Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 11:50

Le 17 décembre dernier, les occupants roms d'un squat à Lyon sont évacués par les forces de l'ordre et jetées à la rue, sous la neige et la bienveillance des matraques. Ce fait d'hiver étant légitimé par la loi Loppsi 2 qui est en train d'être adoptée par l'assemblée nationale.


Une loi, qui entre autres réjouissances, interdit l'habitat "précaire" (le vocabulaire est choisi...); à savoir tentes, yourtes, caravanes, fourgons...tout contrevenant sera verbalisé, de même que la municipalité qui omettrait de le dénoncer à la préfecture, qui pourra ensuite décider de la destruction de l'habitat.

 

yourte-montee.jpg


Je repense aux sondages d'opinions qui élisaient régulièrement l'abbé Pierre personnalité préferée des français...belle brochette de faux-culs!

 

Cette loi va fragiliser les plus démunis, entre autres ce peuple multiple et complexe que l'administration nomme "gens du voyage". Il est facile de s'acharner sur un peuple qui sort de près de 500 ans d'esclavage, d'un holocauste, et soumis au rejet de la plupart des pays où il échoue...


Mais la loi Loppsi ne vise pas seulement cette partie de la population française; et ça en fait du monde entre ceux qui n'ont d'autre choix qu'un bout de toile pour se protèger du froid et ceux qui ont fait le choix d'une vie "alternative", souvent lié au désir d'une vie plus proche et respectueuse de la Nature; et oser dire que c'est au nom de la "salubrité" publique que l'on veut nous priver de la liberté fondamentale de choisir son mode de vie...


Je me souviens d'une discussion dans les couloirs de la mairie de mon secteur; un élu s'indignait de l'odeur et de la saleté générées par un camp de Sintés installé à côté. Je suis allé voir moi même pour vérifier; non seulement j'y ai été trés bien accueilli mais le camp était d'une propreté irréprochable; la rumeur est facile à lancer, prompte à enfler, et si en plus la loi légitimise la haine ordinaire...

 

Où en sommes-nous arrivés?

 

La vie est immense, suffisamment pour être partagée entre tous, et nous nous acharnons à la cloisonner, à la flétrir, à en exclure l'autre, pour préserver quoi, pour nous protéger de qui? Je suis chrétien et l'on m'a assez souvent rabattu les oreilles avec le petit Jésus pour savoir qu'il aurait été le premier à prendre la défense de ces gens en marge, souvent pauvres, sur lesquels nous n'en finissons pas de cracher, dans la puanteur de nos conforts matériels et intellectuels.

 

Mon grand-père Louis rappelait que le plus grand danger pour un pays est de devenir un état policier, parce que face à la répression policière, textes de loi et matraques à la clé, peu importe la justice, t'as plus qu'à la fermer.

 

Loppsi 2... je n'en ai même pas entendu parler dans les médias; c'est que tout est mobilisé pour que l'on passe de bonnes fêtes, que le commerce marche, que l'on aie son comptant d'idées-cadeaux et d'idéaux-caddie, et que le monde s'engraisse sans trop se poser de questions.


La seule chose qui me console, c'est d'écouter de temps en temps "Hexagone" de Renaud ou "Killing in the name of" de Rage Against the Machine; avis aux amateurs...

 

Cette loi est une atteinte grave à des libertés fondamentales pour lesquelles des générations de citoyen(ne)s se sont battues; cette loi insinue désormais que celui qui vit dans son fourgon, sa caravane, par choix ou par faute de mieux, est un délinquant...

La délinquance se trouve au sommet de l'état et si ces marionnettes irresponsables pondent des lois, je prendrai soin désormais de vivre Hors-la-loi.

 

 

Louis-Noël, 20 décembre 2010

Repost 0
27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 17:47

La solidarité : coup de cœur ou engagement durable ?

17 Octobre Journée mondiale du refus de la misère.

 

Conférence donnée à l’université catholique de Lille

Le 17 Octobre 2005

Par Bruno Tardieu

 

 

Le thème de cette semaine et de cette soirée est la solidarité.

Et la première question qui m’est venue est  « solidarité de qui ? »

De qui parle-t-on quand on parle de gens qui sont solidaires ?

 

L’évidence : il faut être solidaire avec ceux qui ont besoin.

Les nantis doivent être solidaires avec les démunis.

A cheminer aux côtés du Père Joseph Wresinski, et depuis 25 ans dans le Mouvement ATD Quart Monde fondé par lui avec les familles du camp des sans logis de Noisy le Grand je suis persuadé que cette évidence est le fondement de la rencontre manquée entre les hommes autour de la question  de la misère.

 

 

Rencontres manquées depuis toujours, faussées par les relations de bienfaiteur à obligé, « ma mère n’avait que des bienfaiteurs elle n’avait pas d’ami » disait le Père Joseph et au Sénégal on dit « la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit ».

 

Rencontres manquées que ce camp créé en 1954 par l’abbé Pierre pour les sans abris. Fait de la générosité de tous, il apparaissait aux personnes qui y arrivaient comme un camp de prisonniers que Geneviève de Gaulle compara au camp de concentration qu’elle avait connu.

 

Rencontres manquées car depuis toujours on pense pour les pauvres et réinvente les soupes populaires, resto du cœur, distributions humanitaires hyper efficaces qui ne changent rien sur le fond.

 

Rencontres manquées des milliers de projets inventés pour les populations, sans les populations, qui, bien sûr, échouent et ne font que décourager la générosité.

  

Tant et si bien qu’au fond de soi s’installe un sentiment de fatalité, c’est ainsi, la misère sera toujours là.

 

Aujourd’hui c’est le 17 octobre la Journée Mondiale du Refus de la Misère.

 

En ce moment dans le monde, des milliers de personnes qui vivent la misère se retrouvent avec d’autres et se rencontrent d’une manière différente. Ils témoignent ensemble que refuser la  misère c’est l’affaire de tous. 

 

Ca a commencé en 1987. 100 000 personnes sur le parvis des libertés et des droits de l’homme à Paris face à la Tour Eiffel à l’appel du Père Joseph Wresinski fondateur d’ATD Quart Monde ont inauguré une dalle à l’honneur des victimes de la misère avec l’inscription suivante :

 

LE 17 OCTOBRE 1987,
DES DEFENSEURS DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN DE TOUS PAYS SE SONT RASSEMBLES SUR CE PARVIS. ILS ONT RENDU HOMMAGE AUX VICTIMES DE LA FAIM,  

DE L’IGNORANCE ET DE LA VIOLENCE. ILS ONT AFFIRME LEUR CONVICTION QUE LA MISERE N ’EST PAS FATALE. ILS ONT PROCLAME LEUR SOLIDARITE AVEC CEUX QUI LUTTENT A TRAVERS LE MONDE POUR LA DETRUIRE.

LA OU DES HOMMES SONT CONDAMNES A VIVRE DANS LA MISERE LES DROITS DE L’HOMME SONT VIOLES S’UNIR POUR LES FAIRE RESPECTER EST UN DEVOIR SACRE

 Père Joseph Wresinski

 

 

 

Ce message gravé en 1987 a un impact qui ne fait que grandir, repris partout dans le monde. Déjà en 1992, donc 5 ans après  des gens se sont rassemblés dans une centaine de pays, riches et pauvres ensemble. A l’île de Gorée au Sénégal par exemple, là où des millions de personnes sont parties vers l’esclavage, dans un village du Pérou écrasé par des siècles de colonisation et de mépris, aux Nations Unies à New York, de Noisy le Grand, là où a démarré ATD Quart Monde, dans des centaines de villes et de villages. Des radios du monde entier ont fait une chaîne pour que ces paroles soient entendues en direct par des millions de personnes vivant dans la misère et d’autres personnes. Je me souviens que dans un camp pénal à Bouaké en Côte d’Ivoire personne ne voulait manquer ce moment, et ils avaient installés une radio aussi à l’infirmerie pour ceux qui ne pourraient pas se réunir dans la cour.

 

Quelques mois après l’assemblée générale de l’ONU déclarait officiellement cette journée comme journée mondiale du refus de la misère. Maintenant des centaines de reproduction de cette dalle avec ce message inscrit ont vu le jour dans le monde.

 

Aujourd’hui Kofi Annan reçoit des personnes qui vivent la misère et ensemble ils réfléchissent, ensemble ils réfléchissent  à la stratégie de l’ONU pour lutter contre la misère et créer la Paix. Dans quelques jours ce sera à la Banque Mondiale. Mais c’est aussi en ce moment même à Somain près de la Mairie où il y a aussi une réplique de cette Dalle, ainsi qu’à Roubaix  en face de la médiathèque, des gens très pauvres et d’autres se rencontrent dans l’honneur.

 

Pourquoi ce message poursuit il son chemin discrètement et sûrement ?

Je crois que c’est parce qu’il mobilise les gens dans la misère qui pour une fois trouvent un message à la hauteur de leur souffrance et de leurs aspirations.

Et qu’il mobilise les autres aussi car les uns et les autres trouvent là une opportunité d’enfin se rencontrer dans la vérité.

 

Et là tout est inversé.

 

  

L’initiative ne vient plus d’en haut, de gens aisés qui s’imaginent les pauvres,  leurs manques, leurs besoins, sans connaître leurs pensées leurs aspirations, en en faisant ainsi les objets de leurs soifs de charité, de leur peur ou de leur désir de contrôle.

 

C’est une initiative qui vient du fin fond de l’espérance des personnes vivant dans la misère. 

 

Regardons ce message encore.

« Les défenseurs des droits de l’homme de tous pays se sont rassemblés sur ce parvis »

 

 

Ce qui est nouveau dans cette idée du Père Joseph, c’est de dire que les défenseurs des droits de l’homme, ce sont aussi et peut être en premier ceux qui vivent la misère. 

 

Ils mettent en œuvre les droits de l’homme, concrètement tous les jours. Par exemple, dans New York 4 000 familles sans abris sont logées par les services sociaux de la ville, 100 000 familles sans abris logées par d’autres familles pauvres[1]. Combien de fois avons-nous vu des familles, vivant à 6 dans deux pièces, prendre encore chez eux une autre personne ou une famille pour ne pas les laisser à la rue.

  

Mais aussi ils pensent les droits de l’homme. Des familles gitanes en train d’être expulsées à côté de chez moi à Herblay, alors qu’elles vivent là depuis 30 ans pour certaines. Après tout un combat le jugement en appel est tombé il y a deux jours et l’expulsion est confirmée. Nous étions catastrophés. Les gens étaient calmes et disaient : « nous c’est pas le pire, ceux qui sont expulsés des squats c’est pire, nous au moins on peut emmener notre logement avec nous dans la caravane ».

 

Ainsi ils nous font redécouvrir le fondement des droits de l’homme, et vivent ce que dit Emmanuel Levinas : le fondement des Droits de l’Homme est non pas de défendre son droit mais de défendre les droits de l’autre, celui pour lequel la dignité est la plus menacée.

 

Continuons cette méditation sur les mots gravés sur cette dalle.

« ILS ONT PROCLAME LEUR SOLIDARITE AVEC CEUX QUI LUTTENT A TRAVERS LE MONDE POUR LA DETRUIRE  »  

 

Qui c’est  « ceux qui luttent à travers le monde pour détruire la misère ? »

 

Arrêtez-vous un instant et demandez-vous ce que vous répondriez à cette question.

 

Pour moi cela a été un véritable retournement de penser que ceux qui luttent contre la misère, ce ne sont pas d’abord les œuvres, les bienfaiteurs ou les pays riches qui donnent aux pays pauvres.

 

Quand les pays riches et les grandes ONG liées à ces pays donnent, ils imposent en même temps leurs experts, leurs entreprises et pour finir un Euro donné rapporte largement autant[2]. 

 

Non, ce qui aide vraiment les pays pauvres ce ne sont pas les gouvernements riches,  ce sont les immigrés qui risquent leur vie à escalader les murs de nos pays. Ce que les immigrés de ces pays renvoient au pays est bien supérieur à l’aide de nos pays, jusqu’à 20 fois plus important dans certaines régions.  Haïti ne survit que par sa diaspora et le plus gros business là bas,  c’est Western Union qui fait les transferts d’argent et qui prend jusqu’à 20% de ce que le cousin qui a pris tous les risques pour passer aux USA réussit à envoyer à la famille[3]. 

 

Nous devons lever une vaste illusion : ceux qui aident les gens dans la misère, ce ne sont pas les riches, ce sont les gens dans la misère. 

 

Ceux qui luttent contre la misère pour la détruire, ce sont en tout premier lieu ceux qui la vivent.

 

Et eux ont l’engagement le plus durable. Ils n’ont pas le choix, et ils savent au fond de leur cœur que la misère est inhumaine et ils continuent tous les jours d’essayer, d’envoyer leurs enfants à l’école comme cette maman de la Nouvelle Orléans qui pourtant savait toute la violence que risquait son enfant, mais le voulait pour l’avenir. 

 

Mais alors que pouvons nous faire ? 

 

Qui que nous soyons, nous refusons au fond de notre être que la misère perdure. Même les petits enfants le sentent. Alors que faire ?

 

D’abord, le nous ici peut être dangereux. Chacun de nous dans cette salle est différent. Chacun trouvera son chemin. 

 

Pour certains, la précarité n’est peut être pas si loin, dans leur famille, dans leur histoire. Notre société élitiste n’encourage pas à y voir une source de fierté, l’université ne pousse pas à voir dans ceux qui ont lutté ou qui luttent toujours contre les difficultés des gens de qui apprendre, des gens qui savent des choses sur l’humain sur le courage, sur la fraternité que d’autres ne savent peut être pas. 

 

Pour d’autres qui n’ont pas une histoire de précarité comme moi-même il faut accepter simplement de ne pas être les premiers, ne pas être les initiateurs, accepter et apprendre à rejoindre les combats des gens qui vivent la misère mènent déjà, les solidarités qu’ils tentent déjà pour les soutenir. 

 

Accepter l’invitation à s’unir. 

 

L’inscription sur la Dalle finit par :  

LA OU DES HOMMES SONT CONDAMNES A VIVRE DANS LA MISERE LES DROITS DE L’HOMME SONT VIOLES. S’UNIR POUR LES FAIRE RESPECTER EST UN DEVOIR SACRE

 

Entrer dans cette invitation à s’unir demande de se laisser faire, de laisser tomber sa soif de maîtrise, sacro-sainte valeur de notre société moderne. 

 

Aujourd’hui chacun sent bien que cette soif de maîtrise de la techno science, et cette course à plus d’argent nous emmène nous et notre planète à notre perte. Ceux qui vivent la misère ont peut être une clé pour nous en sortir.  

 

Mais il y a autre chose. Rejoindre ceux qui vivent la misère pour en faire des maîtres à penser, des maîtres en humanité n’est plus pour moi de l’ordre d’un devoir moral qui dépendrait de ma seule volonté ou de mes coups de coeur. La volonté a ses hauts et ses bas. 

 

C’est devenu une joie profonde, une joie qui dure et que tout mon être veut faire durer.  L’expérience de sortir de la relation faussée.  

 

Ce n’est pas tant ce que j’aurai fait pour des gens qui m’habite et me tient mais plutôt des rencontres qui ont eu lieu et qui durent, des rencontres qui ont abaissé des frontières qui me paraissaient infranchissables. 

 

Dans cet immense apartheid mondial fait d’héritage d’exploitation de l’homme par l’homme, de mépris de l’homme pour l’homme qui a mené à l’esclavage, la  colonisation, le racisme, l’exclusion, je pensais impossible que les gens qui vivent la misère ne veuillent pas me rejeter. Je pensais impossible qu’on puisse se retrouver. 

 

Je crois que c’est cette peur-là qui fait que les riches montent des murs de plus en plus hauts. Ces murs que nous montons autour de notre Europe, Europe qui se dit tolérante en disant aux autres, « si seulement vous étiez  tolérants comme nous tout irait bien. » 

 

Je crois qu’on est plus hanté du mal qu’on a fait ou que vos ancêtres ont fait que du mal qu’on vous a fait.  

Quelle libération pour moi de tomber sur ce mouvement qui n’exploitait pas ma culpabilité, mais me disait « tu peux venir avec nous, si tu laisses ta supériorité et tes idées préconçues à la porte. » 

 

Evidement c’est tout un chemin de vie, vraiment penser ensemble avec des gens très pauvres reste toujours autant pour moi un défi. Mais c’est un chemin de libération mutuelle auquel je crois pour moi et pour les hommes. 

 

Et je vais en témoigner à travers quelques rencontres. 

 

J’ai commencé à ATD Quart Monde à l’âge de 20 ans. J’étais étudiant. J’ai fait un chantier d’été, très intrigué par ce que j’entendais de la misère de gens en France.  J’ai continué mes études, puis quand mes études me l’ont permis, je suis retourné vers ATD Quart Monde. A Créteil, j’ai rejoint la bibliothèque de rue, c’est à dire étaler des couvertures par terre et lire des livres avec les enfants. 

 

Eric Viney, ne savait ni lire ni écrire. Toute mon éducation me disait qu’il devait sûrement n’être pas intelligent. Et pourtant. 

 

Il aimait les échecs. En effet une femme de la cité, une femme qui avait connu la grande misère du Camp de Noisy le Grand avec le Père Joseph, Madame Maud Desandré avait été relogée dans cette cité d’urgence de Créteil, et avait créé un club d’échec. Et Eric jouait. Et Eric m’a proposé de jouer et il m’a battu aux échecs. Je finissais ma thèse en mathématiques et voilà ça m’a surpris. Pourquoi être si surpris ? Est-il donc impossible que les gens dans la misère aient quelque intelligence à m’apporter ?

 

 

 

Eric était passionné par la guerre de sécession aux Etats Unis. Un événement très important pour lui. Et nous avons continué à en parler depuis. Il a appris à écrire tout d’un coup à l’âge de 10 ans.

A ce moment-là, son père avait entendu l’appel du Père Joseph Wresinski « Il ne faut plus avoir honte d’être illettré que celui qui sait lire apprenne à celui qui ne sait pas. » René a pris son courage à deux mains et s’y est mis avec l’aide de Paul un allié d’ATD. Deux fois par semaine. Soutenu  à fond par son épouse Jeanine. René n’a jamais appris. Il ne sait toujours pas. Mais ça ne l’empêche pas de penser et de participer aux Universités Populaires du Quart Monde.  Mais je suis persuadé que Eric voyant son père se battre pour apprendre à lire, a tout à coup appris lui même.

Eric est sorti de la misère. Il a un travail stable, un logement stable, des amis.  Sa mère aujourd’hui écrit sa vie sur un ordinateur que ses enfants lui ont acheté.. Ce n’est pas moi qui ai fait cela, c’est Maud Desandré, c’est son père, c’est sa mère, c’est ce mouvement créé par des gens pauvres dans lesquels ils se sont reconnus, créé par Joseph Wresinski lui même né dans la misère dans lequel ils se sont reconnus et qui leur a donné la force. 

 

C’est le combat de son père qui a libéré Eric. Et tout ce que nous avons fait, c’est que ce combat ne soit plus ignoré, qu’il soit soutenu,  c’est de rendre hommage à ce combat.

Il reste que quand je lui avais dit que mon père était médecin, Eric, à 1O ans m’a dit moi aussi. Et il n’est pas médecin.

  

C’est un gâchis pour l’humanité.

 

Eric aurait pu être un excellent médecin plus capable que beaucoup de soigner les gens en particulier les gens les plus humbles. Un gâchis pour l’humanité.

 

Je n’aurais pas su dire ces mots-là si je ne les avais pas entendus du  Père Joseph. C’est à ce moment-là que je l’ai rencontré. 

 

Homme de la misère, je ne comprenais pas au début ce qu’il disait. Puis  le 17 novembre 1977, lors du rassemblement public à la Mutualité à Paris il a donné ces mots : 

 

Le Mouvement ATD Quart Monde s’est fondé sur un triple refus, le refus même que porte dans sa révolte silencieuse, le sous-prolétariat, à savoir : 

Le refus de la fatalité de la misère

 

Le refus de la culpabilité qui pèse sur ceux qui la subissent, 

 

Le refus du gâchis spirituel et humain que constitue le fait qu’une société puisse se priver si légèrement de l’expérience de ceux qui vivent dans la misère. 

 

La misère n’est pas fatale, elle n’est pas une malédiction de l’humanité contre laquelle les hommes ne pourraient rien faire. La misère est l’œuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire.

 

Le Père Joseph Wresinski homme qui m’a beaucoup déstabilisé, par sa manière de penser, dans une rationalité nouvelle, enracinée dans les contradictions dans l’homme et entre les hommes et dans leur capacités infinies d’amour. Je rêve aujourd’hui qu’elle déstabilise la pensée du monde pour nous sortir de cette ère moderne cartésienne qui a cru maîtriser la nature et l’humain. Le post moderne ne fait que  rejetter le passé, la rationalité fraternelle avec le plus exclu du Père Joseph a de l’avenir.

 

Il nous a demandé à ma femme et à moi d’aller à New York. Et c’est là que nous avons plongé dans le volontariat ATD Quart Monde, vivre une vie simple avec le salaire minimum du pays, habiter dans un quartier défavorisé, vivre la vie d’équipe. Ma femme a relu 20 ans de rapports d’observation pour écrire l’histoire de familles et moi je faisais une bibliothèque de rue.   

 

Nixon Pacheco. 

 

Je l’ai connu à 10 ans, découvrant l’ordinateur que j’apportais dans sa rue. Il habitait dans trois pièces à 9. On se connaît toujours on s’appelle. Il a contribué à un séminaire avec les plus grands spécialistes de l’éducation aux USA autour de la question : comment se fait-il que les enfants défavorisés échouent à l’école, qu’est ce qui peut libérer leur potentiel ? Nixon est le seul de sa famille a avoir fini ses études secondaires. Son père à lui non plus ne sait toujours pas lire et écrire. Pour se séminaire il a expliqué que s’il a réussi c’est parce que son grand père s’est battu,  a osé quitter la misère de Porto Rico pour tout risquer à New York. Et, dit il,  comme Moise il s’est lancé mais n’a pas vu le résultat pour son peuple. Son grand père Innocencio a nommé son fils aîné Nixon, du nom du président de l’époque, pour montrer son espoir, sa foi dans son nouveau pays. Nixon Junior dit que s’il a réussi, c’est que des gens à ATD Quart Monde lui ont fait comprendre la valeur de sa famille, le combat de ses parents. Il dit : « on n’apprend pas pour soi, on apprend pour pouvoir ramener cette fierté à ses parents. Mais à l’école ils ne comprennent pas ça, ils nous font honte de nos parents, ils nous disent de ne pas les écouter. » 

 

Tous les enfants défavorisés que j’ai connus partout grandissent dans cette guerre entre leur milieu et l’école, guerre du sens entre ce qu’ils ont appris à la maison et ce qu’ils apprennent à l’école, qui ne colle pas ensemble. C’est très dur de construire sa pensée quand l’école dit le contraire de son expérience, de ce qu’on apprend chez soi. L’expérience de vie qu’ils apprennent dans leur famille fait honte à notre société, et la société et donc l’école préfèrent la nier. La rencontre manquée entre les savoirs et les logiques fait des ravages chez les enfants qui ne peuvent se développer  dans cette  contradiction. Echouer à l’école, c’est le début de la précarité. 

 

Maintenant Nixon a voulu reprendre ses études, pour cela il avait envisagé le seul chemin possible pour les couches populaire : l’armée. La guerre en Irak a éclaté ensuite. Il est aujourd’hui en Irak. Reviendra-t-il ? Comment reviendra-t-il ? 

 

Une autre rencontre m’a marqué qui montre encore que la rencontre est possible.  

 

Jean Michel et Maurice

 

Une histoire tirée d’un travail avec les alliés d’ATD Quart Monde pour comprendre comment se lier entre gens de la société et gens dans la misère. Jean Michel et Annick sa femme sont artisans menuisiers. Un jour Maurice leur demande de l’embauche. Annick qui a connu la misère dans son enfance sent tout de suite que Maurice a la vie dure. Ils l’embauchent. Vite ils voient qu’il n’a pas travaillé depuis longtemps et que c’est dur. Un jour ils ont un chantier dans les beaux quartiers. Il faut enlever les chaussures pour ne pas salir la moquette. L’odeur est terrible et Jean Michel le dit à Maurice. Maurice lui avoue : il vit dans une caravane cassée, il n’a pas l’eau , il ne peut pas se laver le matin avant le travail. 

 

Ils vont sur la Dalle. Maurice est très étonné de ces paroles qui osent parler de misère comme çà en plein Paris face à la tour Eiffel. Petit à petit au boulot ils parlent d’ATD Quart Monde.  Jean Michel lui dit qu’il va sur la Dalle tous les 17 du mois avec d’autres de la région parisienne.

 

Puis la vie devient plus dure, et Maurice manque. Jean Michel finit par le renvoyer. Plusieurs mois après il le revoit, il vit à la rue avec une femme. Ils n’arrivent pas à se reparler. Puis un jour il revient voir Annick. Il lui dit qu’il est allé sur la Dalle du Trocadéro le 17, et Jean Michel n’y était pas. La promesse scellée dans le marbre leur donne un lieu pour se retrouver se rencontrer à nouveau.  Jean Michel lui dit de revenir mais Annick lui demande d’en parler à tous les ouvriers. Il faut que tout le monde prenne sur soi. Maurice revient, il aide beaucoup un jeune à travailler en équipe. A ce moment-là, il cache à la médecine du travail qu’il a un cancer. Il ne veut pas se faire soigner. Pour lui la douleur physique n’est rien à côté de la chance qu’il a d’être à nouveau reconnu. Ce cancer l’emporte. Quelques mois plus tard le 17 Octobre 1993, Jean Michel témoigne :

Quand Maurice est venu me chercher sur cette Dalle, il n’était pas venu voir le chef d’entreprise mais le citoyen qui comme lui refuse la misère.

 

Pour conclure, j’aimerais vous faire part encore d’un souci.

 

Aujourd’hui je suis responsable de la formation dans le Mouvement ATD Quart Monde international et je vois de très nombreux jeunes qui veulent s’engager. Environ 1000/an en France et autant aux USA. Et je m’en réjouis. Beaucoup choisissent de nous rejoindre.  Ceux qui acceptent l’idée que la rencontre, la découverte, apprendre des personnes dans la pauvreté vient avant les projets. Ceux qui acceptent d’apprendre à rencontrer la misère dans leur propre pays avant d’aller dans un autre pays.

 

Mais beaucoup semblent pris par des idées de carrière humanitaire de plus en plus centrés sur des valeurs de productivisme et d’efficacité, par des nouveaux diplômes en développement, qui apprend à faire des projets mais qui les empêchera de vivre une véritable rencontre.

 

Nulle place dans ce Charity business pour la présence, pour se laisser faire, pour apprendre ensemble : il faut prouver au donateur que son chèque a été utilisé selon tous les canons de la productivité. Nouvelle maîtrise, nouveau mensonge, nouvel esclavage dans lequel tant d’initiatives nées dans ces peuples se sentent obligées de rentrer.

 

De quel droit notre société qui se construit des murs dorés pour s’y enfermer et être sûre que les autres ne puissent pas nous rejoindre, va exporter des valeurs qui créent de plus en plus de violence et de misère ? Qui sommes-nous pour aller enseigner la solidarité à des peuples qui la connaissent peut être mieux que nous ? Pourquoi aller demander à des peuples de faire comme nous qui prenons la croissance comme un nouveau dieu ? Pourquoi exporter nos modèles du social, du politique comme de l’économique alors qu’ils n’ont pas réussi à vaincre la misère.

 

Notre équipe du Pérou, faite de Péruviens, raconte comment les ONG qui essayent d’aider ne comprennent rien à l’Ayni, culture ancestrale de la réciprocité et reprochent à une personne qu’ils aident de vouloir partager le résultat de ses efforts avec les autres. Pour l’homme en question c’était incompréhensible et la fin de sa confiance dans cette ONG.

 

Beaucoup de jeunes Africains, Malgaches, Haïtiens deviennent aussi volontaires ATD Quart Monde. Et après deux ou trois années dans leurs pays, ils  poursuivent leur formation dans un pays du Nord.  Ils n’en reviennent pas de la misère chez nous. C’est comme si le miroir aux alouettes avait été cassé. 

 

La professionnalisation de l’humanitaire a transformé quelque chose qui  empêche ce à quoi vous aspirez le plus, vous les jeunes. Je ne crois pas que vous y croyez vous à être des sauveurs. Ce à quoi vous aspirez c’est à de vraies rencontres.

Ce n’est pas d’efficacité ou de maîtrise dont vous rêvez au fond du cœur. Vous savez mieux que notre génération, que maîtriser la nature ne fait que la détruire. Vous savez qu’à faire trop de plans on passe à côté de l’essentiel. Vous savez que si une garçon et une fille se rencontrent et que l’un fait tous les plans ça ne va pas durer longtemps. Moi, avec ma femme j’apprends toujours ça, ne pas faire des plans pour l’autre ni pour les deux, se risquer ensemble.

 

Vous rêvez de rencontres vraies où le mépris, la domination, les héritages de racisme, de colonisation, de peurs de jugements n’auraient plus leurs place.  Vous rêvez de rencontres qui feraient que le niveau de violence dans notre monde pourrait enfin commencer à baisser un peu au lieu de monter sans cesse.

 

Quand vous rêvez de partir au loin peut être avez vous un peu peur, alors les projets, tout l’appareillage de projet de développement, de logistique vous rassure. Moins de risques. Mais vous le savez sans risque, pas de relation. Les milliards d’hommes, de femmes, d’enfants et de jeunes qui vivent dans la misère ne voient venir vers eux que des gens bardés de certitudes de projets tout préparés.

 

Mais vous osez la rencontre, préparez vous à la rencontre, ayez l’audace de rencontrer les jeunes en tant que jeunes pas en tant que spécialistes du développement ou de l’humanitaire.

Laissez de côté le dieu développement. Nous, on vit dans un pays qui vit le progrès et le développement depuis 500 ans. Et on n’a pas résolu la misère et l’exclusion.

 

Les personnes qui vivent la misère, aspirent elles aussi à la rencontre, elles aspirent à féconder leur solidarité avec la vôtre, leur engagement avec le vôtre. A croiser leur intelligence et leur savoir avec les vôtres.

 

Mais pour cela, nous devons nous laisser faire, ne plus croire que nous savons tout, accepter que les plus démunis doivent devenir nos maîtres, nos maîtres en humanité.

 

  

 

Références : 

 

Levinas Emmanuel « Les droits de l’autre homme » in Les Droits de l’Homme en question. Paris La Documentation Française, 1989

Quart Monde Revue N° 183 « 17 Octobre un pacte pour l’avenir »

Quart Monde Revue N°192  « Reconsidérer la pauvreté »

Rosenfeld, Jona, Tardieu, Bruno Artisans de Démocratie. Paris : Ed. Atelier et Ed. Quart Monde. 1998

Wresinski, Joseph. Les Pauvres sont l’Eglises. Paris Centurion 1983

 


1 Coalition for the Homeless New York Annual Report 1986

2 C’est ce qu’on appelle « l’aide liée » voir www.crid.asso.fr

3 Plus le coût d'envoi est élevé : jusqu'à 20 % pour des montants inférieurs à 100 Euro et seulement 4,2 % pour un montant de 1500 Euro.

 

Repost 0
22 janvier 2007 1 22 /01 /janvier /2007 22:31
La finalité du système d’aide n’est-elle pas de satisfaire les besoins de l’homme ? C’est ce qu’il est normal de croire mais la réalité est souvent plus complexe. L’offre d’aide répond fréquemment à notre propre vision des problèmes et à nos propres intérêts. Le système finit alors par rouler pour lui. Dans les années 70 apparaît une approche dite des « besoins fondamentaux » qui considère l’aide au développement uniquement à partir de quelques besoins minimums reconnus comme universels. L’approche des besoins fondamentaux se révèle ambiguë : qui, du système d’aide ou des personnes avec qui l’on développe le projet, satisfait les besoins de l’autre ?
 
« L’approche des besoins fondamentaux (…) dont l’objectif est de permettre aux plus pauvres d’intégrer le système économique par la satisfaction de leurs besoins « primaires » (…) connut un succès tant du côté des organisations internationales que de celui des ONG ; succès qui peut s’expliquer par la cohérence de l’approche avec l’économie dominante : la satisfaction des besoins matériels justifie la production de biens. Le retentissement de cette approche s’explique probablement aussi par son caractère politiquement neutre, qui ne remet pas en question les rapports de force existants ni ne propose de changements structurels. Ce succès perdure de nos jours. L’analyse des besoins constitue en effet, un élément de base dans biens des méthodes d’identification de projet. »[1]
 
 « Enfin il faut souligner le manque de pédagogie de l’approche par les besoins ou par les problèmes car elle utilise une porte d’entrée dévalorisante : par le négatif, par ce qui manque, ce que les paysans ne savent pas faire. Ce faisant, elle pointe le doigt sur leurs faiblesses et leur incapacités. En outre, la recherche des besoins conduit à dresser des listes comme autant de doléances et lorsqu’un besoin est satisfait, l’accent se trouve alors mis sur l’insatisfaction de tous les autres besoins. »[2]
 
Cette approche dite « des besoins fondamentaux » qui s’appuie sur l’analyse de la pyramide des besoins de Maslow, induit l’idée qu’il faut satisfaire des besoins matériels avant des besoins non quantifiables comme les besoins de spiritualité, besoins psychologiques…Or dans les faits nous nous apercevons que ceux qui vivent dans la grande « pauvreté », de la même manière que nous même, ont un ensemble complexe de besoins qui se manifestent conjointement.
 
Joseph Wresinski le fondateur du Mouvement ATD Quart Monde insiste beaucoup sur ce point :
« Les plus pauvres nous le disent souvent : ce n’est pas d’avoir faim, de ne pas savoir lire, ce n’est même pas d’être sans travail qui est le pire malheur de l’homme. Le pire des malheurs est de vous savoir compter pour nul, au point où même vos souffrances sont ignorées. Le pire est le mépris de vos concitoyens. Car c’est le mépris qui vous tient à l’écart de tout droit, qui fait que le monde dédaigne ce que vous vivez et qui vous empêche d’être reconnu digne et capable de responsabilités. Le plus grand malheur de la pauvreté extrême est d’être comme un mort-vivant tout au long de son existence. »[3]
 
 
 
 Nous retenons de cette analyse que pour celui qui souhaite lutter contre la misère, il convient de ne pas chercher à définir de besoins universels minimums mais bien de donner les moyens aux personnes qui vivent dans l’exclusion d’une part de définir ce dont ils ont envie et d’autre part de les soutenir dans les initiatives qu’ils peuvent porter pour réaliser ces envies.
 
Cela nécessite de prendre le temps de créer les conditions d’une véritable rencontre qui peut permettre de comprendre ce que les gens cherchent à vivre et donc de comprendre ce que nous pouvons faire ensemble pour contribuer à cela, pour les soutenir dans cette démarche.
 
Claude Heyberger, qui a travaillé 10 ans au Burkina Faso explique : « Il n'y a pas de rencontre entre celui qui sait et celui qui ignore, entre celui qui croit savoir et celui qui pense qu'il ignore, entre celui qui a et celui qui demande, entre celui qui a tort et celui qui a raison…
La rencontre n'est pas une démarche initiale, elle est la condition permanente d'une relation patiente dans laquelle personne n'impose rien à personne.Dans la rencontre, chacun peut exister dans son savoir, son expérience, sa pensée, sa fierté. Elle est réciproquement valorisante. Elle doit encourager chacun à être en mesure de poser des gestes pour le bien de ceux qui l'entourent et ainsi contribuer à redonner sens à sa vie. »[4]
 
 
La tentation est forte d’orienter un programme de « développement » dans le sens ou personnellement nous voulons aller. Mais n’est-ce pas imposer sa propre vision du monde aux autres ? Et donc considérer les personnes vivant dans l’exclusion comme incapables de prendre leur destin en main, tout comme nous avons déclaré les nations tout juste indépendantes au lendemain de la seconde guerre mondiale incapables de se diriger elle-même ?
 
Il convient donc de distinguer d’une part nos gestes de la vie quotidienne emprunt de la manière dont nous voulons le monde de demain et d’autre part l’investissement auprès des personnes vivant dans l’exclusion qui nécessite de se mettre à l’écoute, d’apprendre à leurs cotés et non d’imposer sa vision du monde.


[1] Sahel : Les paysans dans les marigots de l’aide, Marie Christine Gueneau et Bernard J. Lecomte, L’Harmattan, 1998, p.89
[2] Sahel : Les paysans dans les marigots de l’aide, op. cit. p. 94
[3] Les plus pauvres révélateurs de l’indivisibilité des droits de l’homme, Joseph Wresinski, Cahier de Baillet, Editions Quart Monde, p.23
[4] Extrait de l’intervention de Claude Heyberger, qui a travaillé 10 ans au Burkina Faso pour ATD Quart Monde, lors de la conférence à 3A sur le thème : « Les projets de développement, Les projets humanitaires, qu’en sais tu ? » le 8 mars 2005. Retrouvez l’intégralité de son intervention : http://boribana.over-blog.com/article-185101.html

Repost 0
7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 23:07
Le 11 decembre 2006, le professeur Joseph Ki-Zerbo nous a quitté.
 
Rendant hommage à l'homme politique et historien burkinabé, l'historienne malienne Adam Bah Konaré soulignait le mois dernier à Paris "sa contribution inestimable à la réhabilitation de l'histoire de l'Afrique".

"Le Pr Ki-Zerbo fut sans doute un des historiens les plus engagés dans le refus de l'occultation de l'histoire des peuples africains. Il s'est dépensé sans compter pour démontrer qu'il existait une histoire des peuples africains antérieure à la colonisation", avait- elle alors rappelé, invitant à "garder le souvenir de ce grand Africain".

Décédé des suites d'une longue maladie à l'âge de 84 ans à Ouagadougou, le Pr Ki-Zerbo a reçu un hommage unanime dans son pays, en Afrique et dans le reste du monde.
 
Je pense que le meilleur moyen de lui rendre hommage est de lui rendre la parole. Voici des extraits de son livre « A quand l’Afrique » :
 
 
Pour un échange culturel équitable
 
 « C’est par son « être » que l’Afrique pourra vraiment accéder à l’avoir. A un avoir authentique ; pas un avoir de l’aumône, de la mendicité. Il s’agit du problème de l’identité et du rôle à jouer dans le monde. Sans identité, nous sommes un objet de l’histoire, un instrument utilisé par les autres : un ustensile.(…) Par les objets manufacturés qui nous viennent des pays industrialisés du Nord, par ce qu’ils portent de charge culturelle, nous sommes forgés, moulés, formés et transformés. Alors que nous envoyons dans le Nord des objets qui n’ont aucun message culturel à apporter à nos partenaires. L’échange culturel est beaucoup plus inégal que l’échange de biens matériels. (…) Nous sommes transformés par les habits européens que nous portons, par le ciment avec lequel nous construisons nos maisons, par les ordinateurs que nous recevons. Tout cela nous moule, alors que nous envoyons dans les pays du Nord, le coton, le café ou le cacao brut qui ne contiennent pas de valeur ajoutée spécifique. (…) Et notre culture a moins de chances de se diffuser, de participer à la culture mondiale. C’est pourquoi, un des grands problèmes de l’Afrique, c’est la lutte pour un échange culturel équitable… »
 
 
A propos de l’aggravation de la pauvreté en Afrique,
 
Ki-Zerbo parle d’une « jeune prostitué de 14 ans interviewée avec des amies par un journaliste : « Vous n’avez pas peur du Sida ? » Une des filles lui a répondu : « Moi, je préfère mourir du Sida que mourir de faim ». Voilà la situation réelle de la misère. La misère, c’est l’annulation du choix. Et actuellement en Afrique, les gens ont le moins en moins le choix ».
 
 
Sur les nouvelles technologies et le « fossé numérique »
 
« On a intérêt à maîtriser toutes ces technologies de pointe, car il est évident que l’ordinateur ne broie que le grain qu’on lui donne à moudre… Il faudrait que ces technologies interviennent dans un contexte bien préparé. D’abord les logiciels doivent être adaptés à la réalité africaine, par exemple dans l’enseignement. Ensuite, on a besoin de techniciens africains qui soient enracinés dans leur propre culture. Sinon, on reçoit ces technologies comme des jouets : on tapote dessus, c’est agréable, cela produit des effets merveilleux, mais on n’aura pas d’appropriation véritable de l’innovation technologique…(Il faut) un développement ‘clés en tête’  et non ‘clés en main’…On doit gérer l’Internet avec une conscience nouvelle de l’homme du XXI ème siècle ».
 
 
Les droits humains sont-ils vraiment universels ?
 
« En plus des droits naturels, dans toutes les cultures existent des droits civils, sociaux et politiques. Le droit à la solidarité envers les autres êtres humains est aussi un droit reconnu. En Afrique pré-coloniale, c’était un devoir moral, pas seulement juridique. Un dicton bambara dit : « Si tu vois un voleur s’attaquer à un homme, ne dis pas aux voleurs : « Laissez cet homme », mais dis leur : « Laissez-nous ».
Parmi tous les droits, il y a des droits plus importants que d’autres : droits à l’alimentation, à l’éducation, à la santé, à la vie, à la participation démocratique…Qui va s’occuper des citoyens burkinabè qui n’ont pas le minimum nécessaire pour payer l’entrée à l’hôpital, si on abandonne tout au marché ? Il faut empêcher que le marché n’écrase les plus faibles. Le minimum social doit être garanti par l’Etat ».
 
 
Apprendre des pays pauvres
 
 «  Il faut que le Nord ait suffisamment de bon sens et de modestie pour comprendre qu’il peut apprendre quelque chose des pays du Sud. (…) Mais la confrontation des cultures entre le Nord et le Sud est telle que les tenants de la culture occidentale ne conçoivent pas qu’ils peuvent apprendre quelque chose d’essentiel des pays pauvres : tout au plus, non pas un supplément d’âme, mais de folklore, de bonne conscience aussi. (…) Il y a un art de vivre africain, un art de la solidarité, un art de l’altérité, de l’ouverture aux autres que les Européens ne retrouvent plus chez eux. Je regrette que les bases de cette culture africaine soit en train de s’effacer. (…) C’est une apocalypse au ralenti, une énorme perte pour l’humanité. (…)° Mais tout espoir n’est pas perdu. Les cultures sont suffisamment armées, intérieurement, pour résister aux agressions les plus délétères. Elles sont protégées par leur pauvreté même qui les empêche de sombrer dans l’aliénation sucrée de la consommation des bien culturels du Nord par déficit de solvabilité.(…) Je suis persuadé que les plus pauvres ne sont pas les moins riches en matière de conscience. Il y a des gens extrêmement riches, soit disant développés, et des sociétés extrêmement riches où le niveau de conscience n’est pas aussi élevé que dans les sociétés plus pauvres.
 
 
Le développement n’est pas une course olympique
 
Je crois que le développement des êtres humains est trop sérieux pour le laisser entre les mains des seuls économistes. Dans la mesure où les « développeurs » ont réduit le développement à ses dimensions les plus étriquées, les plus matérielles, il faudra, d’une manière ou d’une autre sortir de ce mensonge. (…) Le réduire aux dimensions arithmétiques de l’indicateur de croissance, du taux d’intérêt ou du cours de la bourse est un réductionnisme criminel. C’est, en somme, réduire l’être humain pour le caser dans un jeu qui n’est plus le sien.
(…) Beaucoup de pays africains s’installent dans l’aide qui n’amène pas un développement durable, d’autant plus qu’elle développe des mentalités d’assistés, voire de mendiants. Beaucoup de responsables politiques semblent se dire que de toute manière, il y aura un apport de farine ou de lait en poudre venant de quelque part. Or, on n’a jamais établi la prospérité ni la dignité d’un pays sur l’industrie de la compassion.
Il faut refuser le modèle linéaire du développement. Malheureusement, beaucoup de gens conçoivent le développement comme une course olympique où les peuples sont les uns derrière les autres. D’après les historiens, aucun peuple ne s’est développé uniquement à partir de l’extérieur. Si on se développe c’est en tirant de soi-même les éléments de son propre développement. C’est en étant profondément enraciné qu’on est prêt à toutes les ouvertures.
(…) L’éducation doit être considérée comme le cœur même du développement…Et ce que nous cherchons, ce n’est pas tellement d’augmenter la vitesse du train de l’éducation, mais de changer la direction des rails…(Il faut) se débarrasser d’une plaie aussi honteuse que l’analphabétisme, au lieu de s’installer dans la cohabitation avec lui. En passant par les langues africaines, on restaure du même coup la dignité du paysan. Les paysans sont plongés dans un complexe d’infériorité du fait qu’on leur parle dans une langue étrangère. Si on passe au registre des langues africaines, les paysans se présenteront comme une élite, et non plus comme ceux qui traînent derrière et qu’on doit tirer à bout de bras ».
 
 
A quand l’Afrique
Joseph Ki-Zerbo – Entretiens avec René Holenstein
Editions de l’aube/éditions d’en bas – 2003
 
 
Vous pouvez retrouver d’autres textes de réflexions sur l’humanitaire et les projets de développement sur le blog http://boribana.over-blog.com
 
Repost 0
13 avril 2006 4 13 /04 /avril /2006 09:56

CPE ; Ne crions pas victoire tout de suite, tout reste à faire !

 

 

Paroles d'un jeune sur les soubresauts d’une société qui marche sur sa tête...

 

 

 

 

 

 

Depuis plus de deux mois le Contrat Première Embauche attise les passions et radicalise les oppositions au sein de la population française. Il y a les « pro-CPE » pour qui il représentait l’entrée de la France dans la modernité économique et les « anti-CPE » pour qui il cristallisait les travers d’une civilisation basée sur la précarité et l’écrasement de l’homme.

 

 

 

 

Ce matin le président de la république en coordination avec le premier ministre « a décidé de remplacer l'article 8 de la loi sur l'égalité des chances par un dispositif en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes en difficulté ». Mais ne déclarons pas victoire tout de suite ! Car il n’est pas besoin d’être devin pour sentir que le débat autour du CPE n’était que le catalyseur d’un malaise beaucoup plus profond qui ronge notre société. En effet, nous vivons dans un monde qui fait de plus en plus violence à l’homme. Pas seulement à ceux qui vivent dans la « précarité », mais à tous les hommes. Tout le monde se rend bien compte que cette société basée sur l’accumulation de biens et l’argent n’est pas satisfaisante et qu’elle ne nous apporte pas le bonheur promit. La relation entre les hommes et la terre s’effrite. Les relations entre les hommes se disloquent. Personne n’est heureux, tout le monde le sait, mais peu de gens osent réagir.

 

 

 

 

Les récentes manifestations des jeunes et des moins jeunes témoignent avant tout d’un ras le bol général devant un mode de vie où chacun trouve normal de passer son temps à souffrir, à se faire humilier au travail et à écraser les autres. De manière diffuse, incertaine, nous les jeunes, nous sentons qu’il y a quelque chose qui cloche dans notre monde, que le modèle qu’on nous propose comme le plus évolué ne fait que renforcer tous les jours un peu plus l’écrasement de l’homme.  Bien sûr 3 millions de personnes manifestent pour 3 millions de raisons différentes. Et si chacun de nous sent le malaise grandissant dans la société, nous ne savons pas forcément pour autant quelles alternatives proposer… C’est normal. Mettre le doigt sur le problème ne suffit pas pour le résoudre, mais c’est le premier pas. Evidemment, le niveau de conscience de tout cela est variable selon chaque individu compte tenu de son éducation, de ses expériences de vie, de ses rencontres,… Mais le tâtonnement est là et il est le prémisse d’une lumière nouvelle. Aujourd’hui chacun de nous doit puiser au plus profond de lui-même pour s’interroger sur ce qu’il a réellement envie de vivre individuellement et collectivement.

 

 

 

 

Tous les pays du monde sont actuellement entrain de se gausser ouvertement de la France, ce pays où les « conservateurs » se disputent aux « réactionnaires ». Tout le monde raille cette France qui refuse d’entrée dans la modernité et d’emprunter la grande autoroute de la "flexicurité économique", contraction logique parait-il des mots "flexibilité" et "sécurité".

 

 

 

 

Ils ont en partie raison. C’est la peur qui fait réagir de nombreuses personnes. Le paradoxe est que c’est un réflexe souvent individualiste – je vais perdre mon emploi, ma situation personnel va se détériorer – qui pousse beaucoup de syndicalistes et même certains jeunes à dénoncer un gouvernement ultralibéral qui disent-ils ne privilégie que les entreprises et survolte l’individualisme.

 

 

 

 

Mais le fait que les manifestants ne saisissent qu’une petite partie de la réalité de l’oppression – celle qui les touche directement – ne change rien au problème de fond : ceux qui critiquent la France vivent eux-mêmes dans des sociétés qui souffrent et qui ne sont pas plus satisfaisantes que la notre… Parce que le chômage est plus faible aux Etats-Unis et en Grande Bretagne la vie serait-elle meilleure ? Parce que le droit du travail y est plus flexible le sourire sur le visage des gens serait-il renforcé ? Non, malgré leur sourire goguenard et leurs yeux espiègles les habitants d’autres pays ne semblent pas en mesure de proposer un mode de vie qui soit réellement respectueux de l’homme…

 

 

 

 

Le plus étrange est que fondamentalement, ce constat – notre modèle de société ne fonctionne pas - est partagé de manière plus ou moins consciente par tout le monde. Mais peu de gens osent tenter de nouvelles voies alors le monde continue de marcher sur sa tête...

 

 

 

 

Sven Lindqvist, un auteur suédois, résume bien ce phénomène : « Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui nous manque, c’est le courage de comprendre ce que nous savons et d’en tirer les conséquences. »[1]

 

 

 

 

Incapable d’emprunter d’autres chemins plus en accord avec les aspirations profondes de l’humanité, nous essayons de faire du bricolage, de mettre des pansements en proposant sans cesse des demi-mesures qui visent à atténuer les effets négatifs de notre mode de vie…

 

 

 

 

Mais tout cela ne change rien sur le fond et ne pourra jamais résoudre les vrais problèmes. Il faut arrêter une bonne fois pour toute de continuer à se prostituer pour un système qui ne créé que des perdants sur le long terme et refuser d’être les esclaves d’un système économique que plus personne ne maîtrise.

 

 

 

 

Quand on commence à tenir ce genre de discours, tout de suite le regard de nos interlocuteurs s’illumine d’une lueur de peur mêlée à de grosses goûtes de mépris… Chacun s’imagine que nous voulons faire la Révolution avec un grand « R ». Pourtant tout ce que nous désirons c’est que chacun adopte un mode de vie qui soit plus en accord avec ce qu’il a réellement envie de vivre. C’est-à-dire que quotidiennement nous fassions le choix d’être heureux ensemble plutôt que malheureux chacun de son côté. Choisir un mode de vie simple et joyeux ne tient absolument pas du vœu pieux et naïf ! Aujourd’hui il existe déjà de nombreuses personnes qui essayent au jour le jour de vivre différemment, plus proche de la terre, d’eux-mêmes, et des autres.

 

 

 

 

Il est urgent de se réunir entre habitants d’un même quartier, d’une même ville pour réfléchir ensemble et débattre de la direction que nous voulons prendre, de la vie que nous voulons pour nous-même et pour nos enfants. Il n’y a pas de recettes miracles, pas de voie unique, juste des chemins à essayer. L’avenir n’est pas figé, il est bien plus à inventer ensemble qu’à deviner. George Bernanos disait : « On n’attend pas l’avenir comme on attend le train, l’avenir on le fait. » A nous de décider que demain nous voulons une société où chacun puisse s’épanouir et non pas juste s’enrichir.

 

 

 

 

Espérons que le débat provoqué par le CPE sera l’occasion pour chacun de s’interroger beaucoup plus profondément sur ses motivations, ses rêves, ses envies,… pour soi et pour la société.

 

 

 

 

Ignace Fabiani

 

 

Le 10 Avril 2006 de Kigali

 

 



[1]              Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes, Le serpent à plumes

 

 

Repost 0
31 mai 2005 2 31 /05 /mai /2005 00:00

Et si finalement le problème n’était pas le OUI ou le NON…

  

 

Alors que dans la plupart des esprits le référendum constitutionnel parait déjà bien lointain, pour nos amis politiciens – et singulièrement pour ceux du parti socialiste – cette question reste cruellement d’actualité…

Les uns s’interroge encore sur les conséquences positives ou négatives que peut avoir ce «  NON » français sur notre pays, mais aussi sur l’Europe, et sur le monde… Pour les autres il s’agit plutôt de savoir quelles conséquences ce vote aura sur l’avenir du parti socialiste.

  

 

Une fois encore, j’ai l’impression que l’on se trompe de débat et donc que nous échappe les questions fondamentales. En effet le résultat du référendum devrait nous renvoyer à des interrogations beaucoup plus profondes sur notre mode de vie.

 

 

Je suis un peu étonné qu’il ait fallu attendre cette campagne référendaire pour que nous nous rendions compte que nous vivons dans une société qui nous fait de plus en plus violence, dans une société où le mépris des plus fragiles et l’indifférence quasi-généralisée sont devenus des principes fondamentaux.

 

 

Comment puis-je prétendre être contre la mondialisation ultralibérale parce qu’elle renforce l’individualisme - et donc voter « Non » -, si c’est un réflexe individualiste - « Je vais perdre mon emploi à cause des délocalisations. » - qui me fait prendre conscience qu’il y a de « légers » dysfonctionnements à ce système ? Si je ne me sens même pas concerné par les crimes que mon pays, la France, commet en Afrique ou ailleurs ? Si je méprise mon voisin ? Si je ne suis pas capable de regarder l’homme qui dort dans la rue en bas de chez moi dans les yeux ?

 

 

Le défi qui est face à nous n’est donc pas juste de dire non à un système qui écrase l’homme, il est beaucoup plus profondément de s’interroger sur notre mode de vie, sur la manière dont nous allons ou pas vers les autres.

 

 

Chaque Homme que l’on croise, à commencer par les plus fragiles que l’on a tendance à ne même plus voir, nous demande, « Qui suis-je pour toi ? ». Mais oui au fond, « Qui suis-je pour toi ? ». Si notre réponse - même inconsciente - est « RIEN » alors nous comprenons l’origine de cette société si foncièrement déséquilibrée et injuste.

 

 

Chaque geste que l’on pose - ou que l’on ne pose pas - est un acte politique, un acte citoyen emprunt d’une nécessaire responsabilité. Le refus d’une société qui ne peut nous satisfaire se vit tous les jours et à chaque instant. Il ne suffit évidemment pas de refuser le traité constitutionnel et de croire que l’on a gagné, car le combat pour changer le monde doit se mener dans notre vie de tous les jours. Il faut chercher à ouvrir plus grand nos yeux et à adopter un mode de vie qui soit plus respectueux de soi, des autres et de notre environnement.

 

 

Cela veut dire développer une exigence non vis-à-vis des autres, mais vis-à-vis de soi-même ! Evidemment c’est beaucoup plus difficile de développer une éthique personnelle que de discourir sur l’éthique que chacun devrait adopter…

  

 

Comme l’explique Théo Klein, « L’éthique n’est pas une montre suisse dont le mouvement ne se trouble jamais. C’est une création permanente, un équilibre toujours près de se rompre, un tremblement qui nous invite à toute instant à l’inquiétude du questionnement et à la recherche de la bonne réponse. »[1]

 

 

Développer une éthique personnelle, cela veut dire sortir du train-train quotidien, refuser la facilité de l’habitude et de la pensée simpliste pour chercher à « travailler à bien penser » selon l’_expression de Pascal ; c’est-à-dire adopter une pensée complexe qui saisit le monde dans ses complications et non selon une grille de lecture manichéenne comme c’est souvent le cas aujourd’hui.

 

 

Pour reprendre l’idée développée par Jean-Claude Guillebaud, « Face au dualisme bêtifiant qui n’oppose que le blanc et le noir, la solution ne réside pas dans une quelconque voie moyenne, ni dans un aimable centrisme, mais dans un au-delà des conflits ordinaires. Il ne s’agit pas de tempérer, mais de traverser. Penser le nouveau ce n’est pas tergiverser, mais s’extirper des mêlées pour tenter de faire le trou (…) et ainsi de pêcher plus profond ! »[2]

 

 

Comment pouvons nous en pas sentir la nécessité vitale d’entrer en résistance contre l’inacceptable aliénation de l’Homme qui se passe sous nos yeux ? La construction d’une société nouvelle est un inlassable travail d’approche et de retrait.

 

 

« Trop dure. », « Trop utopiste. »,  « Cela demande trop d’énergie… »

 

 

Oui bien sûr, chercher à développer une éthique personnelle, chercher à changer son propre mode de vie est évidemment plus dur que de juste critiquer et remettre en cause la société…

 

 

Mais il est fondamental de comprendre que les deux sont intiment liés et donc indissociables. Nous devons aujourd’hui choisir la vie que nous voulons mener individuellement ET collectivement. L’avenir appartient à ceux qui se l’approprient.

 

 

Chacun a la pouvoir d’influencer et donc de construire le monde de demain. Mais pour cela nous devons commencer par notre manière d’aller (ou non) vers les autres, de nous regarder nous même, de consommer,… Il n’y évidemment pas de chemin unique, mais ce qui est sûr c’est qu’il y a des chemins qui vont vers l’Homme, tandis que d’autres poussent à son écrasement.

 

Voici donc quelques pistes pour chercher à se réveiller :

 

 

·                                 Etre à l’écoute de soi-même et des autres.  

 

·                                 Saisir toutes les occasions de « provocations constructives » pour s’obliger les uns les autres à creuser plus profond.

 

·                                 Se poser toujours plus de questions. En poser aux autres. Ne pas se laisser aveugler par cette brume épaisse qui se développe sur nos yeux et qui s’appelle « train-train quotidien ».

 

·                                 Ne pas chercher à avoir le dernier mot, mais bien plutôt le « juste premier », c’est-à-dire celui qui ne peut laisser l’autre indifférent, qui l’oblige à s’interroger et à réagir.

 

·                                 Pour ce faire, chercher à comprendre « pourquoi chacun vit, d’où chacun puise sa force, qu’est-ce qui nous motive ? ».

 

·                                 Etre des empêcheurs de tourner en ronds.

 

·                                 Préserver cette qualité de l’enfance que l’on perd trop souvent : la capacité d’étonnement.

 

·                                 Garder un esprit de non-acceptation intelligente, de révolte positive.

 

·                                 Demander aux amis de nous mettre des coups si l’on dévie trop d’une trajectoire floue et brouillonne mais exigeante et utopiste à la recherche d’une valorisation de chacun.

 

·                                

 

 

Que vous ayez voté OUI ou NON je vous rassure il reste encore un peu de travail… Et ce travail il commence par nous.

 

 

Ignace Fabiani

 



[1] Cité dans La méthode 6 : Ethique d’Edgar Morin, Seuil, 2004, p.57

[2] Le Goût de l’Avenir, JC Guillebaud, Seuil, 2004, p.75

 

 

Repost 0
6 février 2005 7 06 /02 /février /2005 00:00

Nous ne sommes l’ombre de personnes. Petit à petit notre appétit grandit de ne pas vivre dans ce monde-ci. Inlassable travail d’approche de retrait, la construction d’une société nouvelle ressemble à un perpétuel recommencement. Et pourtant chaque jour est différent et le monde avance, même si l’on a parfois bien du mal à s’en rendre compte. Le cynisme ambiant est devenu la valeur référence de notre société et tout optimisme un peu trop espérant apparaît comme rétrograde et naïf… Mais qu’importe ce regard moqueur et blessant, nous n’existons pas que « pour » et « par » les autres.

D’ailleurs, finalement le plus dur n’est pas leurs mots, mais bien plutôt leur image, ce qu’ils représentent, c’est-à-dire une jeunesse qui refuse de rêver, de « trop réfléchir », de se remettre en question et surtout de se projeter dans un avenir différent de celui que nous impose bien vaillamment la majeure partie de la société. Et si comme le dit si bien notre ami Titi, le plus grand pêché capital de nos jours n’était pas cette paraisse intellectuelle si malsaine qu’elle entraîne une indifférence coupable ?

Quelles voies d’avenir si la jeunesse se refroidit au point de faire claquer des dents l’ensemble de la société ? Où est passée l’envie de révolte ? Ne sentons nous pas la nécessité vitale d’entrer en résistance contre l’inacceptable aliénation de l’Homme qui se passe sous nos yeux ?

Trop dure. Trop utopiste. Cela demande trop d’énergie…

Les réponses ne tardent pas à venir, courtes et cinglantes. Alors tous ces discours, tous ces écrit, pourquoi et pour quoi ?

Comment faire comprendre à nos camarades qu’il ne s’agit pas d’une vaine masturbation intellectuelle, mais bien au contraire d’une réelle possibilité et nécessité de choisir la vie que l’on veut mener individuellement ET collectivement. L’avenir appartient à ceux qui se l’approprient.

Chacun a la pouvoir d’influencer et donc de construire le monde de demain. Il ne faut surtout pas sous-estimer le poids des rêves. Quand on rêve seul, cela reste un rêve, mais quand on rêve à plusieurs, cela devient de l’histoire qui se construit sous nos yeux.

Mais le plus grand frein au changement est justement ce sentiment d’incapacité qui hante la plupart des jeunes d’aujourd’hui. On nous a tellement dit que tout était pourri et que rien ne pouvait changer que nous finissons par le croire.

Aujourd’hui beaucoup de jeunes sont persuadés que le monde tourne sans eux et qu’ils ne peuvent rien y faire. Donc ils ne font rien, et donc rien ne change - et là, les « adultes dit réalistes » ont le cynisme de leur dire « vous voyez bien qu’on avait raison puisque rien n’a changé » alors que rien n’a changé car personne n’a rien fait pour que cela change…

C’est le fameux cercle vicieux qui nous vient nous cingler à la figure…

Mais, comment briser ce cercle ? Comment devenir un porteur et donneur d’espoir ? Comment faire pour bien faire ? Comment réveiller cette jeunesse, notre jeunesse, nous-mêmes, qui sommes de plus en plus engourdies ? Comment rallumer les dernières braises enfouies au fond de chacun de nous avant qu’elles ne s’éteignent à jamais ?

Quelques pistes de réflexions et d’actions : (rien de révolutionnaire)

  • Etre à l’écoute. Saisir toutes les occasions de « provocations constructives ».
  • Se poser toujours plus de questions. En poser aux autres.
  • Avoir le juste premier mot qui ne peut laisser l’autre indifférent.
  • Pour ce faire, chercher à comprendre « pourquoi chacun vit, d’où ils puisent leur force, qu’est-ce qui les motive ? ».
  • Etre des empêcheurs de tourner en ronds.
  • S’étonner.
  • Préparer un esprit de non-acceptation intelligente, de révolte positive.
  • Demander aux amis de nous mettre des coups si on dévie trop d’une trajectoire floue et brouillonne mais exigeante et utopiste à la recherche d’une valorisation de chacun.
  • …

Ignace

Repost 0
5 février 2005 6 05 /02 /février /2005 00:00

 

L’accumulation toujours et encore. Cette envie frénétique du « toujours plus », de la possession.  Pourquoi ? Peu importe, visiblement la question n’est pas là… Ce qui importe c’est de posséder et donc d’exister. Etrange quand même que chacun existe plus par ce qu’il A que par ce qu’il EST ou FAIT… L’objet prend une valeur, une signification surdimensionnée dans l’échelle de nos valeurs et de la reconnaissance sociale.

 

N’est-ce pas « naturel » dans un sens ? Depuis la nuit des temps les hommes n’ont-ils pas cherchés à augmenter leurs possessions ? Pas sûr. En tout cas, pas à la manière de la société occidentale contemporaine. Chez nous cela est devenue une obsession maladive.

 

Pour quel résultat ? Pour quel bien être ? Pour quel épanouissement ? Chacun son truc me dit-on… Il parait que les voitures, maisons et autres avatars des peaux de grenouilles vertes (métaphore de l’argent proposé par un chef indien) suffisent au bonheur de certains. Peut être…

 

Mais permets moi d’en douter. En effet se lancer dans la course sans fin du « toujours plus », n’est-ce pas déjà mettre fin à sa vie dans un sens, puisque l’insatisfaction sera éternelle ? N’est-ce pas anéantir ipsos facto toute possibilité de rêver, de se chercher réellement,… et donc peut être de se trouver ?

 

Une fois encore, le plus cynique dans cette triste histoire c’est le fait que la majorité des individus sont bien conscient que « plus on en a, plus on en veut »,  et donc que toute cette accumulation est futile et n’apportera pas la satisfaction escompté… et pourtant ils se lancent dans cette course absurde de celui qui posséderas le plus. Je caricature, mais c’est un peu ça qui se passe quand même…

 

Mais comment faire pour bien faire ?

 

Il apparaît ici important de chercher à comprendre pourquoi tout un chacun préfère s’aveugler, s’enfermer, se nier, dans un système qui ne respecte ni lui-même, ni ses aspirations profondes !?! Comment se réveiller ?

 

 

Ignace

Repost 0
27 septembre 2004 1 27 /09 /septembre /2004 22:02
Partir faire de l’humanitaire. Projet de développement. Comment faire un projet de développement qui soit respectueux de chacun ? Ethique personnelle. Comment faire pour bien faire. Réflexions sur le développement et l’humanitaire. Partager les idées sur les projets de développement et l’humanitaire. Inégalités nord-sud. Pourquoi partir faire de l’humanitaire en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ? Comment faire un projet intéressant ? Afrique. Amérique du Sud. Asie. Développement Durable : mythe ou réalité ? Quel espoir pour le monde de demain ? Comment garder espoir ?
 
Partir faire de l’humanitaire. Projet de développement. Comment faire un projet de développement qui soit respectueux de chacun ? Ethique personnelle. Comment faire pour bien faire. Réflexions sur le développement et l’humanitaire. Partager les idées sur les projets de développement et l’humanitaire. Inégalités nord-sud. Pourquoi partir faire de l’humanitaire en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ? Comment faire un projet intéressant ? Afrique. Amérique du Sud. Asie. Développement Durable : mythe ou réalité ? Quel espoir pour le monde de demain ? Comment garder espoir ?
 
Partir faire de l’humanitaire. Projet de développement. Comment faire un projet de développement qui soit respectueux de chacun ? Ethique personnelle. Comment faire pour bien faire. Réflexions sur le développement et l’humanitaire. Partager les idées sur les projets de développement et l’humanitaire. Inégalités nord-sud. Pourquoi partir faire de l’humanitaire en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ? Comment faire un projet intéressant ? Afrique. Amérique du Sud. Asie. Développement Durable : mythe ou réalité ? Quel espoir pour le monde de demain ? Comment garder espoir ?
 
Partir faire de l’humanitaire. Projet de développement. Comment faire un projet de développement qui soit respectueux de chacun ? Ethique personnelle. Comment faire pour bien faire. Réflexions sur le développement et l’humanitaire. Partager les idées sur les projets de développement et l’humanitaire. Inégalités nord-sud. Pourquoi partir faire de l’humanitaire en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ? Comment faire un projet intéressant ? Afrique. Amérique du Sud. Asie. Développement Durable : mythe ou réalité ? Quel espoir pour le monde de demain ? Comment garder espoir ?
 
Partir faire de l’humanitaire. Projet de développement. Comment faire un projet de développement qui soit respectueux de chacun ? Ethique personnelle. Comment faire pour bien faire. Réflexions sur le développement et l’humanitaire. Partager les idées sur les projets de développement et l’humanitaire. Inégalités nord-sud. Pourquoi partir faire de l’humanitaire en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ? Comment faire un projet intéressant ? Afrique. Amérique du Sud. Asie. Développement Durable : mythe ou réalité ? Quel espoir pour le monde de demain ? Comment garder espoir ?
 
Partir faire de l’humanitaire. Projet de développement. Comment faire un projet de développement qui soit respectueux de chacun ? Ethique personnelle. Comment faire pour bien faire. Réflexions sur le développement et l’humanitaire. Partager les idées sur les projets de développement et l’humanitaire. Inégalités nord-sud. Pourquoi partir faire de l’humanitaire en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ? Comment faire un projet intéressant ? Afrique. Amérique du Sud. Asie. Développement Durable : mythe ou réalité ? Quel espoir pour le monde de demain ? Comment garder espoir ?
 
Partir faire de l’humanitaire. Projet de développement. Comment faire un projet de développement qui soit respectueux de chacun ? Ethique personnelle. Comment faire pour bien faire. Réflexions sur le développement et l’humanitaire. Partager les idées sur les projets de développement et l’humanitaire. Inégalités nord-sud. Pourquoi partir faire de l’humanitaire en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ? Comment faire un projet intéressant ? Afrique. Amérique du Sud. Asie. Développement Durable : mythe ou réalité ? Quel espoir pour le monde de demain ? Comment garder espoir ?
 
Partir faire de l’humanitaire. Projet de développement. Comment faire un projet de développement qui soit respectueux de chacun ? Ethique personnelle. Comment faire pour bien faire. Réflexions sur le développement et l’humanitaire. Partager les idées sur les projets de développement et l’humanitaire. Inégalités nord-sud. Pourquoi partir faire de l’humanitaire en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ? Comment faire un projet intéressant ? Afrique. Amérique du Sud. Asie. Développement Durable : mythe ou réalité ? Quel espoir pour le monde de demain ? Comment garder espoir ?
 
Partir faire de l’humanitaire. Projet de développement. Comment faire un projet de développement qui soit respectueux de chacun ? Ethique personnelle. Comment faire pour bien faire. Réflexions sur le développement et l’humanitaire. Partager les idées sur les projets de développement et l’humanitaire. Inégalités nord-sud. Pourquoi partir faire de l’humanitaire en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ? Comment faire un projet intéressant ? Afrique. Amérique du Sud. Asie. Développement Durable : mythe ou réalité ? Quel espoir pour le monde de demain ? Comment garder espoir ?
 
Partir faire de l’humanitaire. Projet de développement. Comment faire un projet de développement qui soit respectueux de chacun ? Ethique personnelle. Comment faire pour bien faire. Réflexions sur le développement et l’humanitaire. Partager les idées sur les projets de développement et l’humanitaire. Inégalités nord-sud. Pourquoi partir faire de l’humanitaire en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ? Comment faire un projet intéressant ? Afrique. Amérique du Sud. Asie. Développement Durable : mythe ou réalité ? Quel espoir pour le monde de demain ? Comment garder espoir ?
Repost 0