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22 février 2005 2 22 /02 /février /2005 00:00

Petit message de Géraldine qui est actuellement en Bolivie

 

Potosi, où le diable au corps…

Février 2005

 

 

Retour en famille, retour aux copains

Un mois de gestation à Lyon,

Un mois dans le cocon,

Je reçois, je bois la vie, je suis

 

Ce saut de géant m’aura vraiment permis de prendre du recul

Et même si pour la première fois de ma petite vie

Je n’étais pas le 8 décembre à Lyon

J’ai quand même pu vivre les fêtes dans ma maison !

 

A présent, je suis repartie de ma petite planète

A la découverte de nouvelles nourritures terrestres

 

De retour à Potosi pour 8 autres mois

Mon regard a changé

Le projet glisse

Les maison s’ouvrent

Tout semble plus simple

Les bases de la confiance de la langue sont posées

… à moi de jouer !

 

Je me prends ma respiration

Et je plonge …

 

LA MINE

Je veux comprendre la mine et sa culture

Ce Cerro Rico, la montagne au cône parfait

Elle m’obsède, elle pèse et domine.

Impossible d’être à Potosi sans être rattrapé par l’histoire

La mémoire de ses habitants est suspendue à cet âge d’or.

Entre le XVIIème et le XVIIIème siècle

Potosi rimait alors avec faste, prospérité et démesure insolente.

Ses armoiries disaient « Je suis le riche Potosi, le trésor du monde,

le roi de toutes les montagnes et l’envie des rois »

 

Aujourd’hui seules les quelques 80 églises baroques ont cette mémoire

Car aujourd’hui finis les palais

Ce sont des maisons en terre et aux tuiles blanchies

Qui bordent les rues sinueuses aux pavés déchaussés.

 

Mais ce sont encore les mineurs qui occupent les lieux

Ou plutôt les « ministres du diable »

Car ici une richesse aussi fabuleuse ne peut avoir qu’une origine possible :

Un pacte avec le diable…

En échange d’offrandes : feuilles de coca, cigarettes, alcool, fœtus de lama

On accède aux meilleurs filons.

 

Mais tout le monde craint le diable,

Même les femmes

Et quant je suis tombée sur les paroles de cette chanson

J’ai frémi…

 

« N’épouse pas un mineur, la dynamite est sa fiancée,

D’un violent baiser, elle te l’enlève d’un jour à l’autre.
Je suis mineur, jeune fille, et je te dis ne m’aime pas,

Même si j’arbore maintenant un sourire,

J’apporte presque toujours des peines.

 

N’épouse pas un mineur, la silicose l’aime,

Et, à deux mètres sous terre, elle lui fait son lit.

N’épouse pas un mineur, il aime creuser la terre,

Il façonne lui-même la roche avec laquelle elle le dévore.
Je suis mineur, jeune fille, s’il te plaît ne m’aime pas,

Ce qui dans ton corps est déjà en fleur,

N’arriverait pas à porter des fruits. »

 

…la mine d’où les femmes sont écartées, car elles font fuir les filons…

…la mine l’empire du diable, des hommes et de l’alcool !

 

LE CARNAVAL

C’est encore une histoire de diable …

 

Tout commence un vendredi soir,

Les saints patrons sont célébrés dans les mines

Puis le samedi, au petit matin,

Les femmes préparent la nourriture et s’occupent de la vierge

Pour ensuite descendre en procession du Cerro Rico

Chaque fraternité, chaque coopérative se rejoint

Au rythme des fanfares, des tires de dynamites et des pas des danseurs

Toutes les coopératives défilent

Jusque dans le centre de Potosi

Face à un jury officiel chargé de primer les meilleures chorégraphies

Puis le cortège se disperse

La fête continue jusqu’au lendemain

Dimanche, tout le monde a rendez-vous à l’église de San Martin

Pour écouter la messe consacrée aux saints patrons

Et assister à la bénédiction des vierges et des croix.

Lundi, seuls quelques rares mineurs iront travailler

Car le diable de la mine est particulièrement virulent…

 

Le jeudi suivant, c’est « Compadres » (compères)

Les hommes fêtent leur groupe de travail

Dans la mine d’abord, puis dans la ville entière

Tout est décoré et célébré

Les bureaux, les magasins, les ordinateurs…

 

Une semaine plus tard, c’est le jeudi de « Comadres »

Les femmes célèbrent à leur tour leurs outils de travail.

 

Puis vient le lundi de carnaval, destiné à assurer la prospérité collective.

 

Et arrive enfin le mardi de carnaval – mardi gras -

Célébré en famille dans toutes les maisons de la ville.

 

 

 

Carnaval, c’est plein de couleurs :

C’est la coca, la boisson (………), les confettis, les serpentins que l’on s’enroulent mutuellement autour du cou, les pétales de fleurs, les fleurs en papier collés sur les portes, les petits drapeaux en plastique colorés, les guirlandes, les feuilles de mais accrochées au-dessus de chaque entrée…

 

Mais carnaval c’est surtout les GLOBOS… ces petits ballons remplis d’eau que l’on lance sur chaque passant durant les deux semaines de festivités. Mais il fait froid à Potosi… et l’eau même si ça purifie, ça mouille aussi !!! Sans parler des sprays de mousse blanche qui décorent les visages à chaque coin de rue !!

 

Carnaval ça été fort pour nous, petits expatriés, mais ça été aussi bien bien arrosé de globos et de boissons type Singani … !

 

On a fêté « Comadres » avec l’équipe de Médecins du Monde dans notre patio. On s’est fait explosé le bide de viandes grillées et on s’est balancé 300 globos !!! (inutile de vous décrire le patio après la bataille…)

 

On a aussi fêté « Comadres » lors d’une soirée déguisée organisée pour les femmes et seulement pour les femmes (normal c’était comadres) ! On était 300, toutes avec un personnage différent. Par table de quatre, on avait le choix entre Rhum, Singani et Whisky… autant vous dire que les femmes sans les mecs, ça  s’amuse !

 

On a fêté mardi gras dans une famille. Il a fallu célébrer leur matière de travail (l’argent qu’ils fondent pour des bijoux). Puis on a mangé un bon repas au cours duquel les assiettes n’ont pas désempli de viandes de lama et de purée de fèves. Puis on a dansé en s’invitant mutuellement par le biais d’un petit verre de jus d’orange mélangé à du singani à boire cul sec tout au long de la soirée…je ne les ai pas comptés, j’ai vite été dépassée !

 

Et enfin, ce dimanche, le dimanche de la tentation... nous sommes allés dans un village de campagne (Quivincha) a 1h30 de route de Potosi. Un village qui s’étend sur 5km dans un petit écrin de verdure entouré de roches rouges. Un village où il n’y a pas l’eau courante et où l’on cuisine encore au feu de bois. Mais un village où l’on sait fêter carnaval mieux que nul par ailleurs. Tout commence par une bataille de pommes, puis par un concours de « tombé de chapeaux » par lancé de grenades (le fruit !), puis au rythme des fanfares, on a dansé, bu et dansé. Les cholitas (femmes en habit traditionnel) s’étaient faites belles pour trouver un mari. On était les seules gringas et on s’est laissé emporter par le tourbillon de la fête... La nuit a fini par tomber, on a rate le bus et on est reste dormir le ventre bien rempli de chicha et autre alcool de sucre de canne !

 

A présent ce sont les 40 jours de carême, mais aussi le Vrai debut d’année apres les grandes vacances d’été. Le carnaval est l’occasion de repartir sur de bonnes bases, tout est purifié, tout le monde est à l’oeuvre... espérons que notre boulanger se remette aussi au boulot, voila deux semaines que l’on a plus de pain pour le petit dej !

 

 

LE PROJET

Et dans tout ça, vous allez me dire qu’on a pas du bosser beaucoup ! Et ben c’est vrai ! Mais maintenant le projet semble avancer tout seul. Rien à voir avec les quatre premiers mois de bonne galère. Médecins du Monde a intégré nos objectifs à son programme. On a terminé le diagnostic. On est à présent en phase de rédaction du projet. Dans le même temps, on recrute un animateur bolivien pour appuyer un groupe d’adolescents du quartier mineur de San Cristobal.

 

Après tout ce que je vous ai raconté, vous comprendrez facilement qu’un quartier mineur est un lieu compliqué, très compliqué. Pleins de choses nous échappent et échappent à quiconque n’est pas né sur les lieux.

 

Mais l’aventure est passionnante et mon nouveau métier me plait !

 

TUPIZA

Au milieu de tout ce folklore carnavalesque, on a quand même trouvé le temps de trois petits jours de vacances …

 

Douce ambiance, douce chaleur,

Du bonheur tout simple

Là où les gens sourient, te parlent pour rien et chantent aux rythmes argentins

On est dans un petit jardin-bar fermé de la rue

On est à Tupiza

L’odeur de barbecue nous chatouille les papilles

Alors que l’on sort d’un petit déjeuner fabuleux de bonnes choses

La vie est belle et sereine

Rien à voir avec les dures montagnes de Potosi où l’altitude pèse toujours

Un gamin cireur de chaussures s’assoit à notre table

Il nous raconte les début du carnaval, la veille

Il a dansé avec une « gringas » très mince

Il préfère les minces

Ses ongles sont maquillés du cirage de sa boite

Son boulot du dimanche

Il cherche des chaussures sales

Il se sent grand à notre table

On lui offre un petit coca cola à côté de notre grande bière argentine

La chaleur, les pieds nus, les bras sans pull

C’est le panard

Mais le gamin se fait virer de notre table par le proprio

Le bar n’est pas pour sa condition sociale

On parlemente et je regrette de pas avoir dit non à cette injustice

Puis finalement, l’ambiance passe à autre chose

Ils sont tous bourrés, tous plus les uns que les autres

L’un d’eux se laisse aller dans son lyrisme musical

Il est à la table d’à côté, il nous drague, il joue les mâles

Mais il ne tient plus sur sa chaise

Il tombe au ralenti

Son compagnon de bouteille roupille bras croisés, la bave à la lèvre

Le propriétaire revient, sort sa guitare, son tambour

Et chante

Profondément il chante

Des chansons d’amour

Il s’appelle Isaias. Son copain rapplique

On danse, on fredonne

C’est l’anniversaire de Sophie la stagiaire avec nous sur le projet

20 ans !

Le chapeau de cow-boy sur la tête arrosée de confettis

On se dit que l’improvisation est la meilleure des fêtes

Les ballons remplis d’eau tombent dans chacun de nos dos

Ce sont les petites bombes de carnaval

Il fait chaud

La mousse blanche des spray nous habille

On est maintenant nombreux autour de la table

On se laisse porter par cette nonchalance, l’alcool et les clopes

On plane, on remet au lendemain tous nos beaux projets du moment

Lorsque Isaias nous propose de se rendre en voiture benne à 5 km de là,

On se croirait dans le film « chat noir, chat blanc », tout est dégenté

On part avec enfants, boissons, chaises, guitare et tout le reste

On roule au vent

Christian, un petit, c’est endormi dans nos bras,

Sa petite grande sœur le couvre de son gilet

C’est un paradis qui nous attend à notre descente de voiture

Dans la cour d’une maison en briques de terre

Au milieu d’un bain de verdure

Le long d’un ruisseau

A la tombée de la nuit

Un lieu caché, un lieu secret

Assis sur le muret, on boit le maté argentin et autres petits délices

On chante et on hallucine encore de la simplicité du moment

Pour rien, pour être.

 

Je suis tombée amoureuse de ce coin entre Argentine et Bolivie

Un coin oublié du monde

Où les plus beaux paysages se montrent sur fond de roches rouges pointées vers le ciel

Les rivières font leur lit dans des vallons verdoyants

Et autour c’est le Texas, aride au possible

Illustré des meilleures histoires de far-west : Butch Cassidy et le Kid (deux sacrés loubards)

Tupiza est la tranquillité de ceux qui ne veulent pas être bousculés

Je me sens libre.

 

LES MOUVEMENTS DE LA BOLIVIE

Mais bon à part Tupiza qui beigne dans la sérénité, le reste de la Bolivie est un peu agité…

 

Le gouvernements est faible, très faible et cède à toutes les revendications. Le département de Santa Cruz (le plus riche du pays) a profité de la confusion pour se déclarer région autonome en désignant son propre gouverneur !!! Si le gouvernement bolivien ne se grouille pas de réviser la constitution pour créer un sorte d’état fédéral… les autres régions de Bolivie ne devraient pas tarder à suivre…

 

Tout le monde ici est assez favorable à ce mouvement de régionalisation, car ça pourrait permettre de décentraliser les décisions, de réduire la corruption et donc de mieux adapter les politiques au contextes régionaux.

 

… mais bon il y quand même une chose que les boliviens n’obtiendront jamais, c’est l’accès à la mer par le Chili (ennemi ancestrale…) !!

 

SUR CES BELLES PAROLES …

Moi je suis en train de chercher un nouveau logement au sein d’une famille ou d’une paroisse …finie la vie dans cette belle maison un peu trop chère, je veux être au cœur des choses.

 

ET SUR CE…

Je pête la forme et je vous dis, au grand plaisir de vous lire !

Gé.

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