

(Petite parenthèse : les sociétés traditionnelles dans l'anthropologie classique s'opposent aux sociétés modernes, or cette opposition est aujourd'hui remise en cause car toutes les sociétés sont traditionnelles même si elles se veulent nouvelles, traditionnelles dans le sens où elles visent toutes à se perpétrer et à se transmettre, mais toute société voit en l'autre la "tare" traditionnelle puisque l'aspect traditionnel ne peut être définit que lorsque celui-ci devient conscient ce qui veut dire lorsqu'il est ou rejeté ou inexpérimenté.)

 

Ainsi, la cristallisation autour du terme « ethnie » renvoie toujours à des processus de domination politique, économique ou idéologique d'un groupe sur l'autre. C'est de cette manière que le discours des médias occidentaux sert avant tout à disqualifier des révoltes qui n'ont rien a voir avec des questions traditionnelles (encore une fois le mot "tradition" efface dans nos mentalités d'ethnocentriques toute réflexion sur une quelconque origine, puisque tradition fait référence à l'autre, l'immobile, l'incompréhensible et l'arbitraire).

 

Mais voici que survient un nouveau coup de théâtre, ces ethnies construites et patiemment déconstruites par les ethnologues et autres sont aujourd’hui devenues des sujets ! Soudain ils reprennent à leur compte, parce qu'ils ne pouvaient exprimer autrement leurs revendications sociales, politiques ou économique, le discours ethniste employé par leur dominants. Ainsi l'ethnicité est devenue une valeur positive d'identité.

 

La question est alors de savoir si l'ethnicité revendiquée est d'une nature distincte que celle qui lui était imposée (artifice d'état pour manipuler) ou si elle est le signe d'une expression politique radicalement nouvelle? Cette identité enferme t’elle les minorités dans "l'archaïsme" ou ouvre t’elle un réservoir d'alternatives idéologiques et de pluralités culturelles forgées de l'intérieur (une sorte de conscience de classe mobilisatrice et solidarisatrice...?)

 

Le débat est posé mais l'histoire parle.....

 

 

 

Alors petite conclusion:

 

Le mot ethnie et ces débats actuels rappelle à l'ethnologie sa complicité dans le processus intellectuel d'ethnification et ses implications réelles dans  les sociétés non occidentales... Cependant elle confirme aussi une des conclusions de ses recherches actuelles: l' « ethnie » est un signifiant flottant, n'est rien en soi, sinon ce qu'en font les uns et les autres…

 

 

Aujourd'hui:

 

Critiquant son usage par l'administration coloniale et l'anthropologie classique, elle s'applique maintenant à des contenus SOCIAUX très hétérogènes et permet à l'ethnologue de délimiter son domaine de recherche et son approche sur une population.

 

Plus que pour parler de groupes minoritaires, la notion d'ethnie est maintenant utilisée pour mettre en cause le rôle des "majoritaires". Elle est surtout posée non plus par rapport à d'autres groupes équivalents, mais à travers sa relation à la société globale. Cette dernière envisage l'ethnie minoritaire comme porteuse de caractères qui l'éloigne de la norme qu'elle (la société) définie. Le groupe dit "ethnique" par la société qui l'englobe est donc étudié par l'ethnologue à l'intérieur d'une relation dont ce groupe est l'un des termes. L'ethnologue spécifie les critères de la relation et non ceux du groupe. Ainsi l'ethnie est pour les chercheurs une catégorie d'analyse pour appréhender une réalité sociale mouvante.

 

L'ethnie est donc ici le résultat d'un rapport de force étudié par l'anthropologue, souvent une expression d'exclusion vécue par le groupe et visé par la société (ex : les Roms de Roumanie) ou encore l'énoncé d'une différence comme manifestation de caractères immuables ( d'ou l'exclusion du groupe car l'intégration ne se fait que par une singularisation individuelle). Mais l'identité ethnique peut aussi chercher à instaurer une collectivité (les "chicanos" aux US ou les "maghrébins" en France) et n'est pas partout synonyme d'exclusion.

 

 

 

Voila ces recherches m'ont passionnées et m'ont réconciliée avec ma discipline, j'y retrouve ce que j'aime, regarder ce qui est derrière ce que l'on appelle l'autre, et lui permettre de nous remettre en cause quand il nous interroge sur ce que l'on fait et ce que l'on dit sans y penser, apprendre à savoir réajuster son regard quand il le faut.

 

 

 

Magdalena,

5 Février 2004

 

 

Par Magdalena
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Lundi 2 mai 2005

Le développement est une œuvre complexe, tant de questions se posent, tellement d’avis divers. C’est une nécessité de creuser plus loin que les cours qui nous sont dispensés à 3a, notre RESPONSABILITE est énorme. Le constat du développement des trente dernières années est criant, comment pouvons nous répondre au défi ? Imaginer d’autres choses, se questionner, créer, s’informer…

 

Après la première journée développement, nous avons crée un site de partage d’expériences sur la thématique du développement : http://boribana.over-blog.com


N’hésitez pas à faire des commentaires pour que ce site soit un lien entre les expériences de chacun.

 

            Tout le monde s’est bien prêter au jeu et les 2 heures de débat étaient vives et stimulantes, voici donc un des comptes rendu les plus sexy de l’année. Je peux, en tout vous garantir que je prends plaisirs à le rédiger. Merci à vous tous ! 

 

 

LE DEBAT

 

• Comment passer d’une société traditionnelle à une société moderne ?

 

 

«Pourquoi ne pas laisser tranquille ces sociétés traditionnelles. »Remarque spontanée et juste de Benoît. Ne rentrons nous pas déjà dans une logique néo colonisatrice en posant cette question? En effet, cette question oppose deux types de sociétés ce qui relève d’une simplification de la réalité car il n’y a de société uniforme. Les enjeux sont différents au Rwanda, en Chine, au Sri Lanka, dans les faubourgs de Lyon ou dans la campagne tchèque. De plus, l’adjectif « traditionnelle » connote, dans notre imaginaire collectif, l’immobilisme en opposition avec le caractère dynamique d’une société moderne.

 

 

Pour parler de développement, il faut donc déjà décoloniser notre imaginaire. Que veut dire aide, développement, que sous entend le mot « traditionnelle » ? Par exemple en kinyarwanda (la langue employée dans tout le Rwanda), la traduction de développement est : marcher, se déplacer. On remarque qu’à la différence du mot français « développement », dans le fait de se déplacer, il n’y a pas d’indication de direction. Ben disait à ce sujet : »Il n’y a pas qu’un chemin pour se rendre au sommet de la montagne. » Peut être y a-t-il d’ailleurs plusieurs montagnes…

 

 

Ne faut il pas se demander, au lieu de l’exclure sans y réfléchir, si nous ne sommes pas emprunt de pré jugé néo coloniaux. Les mots que nous employons transpirent l’histoire de notre pays, nous ne pouvons les employer innocemment.

 

 Pour une histoire du mot « développement », je vous conseille le livre de Gilbert Rist : « Le mythe du développement ».

 

 

            En ayant maintenant conscience des limites de la question, notre nouvelle interrogation est : »Quelles sont les barrières au développement ? ». Elle est plus satisfaisante car elle ne mentionne pas d’opposition (mais elle la sous entend).


 

D’ailleurs, le mot « développement » lui-même est il satisfaisant ? Le concept de développement est né après la 2ème guerre mondiale avec le discours du président américain Truman en 49. N’est ce pas une résurrection de la colonisation ? Quelle différence entre colonisation et développement ?  

 

Exemple donné par Mathieu sur les barrières du développement : Dans l’indouisme, quelqu’un qui est amené à changer de caste (en rentrant dans un programme de développement proposé par une ONG occidentale par exemple), modifie sa situation cosmique ce qui constitue un danger dans sa représentation du monde et de l’avenir. Cette réticence à prendre des responsabilités se révèle donc un blocage au développement, un manque de dynamisme.

 

Faut il briser les acquis culturels ? Comment juger si le développement peut offrir quelque chose de plus désirable ? Cette violence est elle nécessaire ? Comment accompagner un programme de développement sans déstructurer les rapports existants ?

 

Un autre exemple nous est donné par Charlotte dans le cadre de son stage au Sri Lanka: « Il y a une demande et un recul, un pas en avant et un pas en arrière. » Le manque de prise de responsabilité est encore flagrant et elle rajoute : « Mais ils la demandent cette aide ! ».

 

Ne serait ce pas la conséquence des projets de développement menés dans le Sud depuis 30 ans qui adoptent facilement une logique d’assistanat ? En ce sens, les organismes de développement ne brisent t’ils pas le dynamisme de ces groupes ?

 

 

Il est plusieurs fois ressorti cette volonté (naïve ?) de ne pas déstructurer ces sociétés dites « traditionnelle ». Ben rappelait une caractéristique des sociétés holistes qui est l’équilibre entre travail et consommation. Il se résume avec l’histoire d’un pécheur qui s’apprêtant à monter dans sa barque, est interpellé par un businessman en week end au bord du lac : 

 

-          »Puis je aller pêcher avec vous ? » propose le business man.

 

Les voila partis ensemble…Après quelques minutes, le pécheur attrape un gros poisson et se dirige vers la berge.

 

-          Le capitaliste s’étonne et lui dit : »Pourquoi ne continues tu pas a pécher ? Tu pourrais vendre le fruit de ton travail ! »

 

-          « Pourquoi faire ? » répond le pécheur.

 

-          « Mais ainsi tu pourrais acheter d’autres barques et des gens pourraient travailler pour toi ! » s’empresse le businessman.

 

-          « Mais pourquoi faire ? » répond le pécheur.

 

-          « Ainsi, tu pourrais te reposer. » reprend le businessman.

 

-          « Eh bien tu vois c’est ce que je vais faire maintenant. »conclue le pécheur. 

 

Ceci exprime que la place que ces deux personnes accordent au travail dans leur vie de tous les jours est différente. L’équilibre entre travail et consommation signifie donc : je produis un effort qui correspond à ce dont j’ai besoin pour vivre.

 

Sur cette base, il est possible de se demander si les projets de développement ne brisent pas les dynamiques du groupe. Par exemple, le micro-crédit est censé accorder une somme d’argent à un groupe de personne qui ont pour objectif de le gérer et de le fructifier. En introduisant un surplus d’argent dans cette société, le programme de micro crédit ne va-t-il pas mettre au repos une partie du groupe ? Ne brise t’il pas les dynamiques locales ? 

 

Il semble que Claude, d’ATD Quart Monde, nous permet de sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes à savoir : Comment la culture peut elle être un moteur du développement plus qu’une barrière ?[1] Ci-joint le compte rendu de son intervention (vraiment intéressante).

 

Sa réflexion se base sur trois axes :

-          Soutenir les initiatives locales.

-          « Ne pas leur emboîter le pas » c'est-à-dire soutenir une initiative mais pas l’impulser.

-     Ne pas imposer une vision de la réussite ou de l’échec. Claude disait : » Rencontrer, c'est ne pas imposer une vision dominante de la réussite par l’enrichissement, l’émergence individuelle, mais de tenir compte de ce qui fait les forces, les ressources d’un milieu, de sa capacité à vivre ensemble ». Mathieu exprimait ceci en parlant des enfants qui vivent dans la rue à Catmandou: »La société leur renvoie une image d’eux-mêmes qui n’est pas humaine. » Ils vivent ainsi constamment en se rappelant l’échec dont ils sont victimes.

 

 

Claude nous disait aussi : « Ne pas faire l’économie du temps de la rencontre. »; Voici un moyen pour ne pas rentrer dans le piège des barrières du développement. Si l’on prend le temps de construire avec les gens, de comprendre les mécanismes du quotidien, la culture de l’autre ne devient plus une barrière mais une force qui est le terreau de l’évolution du groupe. Nous entendons le développement comme unidirectionnel. Pourquoi ? Ceci est encré profondément dans notre culture et dans nos cours. Ne nous apprend t’on pas dans une école de commerce à repérer un manque pour tenter de le satisfaire ? N’est ce pas cela l’objectif d’une mission exploratoire ? Si nous allons dans un pays du Sud et que nous nous basons sur les manques de ces sociétés, nos références prennent racine dans le monde occidental qui nous a vu naître.

 

 

Ben disait : » Nous ne voulons pas d’un développement universel mais d’un développement transculturel. »

 

 

Se baser sur l’existant et non sur un manque permet d’échapper au faux problème qu’est la barrière culturelle au développement.

 

 

 

 

Nous avons souligné les cas du Japon et de l’Espagne comme exemples d’une alchimie entre  tradition et modernité. Si quelqu’un a des connaissances sur ces sociétés, sur la manière dont elles ont acquis un niveau de vie confortable en accord avec leur culture, il serait intéressant d’approfondir ces exemples.

 

 

 

 

 

• Quels liens entre les ONG ?

 

 

 

Benoît, en se basant sur OXFAM, dit qu’il est important que les structures occidentales établissent des liens avec les structures sur place.

 

 

L’intérêt du projet intégré, c'est-à-dire un projet qui prend en compte toutes les sphères de la vie à savoir l’économique, le social, l’environnemental et le culturel, est d’unir les structures de développement autour d’un objectif commun.

 

 

Deux grands types de projet s’imposent aujourd’hui : Le projet intégré type ONU avec des objectifs chiffrés en terme de réduction de la pauvreté, d’assurance maladie (projet Global impact), de réduction du sida…et le micro projet type ATD Quart Monde qui ne se fixe pas d’objectifs si ce n’est en terme qualitatif à savoir l’établissement d’une rencontre équilibrée avec cette conviction que la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit. (Le compte rendu de l’intervention de Claude exprime clairement cette idée)

 

 

 

 

Nous avons aussi évoqué le problème de la corruption des ONG ce qui mériterait certainement de plus amples recherches.

 

 

 

 

            • Les ONG peuvent elles résoudre les problèmes structurels des sociétés ?

 

 

 

 

Mathieu nous propose deux réponses : Tout d’abord, elles peuvent donner l’exemple qui pourra être suivi, c’est la goutte d’encre. Si je verse une goutte d’encre dans une carafe d’eau, la molécule d’eau la plus reclue, la plus exclue sera emprunte de bleu. Dans tous les cas, les ONG peuvent limiter la casse.

 

 

Fabien rétorque : »Le changement va intervenir par le gouvernement, c’est l’exemple de l’Amérique Latine. »

 

 

Gandhi dit quant à lui : »Etre le changement. » En effet, se changer soi même, faire sa révolution n’est il pas le premier pas vers tout espoir de changement du monde ?

 

 

 

 

Ben : »A mon avis le développement ne peut remplir son contrat c'est-à-dire résoudre la misère, car c’est le développement lui-même qui crée la misère. Cette misère est de deux ordres : Psychologique dans les pays dits « développés » du fait de cette tension créée par l’industrie publicitaire qui place l’Homme moderne en état de manque perpétuelle. Misère matérielle, qui est une caractéristique interne un capitalisme, du fait de l’exploitation de la périphérie (le Sud), par le centre (l’occident). Le développement a comme moyen l’économie et comme but l’économie, sortir de ce cercle vicieux et refuser l’économisme est une nécessité pour chacun qui croie qu’un autre monde est possible »

 

 

 

 

• Pourquoi ne pas participer au développement de notre propre pays ?

 

 

 

 

Marion, qui a fait son stage à l’armée du Salut, souhaitait nous faire prendre conscience que l’Etat coupe le programme CES (Contrat Emploi Solidarité ?). C'est-à-dire qu’il soutenait financièrement les ateliers d’insertion en les exonérant de payer les charges pour les emplois de réinsertion. Désormais ces charges devront être réglées par les associations. La conséquence en est une sélection darwinienne des associations capables de surmonter ce surplus. Les petites structures sont ainsi vouées à disparaître.

 

 

 

 

Ne va-t-on pas chercher le trésor perdu, à savoir la spiritualité, la sagesse, un autre rythme de vie en voulant travailler dans des pays du Sud ? Il faut, avant tout, être fière de sa culture qui constitue nos racines. Que fut la révolution française, qui sont Rousseaux et De Gaulle, Descartes et Gainsbourg ?

 

 

 

 

Pour finir nous nous sommes demandés : Qui sont les pauvres ? Et est ce vraiment ceux que l’on croit ? Le suicide n’est il pas typiquement occidental ?

 

 

 

 

 

 

QUESTIONS A REPRENDRE

 

 

 

 

 

 

Bien sur aucune question n’est clause mais quelques interrogations méritent une attention particulière : 

 

 

Le développement a-t-il un avenir ?

 

 

Quelle est l’histoire du mot développement ?

 

 

Quelle différence entre colonisation et développement ?

 

 

Quelles sont les barrières au développement ?

 

 

Les organismes de développement ne brisent t’ils pas le dynamisme des groupes ciblés ?

 

 

Comment la culture peut elle être un moteur du développement plus qu’une barrière ?

 

 

Projet intégré ou micro projet ?

 

 

Pourquoi tant de corruption dans le monde des ONG ? Des exemples ?

 

 

Ne va-t-on pas chercher le trésor perdu, à savoir la spiritualité, la sagesse, un autre rythme de vie en voulant travailler dans des pays du Sud ?

 

 

 

 

 

 

 



[1] Référence à la conférence : »Les projets de développement qu’en sais tu ? » Animé par Claude, volontaire du mouvement ATD Quart Monde qui a vécu une dizaine d’année à Ouagadougou et Jean Ernst en tant que représentant de la société civile.

 

 

Par Ben
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Mardi 3 mai 2005

 J’avoue que cette petite discussion avec Claude ne peut nous laisser avec l’esprit tranquille…

 

 

 

Ces mots sonnent comme autant de remise en question par rapport à tout ce que l’on nous apprend depuis 4 ans.

 

 

 

Même moi qui croyais avoir un certain nombre de clés de compréhension de cette sensibilité, par l’intermédiaire d’un lavage de cerveau soigneusement orchestrée par mes parents depuis mon plus jeune age, je dois avouer qu’en y repensant cette brève discussion m’a bien remué.

 

 

 

Comment ne pas estimer, cette force de la rencontre, simple, vrai et constructive. Cette force qui vient de la dignité, du respect de chacun. Et qui pourtant s’oublie si facilement dans l’élaboration de tous nos « glorieux projets ».

 

 

 

Cela me fait penser à une phrase de Jacques Salomé qui dit :

 

 

 

« Dans un couple, peut-être que l'important n'est pas de vouloir rendre l'autre heureux, c'est de se rendre heureux et d'offrir ce bonheur à l'autre. »

 

 

 

Et à une autre qui dit :

 

Déclaration des droits
de l'homme et de la femme
à l'amour.

 

« Te rencontrer sans te réduire,
Te désirer sans te posséder,
T'aimer sans t'envahir,
Te dire sans me trahir,
Te garder sans te dévorer,
T'agrandir sans te perdre,
T'accompagner sans te guider,
Et être ainsi moi-même
Au plus secret de toi. »

 

 

 

Vous allez me dire « mais qu’est que ça vient foutre la dedans ! » Jusqu’ici, aucun rapport avec notre réflexion sur le développement… eh bien en fait, je pense qu’elles sont tout à fait adaptables à cette problématique :

 

 

 

« Dans un projet de développement, peut-être que l'important n'est pas de vouloir développé l’autre à partir d’un manque chez lui, mais de se rendre disponible et d'offrir à l’autre cette rencontre, cette écoute et cette reconnaissance. »

 

 

 

et

 

 

 

« Te rencontrer sans te détruire,
T’écouter sans te juger,
T'accompagner sans te guider,
Parler sans vouloir convaincre,
Partager sans vouloir t’imiter,
T'aider sans t’humilier,
T out en acceptant que tu puisse aussi m’aider,
Etablir ainsi une relation de confiance
où l’on avance ensemble »

 

 

 

Bon ok, j’avoue que c’est un peu tiré par les cheveux mais je trouve cela rigolo… et vrai.

 

 

 

Je reprends donc le fil de la discussion. « La rencontre c’est une action », cette phrase résonne aussi encore dans mes oreilles. Cela remets en cause toute notre manière de voir, toute notre perspective. Il n’y a plus de « Nord », ou de « Sud », juste des individus qui veulent être respectés et reconnus en tant qu’Homme à part entière. Claude rajoute d’ailleurs : « On à travaillé au Burkina comme on aurait travailler à Lyon, ou ailleurs… » C’est-à-dire en cherchant simplement à comprendre les gens et à voir de quelle manière il serait possible de les accompagner dans leurs rêves, leurs projets, leurs envies.

 

 

 

Il ne s’agit pas de projets de « développement », - car cela induit forcément une notion d’échelle, de plus et de moins, et après tout qui est le « développé » dans cette histoire ? - Non en fait il s’agit juste des projet d’un homme, d’une femme, d’un groupe de jeunes, ou d’un village,…

 

 

 

Mais en même tant, c’est sûr que cette pensée nous fait violence, car c’est beaucoup plus exigeant de faire « avec » et non « pour », et de se dire qu’on n’est pas « efficace » au sens occidental du terme. Et comme le dit Ben, le valorisation ne vient-elle pas d’abord du visible, du palpable ?…

 

 

 

Or c’est vraiment là qu’on en arrive à la question fondamentale de savoir : pourquoi voulons nous tant faire de l’humanitaire, monter des projets de développement, "aider, aider, et aider, tous ces pauvres gens qui ont eu le malheur de naître dans le mauvais hémisphère…"

 

 

 

Il semblerait que c’est avant tout pour nous, pour soi. Car pourquoi sinon continuer à entretenir les déséquilibres, voire à les créer, à monter des projets sans concertation,… ?

 

 

 

Dur de se remettre aussi fortement en cause… dur de se dire que nous n’allons pas sauver l’Afrique… dur d’imaginer que nous devons « sacrifier » au moins 10 années de notre vie si nous voulons réellement accompagner des projets que nous ne pouvons même pas imaginer au départ de notre expérience…

 

 

 

Dur mais o combien salvateur.

 

 

 

Car cette réflexion, ce travail de remise en question, n’est-il pas un pré-requis nécessaire pour tous nos projets à venir ?!?…

 

 

 

Continuons ensemble à avancer…

 

Ignace

 

Par Ignace
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