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Ce document donne des pistes de réflexions avant de partir faire de l’humanitaire ou d’entreprendre un projet de développement. N’hésitez pas à nous renvoyer vos commentaires ainsi que vos propres réflexions sur ce sujet : ignacefabiani0@yahoo.fr

Mercredi 10 décembre 2008
Présentation du Sommet Citoyen sur les Migrations intitulé "Des ponts pas des murs", qui a eu lieu les 17 et 18 octobre 2008 à l'initiative de plus de 300 organisations.

Ce film montre la tentative de citoyens et de représentant d'associations de proposer d'autres politiques migratoires que celles proposées par nos états.
A voir !


Desponts, pas des murs
envoyé par association_anthelie


"Préoccupées par le caractère essentiellement sécuritaire du traitement des flux migratoires, entraînant des milliers de morts, et par les choix économiques mis en œuvre qui maintiennent le continent africain en marge du développement, des organisations de la société civile du Nord et du Sud ont décidé d’organiser un sommet citoyen sur les migrations, les 17 et 18 octobre prochains à Paris."
voir : http://www.despontspasdesmurs.org


Plus de vidéos sur :  http://www.dailymotion.com/association_anthelie

Par anthelie - Publié dans : Développement
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Vendredi 16 mai 2008

Voici la vidéo d’un week-end de réflexion organisé par des jeunes du CCFD sur le thème « Quel sens pour le développement ? » en avril 2008.

 

Ce week-end réunissait des jeunes de France et des professionnels du milieu associatif issues de plusieurs pays du Sud. L’objectif était de pouvoir partager ensemble leurs questions sur le monde, sur nos modes de vie, sur nos modèles de « développement », sur l’avenir que nous voulons construire ensemble,…

 

Pour en savoir plus le mieux c’est de regarder la vidéo…


Et de faire un tour le blog :

 
- http://parmenie-et-parlemonde.blogspot.com/

 

Né à la suite d'une rencontre sur une colline du dauphiné, ce blog est un espace pour continuer à échanger et à agir pour inventer et faire exister une Terre plus solidaire. Soyez les bienvenu-E-s

 
 


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Mercredi 14 mai 2008

Quels enseignements tirer de l'Arche de Zoé ?

La solidarité un coup de cœur ou un engagement durable ?

 

Ce texte est extrait du journal Feuille de Route n° 372

publié par ATD Quart Monde en avril 2008

http://www.atd-quartmonde.asso.fr/rubrique.php3?id_rubrique=12

 

La mésaventure de l'association Arche de Zoé a fait couler beaucoup d'encre en France et dans bien d'autres pays. Partis au Tchad pour sauver des enfants orphelins victimes du conflit au Darfour et promis à l'adoption en France, les responsables se sont fait arrêter et juger pour vol d'enfants soudanais... non orphelins. Bien qu'exceptionnelle, cette affaire nous invite à réfléchir sur les limites de nos interventions, au nom de l'humanitaire.


À notre époque, on remarque beaucoup de compassion, d'empathie ou de « révoltisme » (se révolter pour tout). Ce n'est pas critiquable en soi mais souvent le bon sentiment passe avant le raisonnement : on donne aux sans-abri ou pour les victimes du tsunami parce que c'est bien ou en France, la collectivité paye des chambres d'hôtel aux familles sans-abri. Ce qui permet de se dédouaner et de ne pas avoir à se projeter avec eux à long terme.


Il s'est installé une sorte de « tyrannie » de l'urgence.
Le fait de secourir les victimes donne tous les droits. C'est cette idéologie de l'ingérence médiatisée qui devrait être mise en procès. On peut aussi se demander qui définit qu'il y a urgence, qui identifie le domaine dans lequel il faut intervenir ? Une des membres de l'Arche de Zoé explique leur intervention : « Les enfants sont malnutris et sans avenir ». Une Tchadienne répond : « Veut-elle dire que notre pays est sans avenir ? Qu'il n'offre pas d'avenir à ses enfants ? S'ils voulaient soigner des enfants, pourquoi n'ont-ils pas évacué sanitairement tous ces enfants de nos hôpitaux où on ne peut pas opérer ? »


Et nous voyons encore une fois que, face à l'urgence, quelle qu'elle soit, quel que soit le pays, mais toujours quand on se trouve en milieu pauvre, la réponse est : il faut sauver les enfants. Et sauver les enfants pauvres ici, en France ou ailleurs, signifie trop souvent intervenir de l'extérieur pour les retirer à leur famille, à leur milieu, abîmant encore plus l'image que l'enfant a des siens et donc de lui-même.


Pour intervenir, il faut connaître mais qui peut dire que la décision a été prise après un temps de connaissance de ce que vivent ces enfants, des efforts que font leurs parents et, puisqu'on parle du Tchad, de quelles solutions disposent leurs habitants acculés à la misère ? Une autre Tchadienne dit : « Si on veut confier l'éducation de son enfant à un frère ou un cousin, on s'assure avant tout de sa moralité, et qu'il y a une femme pour éduquer cet enfant. On ne le confie pas à des inconnus. » Le développement de l'urgence humanitaire a des conséquences, en particulier sur la formation des jeunes. Beaucoup d'entre eux, par ailleurs pleins de bonne volonté, apprennent la logistique d'urgence. Des universités, des associations proposent des expériences : trois mois pour monter un projet, trois mois pour partir le faire, précisant : «  C'est un grand atout pour les jeunes que de vivre ça ». Se demande-t-on autant quel sera l'atout pour les personnes, les associations, les pays qui les accueillent ? Les jeunes ont une aspiration à refuser les frontières, à aller à la rencontre, mais nous ne pouvons pas leur laisser croire qu'ils ont une ou des solutions pour ces pays plongés dans de si grandes difficultés. Ne faudrait-il pas enfin commencer à penser qu'il faut prendre du temps pour faire connaissance, pour apprendre à vivre ensemble ?


Bruno Tardieu (délégué national France d'ATD Quart Monde) et Elisa Hamel (déléguée régionale Afrique d'ATD Quart Monde)

 


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Jeudi 17 janvier 2008
Le responsable d’une ONG travaillant dans un pays du Sud disait récemment : « Pour un occidental qui part plein d'enthousiasme participer à un projet de développement  au Sud, dix occidentaux y sont déjà et font des dégâts qui nécessiteraient des milliers de projets de développement pour y remédier. Pire, parmi ces occidentaux qui partent plein d'enthousiasme et de belles intentions, la majorité fera, par inexpérience, manque de maturité ou pure bêtise, l'inverse de ce qu'il faudrait faire, et sûrement plus de dégâts que si elle n'était pas venue. »
 
Regardons cela d’un peu plus près.
 
 
Voici un extrait d’un article d’Odon Vallet, paru dans le journal La Croix qui illustre bien les absurdités de certaines démarches entreprises par des jeunes qui veulent « aider » les « pauvres pays du Sud » :
 
« La truelle et le crayon »
 
« Avec l’été voici le retour des voyages humanitaires, versions ethnologiques des safaris photos. En un mois, des jeunes croient pouvoir découvrir et secourir des populations inconnues et des civilisations ignorées. Ils vont aider des gens dont ils ne parlent pas la langue et méconnaissent les mœurs. Les résultats sont consternants. Tel groupe d’étudiants construit une école au Vietnam alors que pas un ne sait manier la truelle : les murs ne tiennent pas debout. Tel autre va lutter contre le sida en Afrique avec des affichettes représentant des phallus géants : il scandalise la population. Tel autre encore fait du soutien scolaire au Togo pendant les vacances d’été : les lycéens togolais étant aux champs pour gagner un peu d’argent, les tuteurs français ne soutiennent pas grand monde. Et avec le prix d’un seul billet d’avion aller retour Paris – Lomé, on peut faire vivre quatre élèves africains pendant un an.

Certains de ces jeunes amènent du matériel scolaire inutile ou mal adapté qu’il aurait été moins coûteux d’acheter sur place. D’autres offrent des cédéroms à des écoles qui n’ont même pas l’électricité. (…)
 
Il serait dommage de décevoir l’altruisme des jeunes, mais il serait tout aussi regrettable de gaspiller leurs ardeurs par des efforts inutiles et de dilapider leur enthousiasme par des gestes inefficaces. »
 
Sûrement peut-on trouver cet article un peu caricatural, mais il a le mérite de nous mettre face à une situation qui pose véritablement problème dans de nombreux pays du Sud.
 
En effet, n’est-il pas nécessaire de comprendre et d’accepter que ce n’est pas en partant 3 semaines ou un mois dans un pays « pauvre » que nous allons changer la face du monde, ni même aider qui que se soit si ce n’est soi même. Il serait même important de se rendre compte que dans 90% des cas, ces « voyages humanitaires » peuvent s’avérer totalement inutiles, voir même contreproductifs.
 
Pourtant l’idée d’aller à la rencontre de l’autre n’est pas négative en soi… Seulement il faudrait chercher à repenser la plupart de ces « camps chantiers » ou autre voyage humanitaire pour qu’ils deviennent de véritables moments d’échanges et d’enrichissement mutuels.
 
Finalement, il s’agit de sortir d’une logique d’assistance pour rentrer dans une logique d’échange.
 
 
 
Illustrons par un exemple concret les effets négatifs que peut avoir un projet qui partait pourtant avec les meilleures intentions du monde.
 
Problème repéré par une ONG française dans un petit village au Burkina : les enfants du village doivent marcher pendant 1h30 pour aller à l’école.
 
Solution proposée : l’ONG a décidé d’offrir un vélo à chaque enfant du village pour qu’il puisse aller à l’école plus rapidement. En plus cette solution rentre dans la mode du « développement durable » puisqu’elle est à la fois simple et écologique.
 
Résultat à court terme : Les enfants ne mettent plus que 30 minutes pour aller à l’école !
 
Résultat à moyen terme : Les vélos commencent petit à petit à s’abîmer. Les villageois ne disposant pas suffisamment de pièces de rechange ils sont dans l’impossibilité de réparer les vélos.
 
 
Le constat pourrait s’arrêter là et il serait très classique dans le monde des projets de développement : « un coup d’épée dans l’eau ». Une ONG a voulu bien faire, mais elle n’a pas été au bout de son projet. Tant pis, ce projet n’aura servi à rien…
 
Mais le problème c’est qu’il n’a pas servi à rien, il a servi, mais pour faire du « mal ».
 
Résultat à long terme : Non seulement les villageois se sont retrouvés sans vélo mais en plus ils ont été humiliés. En effet certains des villageois se sont dit après coup : « On doit vraiment être cons, puisque des gens sont venus de loin pour nous aider et que nous n’avons même pas été capables d’entretenir le matériel qu’ils nous ont donné... on est des moins que rien… ».
 
En effet le fait d’être obligé de recevoir l’aide de quelqu’un est toujours un peu humiliant, mais le fait de ne pas réussir à se servir de cette aide l’est encore plus.
 
Quand on cherche à creuser plus profond on s’aperçoit donc de la possible perversité « inconsciente » de ce genre de projet.
 
En effet la prochaine association qui va venir faire un projet dans ce village va se trouver face à des personnes très réticentes, voir ouvertement hostiles, car elles n’auront pas envie de « se faire avoir » une nouvelle fois. Pendant ce temps dans un processus d’inversement de la réalité devenu classique dans les relations Nord-Sud, les membres de l’association risquent de se dire, « mais c’est quand même incroyable, ces gens ne veulent même pas qu’on les aide ! »
 
Parfois il vaut mieux ne rien faire que de mal faire… C’est pour cela qu’il nous paraît aussi fondamental de prendre un vrai temps de réflexion et de rencontre avant de monter un projet.

Par BoriBana - Publié dans : Développement
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Mercredi 16 janvier 2008
Jusque dans les années 70, la société ladakhie était une société emprunte de relations humaines fortes entre les habitants de la région. Cette société a certainement aussi fabriqué des mécanismes d’exclusion ce qui est propre à chaque société. Cependant, les gens vivaient ensemble dans des villages une vie où chacun avait sa place, son utilité, tous étant au service de la communauté. Vie laborieuse aussi, bien sûr, mais où le dénuement matériel n'était pas signe de misère ni d'isolement, où la famine n'existait pas, où le travail n'était pas une aliénation. Les êtres humains se sentaient respectés et fiers d’être ladakhie.
 
A partir des années 70, le Ladakh va « s’ouvrir au monde ». Sans verser dans un manichéisme excessif ou simplificateur, nous nous apercevons que petit à petit, le tourisme, l’influence occidentale et le modernisme vont bouleverser les repères et les mentalités. Pas à pas, le processus de "développement" va s'accompagner d'une montée du sentiment d'infériorité chez les "sous-développées" et d'un rejet de leur propre culture. Nous nous apercevons alors que la pauvreté peut prendre plusieurs visages : celle du dénuement matériel, qui était autrefois bien vécu au Ladakh, et celle de la misère sociale, liée à un complexe d'infériorité, qui ravage aujourd'hui la société ladakhie.
 
Loin d’être figée, la société ladakhie avait trouvé un équilibre qui faisait de l’Homme un outil au service de la communauté. Cet équilibre résidait dans l’accumulation de l’expérience acquise par les anciens. La confrontation avec la logique d’accumulation propre au « développement » a fait voler en éclats des siècles d’accumulation de savoirs.
 
En effet, avant l’ouverture au monde « Occidental » et à la société de consommation des années 70, il n’y avait pas de « chômage » au Ladakh, personne ne vivait dans la rue, les jeunes n’avaient pas honte d’être ladakhie… Aujourd’hui le chômage et les personnes sans domicile sont en constante expansion…[1]
 
Majid Rahnema explique très bien ce phénomène.
« Avec le développement, la diffusion des besoins socialement fabriqués s’accélère. Le poids des médias, du tourisme de masse, et la pression exercée par le modèle occidental, imposent une véritable domination symbolique et donc une volonté d’accession à la consommation. Certains pourront y accéder certes, mais d’autres en seront exclus et ceux-là connaîtront la misère. Misère matérielle d’abord, mais aussi, puisque les autres s’écarteront d’eux pour rentrer dans des logiques de consommation et d’accumulation, misère sociale.
 
C’est ainsi que l’exclusion économique s’accompagnera ensuite d’une misère sociale, relationnelle, puisque ces personnes se verront mises à l’écart du train du développement pris par ceux qui auront su et voulu s’adapter au modèle proposé par l’occident. Le développement a créé de la richesse pour quelques uns et a transformé la pauvreté de la majorité en misère généralisée. »[2]
 
A travers cet exemple, il ne s’agit évidemment pas de prôner le renfermement sur soi, ou de faire écho au mythe du « bon sauvage » qui veut que les sociétés dites traditionnelles (cette notion étant elle-même complètement questionnable, voir dénué de sens) étaient toutes des sociétés heureuses.
 
Il s’agit simplement de prendre conscience que le « développement » n’est pas forcément une bonne chose et que ce processus peut s’avérer très négatif pour les populations qui le vivent. Il convient donc de s’interroger sur le type de développement que nous voulons. Ou plutôt il convient de permettre à chaque peuple, chaque pays et chaque personne de décider de la manière dont il voudrait chercher à « mieux-vivre ».
 
Comme le souligne l’auteur Malien Amadou Hampaté Ba :
« Nous ne tenons nullement à maintenir de façon stationnaire des cultures traditionnelles ; tout n’est pas bon à retenir. Tout ce qui vient de l’occident n’est pas non plus à rejeter. Nous voulons que nos cultures avancent dans la continuité de leurs valeurs fondamentales et de leur histoire. C’est ce que j’appelle s’ouvrir sur l‘avenir sans perdre le passé. »[3]


[1]Pour plus d’information sur cette exemple voir le livre d’Helena Norberg-Hodge, « Quand le développement crée la pauvreté : l'exemple du Ladakh ».
[2]L’argumentation de Majid Rahnema est reprise par Florence Rodhain et Claude Llena dans un article intitulé Changer les mots à défaut de changer les choses ? - Le Développement peut-il être durable ?
[3] Extrait du travail de préparation au séminaire « L’extrême pauvreté et l’exclusion en Afrique » organisé en 1982 par ATD Quart Monde

Par BoriBana - Publié dans : Développement
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Mardi 15 janvier 2008

Réflexions préalables au départ
 
 

Depuis mon entré au sein de l’Ecole 3A (www.ecole3a.edu) une école qui mélange commerce et développement et se tourne principalement vers les « 3A » : Afrique, Amérique du Sud et Asie les questions sur le sens de partir faire de l’humanitaire ou travailler sur des projets de développement n’ont cessé d’augmenter.

 

Ces réflexions m’ont progressivement mieux fait comprendre pourquoi je voulais pour mon stage de fin d’étude faire quelque chose de différent des stages que j’avais fait précédemment (en ONG et en Entreprise). Je commençais à sentir de manière diffuse que bien souvent, en voulant occuper un poste à responsabilité, je passais à côté de l’essentiel, c’est-à-dire de la rencontre avec ceux que je prétendais « aider ». L’idée même d’ « aider » me devenait de plus en plus insupportable. En ouvrant petit à petit mes yeux restés grand fermés, je me suis aperçus que beaucoup de projets qui voulaient « aider » et « améliorer la vie des gens » faisaient plus de mal que de bien. Pourquoi ? Car la majorité des ces projets n’avaient pas pris le temps de s’élaborer avec les personnes les plus concernées, les fameux « bénéficiaires » !

 
Gandhi disait :

« Tous ce que vous faites sans moi, vous le faites contre moi. »

 

La rencontre de ces réflexions et de mon attrait pour le Rwanda, m’a donné l’envie d’y partir vivre en contact avec ceux qui sont les premiers à lutter contre la pauvreté au jour le jour, c'est-à-dire, ceux là même qui la vivent. Il me semblait qu'avant de vouloir “faire”, il fallait prendre le temps de “comprendre” et donc d'apprendre. Avec un ami, également étudiant à l’Ecole 3A nous avons donc décidé de chercher une structure au Rwanda qui pouvait nous accueillir.

 

Ces recherches nous ont permis de faire la connaissance du CPAJ, un centre qui accueil des enfants et des jeunes qui vivaient dans la rue à Kigali, la capitale du Rwanda. Avec notre envie d’être proche de personnes vivant dans des situations très difficiles nous avons été séduit par ce projet.

 

Ce centre a pour but d’accompagner des enfants qui traînent dans la rue sur le chemin d’une réintégration familiale, scolaire, professionnelle et citoyenne et ainsi que de les aider à retrouver une place dans leur communauté.

 
  

Les activités avec les jeunes
 

Ce qui fondait ma démarche au Rwanda c’était l’idée que dans un projet de développement, l'important n'est pas de vouloir développé l’autre à partir d’un manque chez lui, mais de se rendre disponible et d'offrir à l’autre cette rencontre, cette écoute et cette reconnaissance.

 

Pour moi la rencontre est déjà une activité en soi. A travers ce stage au Rwanda, je n’avais pas la prétention de changer la vie de quiconque si ce n'est peut-être la mienne. Les gens que j’ai rencontrés au Rwanda – occidentaux ou rwandais – qui travaillent souvent dans des ONG, étaient surpris par mon manque apparent d'ambition... Pourtant, j’avais l'ambition la plus haute qui soit : être heureux et partager mon bonheur avec les personnes qui m’entouraient, en l'occurrence, les jeunes avec lesquelles je vivais.

 

A notre arrivée au CPAJ nous avons pris le temps de sentir ce que l’équipe encadrante souhaitait que nous fassions tout en insistant sur le fait que notre envie première était de vivre avec les jeunes.

 
 

Dans un premier temps donc, ils nous ont proposé de donner des cours de français aux étudiants qui suivaient les formations professionnelles de couture et de coiffure. Nous nous sommes mis d’accord pour prendre chaque classe pendant 1h30 deux fois par semaine.

 
 

Quels étaient les objectifs de ces cours ?

 

Dès le départ nous avons tenu à insister auprès de jeunes pour que ces cours se fassent de manière dynamique et qu’ils soient basés sur deux principes :

  • La réciprocité : nous leurs enseignerions le français et eux nous enseigneraient le kinyarwanda.
  • L’oralité : conscient de la difficulté d’apprendre le français nous avons entièrement tourné notre enseignement vers le dialogue.
 

Quel bilan tirons nous de ces cours ?

 

Nous ne sommes pas satisfait des cours de français. En effet, nous avons rapidement senti que la motivation des jeunes n’était pas au rendez-vous. Sûrement en partie à cause de notre piètre qualité de professeurs, mais aussi à cause de la difficulté de la langue, les étudiants n’ont jamais montré un grand enthousiasme pour apprendre le français.

 
 
 

En partant au Rwanda nous n’avions jamais imaginé que notre activité principale allait tournée autour du pain. Le hasard a voulu que le CPAJ soit parfaitement équipé pour faire du pain, car il y avait auparavant une formation professionnelle en boulangerie fermée il y a deux ans. Par ailleurs, nous avions pris en France depuis un an l’habitude de faire notre propre pain à la main.

 

Observant le désœuvrement des jeunes « nouveaux », des enfants rencontrés récemment dans la rue et qui n’avaient pas encore réintégré l’école primaire ou une formation professionnelle, qui passent leur journée au CPAJ sans activités précises, nous leur avons proposé de faire du pain deux fois par semaine.

 



Quels étaient les objectifs de ces ateliers pains ?

 
  • Occuper les jeunes
  • Leur apprendre à faire le pain et des beignets ce qui leur serait toujours utile pour plus tard
  • Nourrir les 120 enfants qui mangent dans le centre le midi
  • Développer la fierté des jeunes et la confiance en eux : non seulement ils sont capables de faire du bon pains tous seuls, mais ils sont capables de nourrir tous les autres enfants qui viennent manger au centre, alors que bien souvent ils sont considérés comme des bons à rien.

Un pain tout chaud sortit du four - rustique -, sous l’oeil attentif et fier des petits boulangers.

Quel bilan tirons nous de ces ateliers pains ?

 

Le bilan est globalement très positif. Les enfants et les jeunes de la formation professionnelle étaient très contents d’apprendre à faire le pain et les beignets.

 

Par ailleurs pour des enfants qui mangent tous les midis de la pâte de maïs avec des haricots, il était très goûteux de voir leur repas régulièrement agrémenté de pain et de beignets.

Aujourd’hui les jeunes maîtrisent le savoir-faire du boulanger.

 
 
 

Il est essentiel de comprendre que notre stage ne peut se résumer en une série « d’activités ». En effet notre activité principale consistait en la vie partagée avec les jeunes.

 

Après un mois dans une maison en centre ville, nous avons fait le choix de venir vivre dans le centre même avec les jeunes.

 

Beaucoup de gens ont tenu à nous mettre en garde contre cette idée : « attention, c’est dangereux de vivre avec des enfants des rues, ce sont des voleurs et ils peuvent être violents. » Même certains membres de l’équipe encadrante du centre nous ont dit : « êtes vous sûr de vouloir vivre avec les jeunes car c’est possible qu’ils vous volent ou qu’ils vous tapent. ».

 

Mais après avoir passé un mois à entamer une rencontre avec les jeunes qui vivent dans le CPAJ, nous étions prêt à venir habiter avec eux et nous étions à peu près sûr que nous ne risquions rien.

 

Nous avons donc commencé notre vie avec les jeunes. Vie qui consistait à jouer au foot, à discuter, à préparer à manger, à jouer au basket, à regarder les mouches voler pendant 2h assis sur un banc, à aller visiter un membre de leur famille, à marcher par delà les collines,…

 

Quel bilan tirons nous de ce temps de vie ensemble ?

 

Au début bien sûr ils se demandaient bien ce que ces blancs pouvaient leur vouloir et qu’est-ce que nous faisions là. Mais rapidement ils ont compris que nous voulions juste être amis avec eux et la méfiance du départ a fait place à une relation chaude et amicale.


 

Au final, nous avons développé avec les 10 jeunes qui vivent dans le centre ainsi qu’avec un des deux veilleurs de nuit, une relation de confiance beaucoup plus forte que ne l’ont les encadrants du centre avec les jeunes.

 

Un exemple peut illustrer pleinement le niveau d’amitié et de confiance au quel nous sommes arrivés : il nous arrivait régulièrement de prêter notre IPOD ou lecteur MP3 aux enfants du centre, ces fameux « voleurs » et de laisser la clé de notre chambre au veilleur de nuit, Bertin pour qu’il puisse s’entraîner à taper sur notre ordinateur.

 

Cela fait plaisir de voir l’évolution de nos relations avec les jeunes du « qu’est-ce qu'ils viennent faire chez nous ces bazungu - terme qui signifie « blancs » en kinyarwanda - ? » au « non non, Ben et Ignace sont des banyarwanda » que rétorquent les jeunes quand quelqu’un dans la rue nous traite de « bazungu ».

 

Evidemment une des questions fondamentales est de savoir ce que notre vie en commun apporte aux jeunes ?

 

Eh bien j’espère que cela leur a montré que …

        Tous les hommes sont des hommes et qu’ils sont tous égaux, que se soit un enfant qui vit dans la rue - considéré par tous comme un moins que rien - ou un blanc - considéré par beaucoup comme supérieur…

        Il n’y a pas de différence entre les blancs et les noirs

        Nous pouvons être amis et se respecter mutuellement malgré nos origines géographiques et sociales différentes

        Ces jeunes sont des êtres humains à part entière et sont digne de respect et de confiance. Nous avons essayé de leur donner les deux.

        Ils peuvent et doivent être fières d’eux-mêmes et croire en leurs capacités. Rejeter l’image du bon à rien.

 
 

Et moi qu’est-ce que cela m’a apporté ?

 

Cela m’a fait réfléchir sur mon mode de vie, et m’a aidé à prendre du recul pour mieux envisager ce que je veux vivre plus tard. Cela m’a appris à être plus humble, et cela m’a fait prendre conscience encore plus fortement qu’auparavant, que les « pauvres » ne sont pas de bouts de bois qui se laissent porter par l’eau, mais que ce sont des gens qui se battent au jour le jour pour essayer de mieux vivre.

 

Enfin, plus simplement cela m’a apporté le bonheur de partager tous ces moments de vie intense avec des amis.


Bilan de cette expérience
 
 

A l’heure de faire le bilan de mon stage de fin d’études qui consistait en la vie partagé avec des jeunes rwandais qui vivaient auparavant dans la rue, je veux donner la parole aux personnes avec qui je vivais car finalement ce sont eux les seuls « juges » du temps que nous avons passés ensemble.

 

Il ne s’agit pas de juste de vouloir s’auto-congratuler en mettant en avant leurs compliments mais de vous aider à comprendre pourquoi, pour la première fois depuis que je suis à l’Ecole 3A, je reviens d’un stage sans aucuns regret, pleinement satisfaits et heureux de ce que j’ai vécu.

 

Marie Louise Umwerina, la coordinatrice du centre :

 

« C’est la première fois que des Blancs viennent vers nous sans aucun sentiments de supériorité. Nous avons déjà reçu beaucoup de volontaires occidentaux, tous très gentils, mais parce qu’il venaient dans l’idée de nous aider, ils se plaçaient malgré tout au-dessus de nous. Vous vous avez choisis de vivre avec les enfants, à leur niveau, cela change tout. »

 
 

Un jeune avec lequel nous vivions dans le centre, lors de notre repas d’adieu avec tous les enfants:

 

« Je voudrais remercier Ignace et Ben de ne jamais nous avoir regardé de haut et considéré comme des élèves. Ils nous ont appris à faire le pain pas en tant qu’enseignant, mais en tant qu’amis. »

 
 

Jean-Pierre Ntaganda, un ancien enfant du centre, devenu aujourd’hui un des encadreurs :

 

« J’ai sentis que vous étiez différents, parce que vous avez choisis de vivre comme nous, sans supériorité. Le moment où je l’ai vraiment compris c’est quand j’ai vu Ben porté le sac de 25 kilos de charbon sur son dos. Jamais je n’avais vu un blanc porter quelque chose comme ça. »

 
 
 

Elisée Musemakweli, le président de l’Eglise dont dépend le centre :

 

« Votre action nous a rappelé que les jeunes n’avaient pas seulement besoin de vêtements, d’un toit et de quoi se nourrir. Ils ont aussi besoin d’amitié, d’être écouté,… Peut être l’avions nous un peu oubliés. »

 
 

Noël, 18 ans, le plus grand des dix enfants qui dormaient au centre. Un de nos meilleurs amis :

 

« Les jours que nous venons de passer ensemble nous ont appris belles des choses. Avec vous j’ai découvert des choses que je ne pourrais jamais connaître tout seul. J’ai retrouvé le vrai sens de vivre et la joie d’être homme malgré les difficultés que j’ai. »

 
 

Parler après des mots aussi simples, forts et touchants parait presque incongrus ou du moins superflu.

 

En les relisant, je ne peux retenir les perles luisantes qui s’en vont dévaler sur mes joues brillantes. Chaque phrase, chaque parole, enserre mon cœur de ses mains fragiles et tremblantes. Les mots sonnent justes et s’enfoncent profondément en moi.

 

Je ressort de cette expérience grandit, transformé. Tout en étant conscient qu’il n’y a pas de chemin unique, je ressens au plus profond de moi de manière encore diffuse, la justesse de ce que nous avons chercher à vivre au Rwanda avec ces jeunes : chercher à rencontrer l’autre, chercher à le connaître, chercher à le respecter, chercher à cheminer ensemble, c’est-à-dire finalement, chercher à vivre ensemble tout simplement.

 
 
Ignace
 
 
Retrouver le blog de Ben et Ignace au Rwanda : http://tuzareba.over-blog.com
 
Par Ignace - Publié dans : Développement
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Samedi 27 janvier 2007

La solidarité : coup de cœur ou engagement durable ?

17 Octobre Journée mondiale du refus de la misère.

 

Conférence donnée à l’université catholique de Lille

Le 17 Octobre 2005

Par Bruno Tardieu

 

 

Le thème de cette semaine et de cette soirée est la solidarité.

Et la première question qui m’est venue est  « solidarité de qui ? »

De qui parle-t-on quand on parle de gens qui sont solidaires ?

 

L’évidence : il faut être solidaire avec ceux qui ont besoin.

Les nantis doivent être solidaires avec les démunis.

A cheminer aux côtés du Père Joseph Wresinski, et depuis 25 ans dans le Mouvement ATD Quart Monde fondé par lui avec les familles du camp des sans logis de Noisy le Grand je suis persuadé que cette évidence est le fondement de la rencontre manquée entre les hommes autour de la question  de la misère.

 

 

Rencontres manquées depuis toujours, faussées par les relations de bienfaiteur à obligé, « ma mère n’avait que des bienfaiteurs elle n’avait pas d’ami » disait le Père Joseph et au Sénégal on dit « la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit ».

 

Rencontres manquées que ce camp créé en 1954 par l’abbé Pierre pour les sans abris. Fait de la générosité de tous, il apparaissait aux personnes qui y arrivaient comme un camp de prisonniers que Geneviève de Gaulle compara au camp de concentration qu’elle avait connu.

 

Rencontres manquées car depuis toujours on pense pour les pauvres et réinvente les soupes populaires, resto du cœur, distributions humanitaires hyper efficaces qui ne changent rien sur le fond.

 

Rencontres manquées des milliers de projets inventés pour les populations, sans les populations, qui, bien sûr, échouent et ne font que décourager la générosité.

  

Tant et si bien qu’au fond de soi s’installe un sentiment de fatalité, c’est ainsi, la misère sera toujours là.

 

Aujourd’hui c’est le 17 octobre la Journée Mondiale du Refus de la Misère.

 

En ce moment dans le monde, des milliers de personnes qui vivent la misère se retrouvent avec d’autres et se rencontrent d’une manière différente. Ils témoignent ensemble que refuser la  misère c’est l’affaire de tous. 

 

Ca a commencé en 1987. 100 000 personnes sur le parvis des libertés et des droits de l’homme à Paris face à la Tour Eiffel à l’appel du Père Joseph Wresinski fondateur d’ATD Quart Monde ont inauguré une dalle à l’honneur des victimes de la misère avec l’inscription suivante :

 

LE 17 OCTOBRE 1987,
DES DEFENSEURS DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN DE TOUS PAYS SE SONT RASSEMBLES SUR CE PARVIS. ILS ONT RENDU HOMMAGE AUX VICTIMES DE LA FAIM,  

DE L’IGNORANCE ET DE LA VIOLENCE. ILS ONT AFFIRME LEUR CONVICTION QUE LA MISERE N ’EST PAS FATALE. ILS ONT PROCLAME LEUR SOLIDARITE AVEC CEUX QUI LUTTENT A TRAVERS LE MONDE POUR LA DETRUIRE.

LA OU DES HOMMES SONT CONDAMNES A VIVRE DANS LA MISERE LES DROITS DE L’HOMME SONT VIOLES S’UNIR POUR LES FAIRE RESPECTER EST UN DEVOIR SACRE

 Père Joseph Wresinski

 

 

 

Ce message gravé en 1987 a un impact qui ne fait que grandir, repris partout dans le monde. Déjà en 1992, donc 5 ans après  des gens se sont rassemblés dans une centaine de pays, riches et pauvres ensemble. A l’île de Gorée au Sénégal par exemple, là où des millions de personnes sont parties vers l’esclavage, dans un village du Pérou écrasé par des siècles de colonisation et de mépris, aux Nations Unies à New York, de Noisy le Grand, là où a démarré ATD Quart Monde, dans des centaines de villes et de villages. Des radios du monde entier ont fait une chaîne pour que ces paroles soient entendues en direct par des millions de personnes vivant dans la misère et d’autres personnes. Je me souviens que dans un camp pénal à Bouaké en Côte d’Ivoire personne ne voulait manquer ce moment, et ils avaient installés une radio aussi à l’infirmerie pour ceux qui ne pourraient pas se réunir dans la cour.

 

Quelques mois après l’assemblée générale de l’ONU déclarait officiellement cette journée comme journée mondiale du refus de la misère. Maintenant des centaines de reproduction de cette dalle avec ce message inscrit ont vu le jour dans le monde.

 

Aujourd’hui Kofi Annan reçoit des personnes qui vivent la misère et ensemble ils réfléchissent, ensemble ils réfléchissent  à la stratégie de l’ONU pour lutter contre la misère et créer la Paix. Dans quelques jours ce sera à la Banque Mondiale. Mais c’est aussi en ce moment même à Somain près de la Mairie où il y a aussi une réplique de cette Dalle, ainsi qu’à Roubaix  en face de la médiathèque, des gens très pauvres et d’autres se rencontrent dans l’honneur.

 

Pourquoi ce message poursuit il son chemin discrètement et sûrement ?

Je crois que c’est parce qu’il mobilise les gens dans la misère qui pour une fois trouvent un message à la hauteur de leur souffrance et de leurs aspirations.

Et qu’il mobilise les autres aussi car les uns et les autres trouvent là une opportunité d’enfin se rencontrer dans la vérité.

 

Et là tout est inversé.

 

  

L’initiative ne vient plus d’en haut, de gens aisés qui s’imaginent les pauvres,  leurs manques, leurs besoins, sans connaître leurs pensées leurs aspirations, en en faisant ainsi les objets de leurs soifs de charité, de leur peur ou de leur désir de contrôle.

 

C’est une initiative qui vient du fin fond de l’espérance des personnes vivant dans la misère. 

 

Regardons ce message encore.

« Les défenseurs des droits de l’homme de tous pays se sont rassemblés sur ce parvis »

 

 

Ce qui est nouveau dans cette idée du Père Joseph, c’est de dire que les défenseurs des droits de l’homme, ce sont aussi et peut être en premier ceux qui vivent la misère. 

 

Ils mettent en œuvre les droits de l’homme, concrètement tous les jours. Par exemple, dans New York 4 000 familles sans abris sont logées par les services sociaux de la ville, 100 000 familles sans abris logées par d’autres familles pauvres[1]. Combien de fois avons-nous vu des familles, vivant à 6 dans deux pièces, prendre encore chez eux une autre personne ou une famille pour ne pas les laisser à la rue.

  

Mais aussi ils pensent les droits de l’homme. Des familles gitanes en train d’être expulsées à côté de chez moi à Herblay, alors qu’elles vivent là depuis 30 ans pour certaines. Après tout un combat le jugement en appel est tombé il y a deux jours et l’expulsion est confirmée. Nous étions catastrophés. Les gens étaient calmes et disaient : « nous c’est pas le pire, ceux qui sont expulsés des squats c’est pire, nous au moins on peut emmener notre logement avec nous dans la caravane ».

 

Ainsi ils nous font redécouvrir le fondement des droits de l’homme, et vivent ce que dit Emmanuel Levinas : le fondement des Droits de l’Homme est non pas de défendre son droit mais de défendre les droits de l’autre, celui pour lequel la dignité est la plus menacée.

 

Continuons cette méditation sur les mots gravés sur cette dalle.

« ILS ONT PROCLAME LEUR SOLIDARITE AVEC CEUX QUI LUTTENT A TRAVERS LE MONDE POUR LA DETRUIRE  »  

 

Qui c’est  « ceux qui luttent à travers le monde pour détruire la misère ? »

 

Arrêtez-vous un instant et demandez-vous ce que vous répondriez à cette question.

 

Pour moi cela a été un véritable retournement de penser que ceux qui luttent contre la misère, ce ne sont pas d’abord les œuvres, les bienfaiteurs ou les pays riches qui donnent aux pays pauvres.

 

Quand les pays riches et les grandes ONG liées à ces pays donnent, ils imposent en même temps leurs experts, leurs entreprises et pour finir un Euro donné rapporte largement autant[2]. 

 

Non, ce qui aide vraiment les pays pauvres ce ne sont pas les gouvernements riches,  ce sont les immigrés qui risquent leur vie à escalader les murs de nos pays. Ce que les immigrés de ces pays renvoient au pays est bien supérieur à l’aide de nos pays, jusqu’à 20 fois plus important dans certaines régions.  Haïti ne survit que par sa diaspora et le plus gros business là bas,  c’est Western Union qui fait les transferts d’argent et qui prend jusqu’à 20% de ce que le cousin qui a pris tous les risques pour passer aux USA réussit à envoyer à la famille[3]. 

 

Nous devons lever une vaste illusion : ceux qui aident les gens dans la misère, ce ne sont pas les riches, ce sont les gens dans la misère. 

 

Ceux qui luttent contre la misère pour la détruire, ce sont en tout premier lieu ceux qui la vivent.

 

Et eux ont l’engagement le plus durable. Ils n’ont pas le choix, et ils savent au fond de leur cœur que la misère est inhumaine et ils continuent tous les jours d’essayer, d’envoyer leurs enfants à l’école comme cette maman de la Nouvelle Orléans qui pourtant savait toute la violence que risquait son enfant, mais le voulait pour l’avenir. 

 

Mais alors que pouvons nous faire ? 

 

Qui que nous soyons, nous refusons au fond de notre être que la misère perdure. Même les petits enfants le sentent. Alors que faire ?

 

D’abord, le nous ici peut être dangereux. Chacun de nous dans cette salle est différent. Chacun trouvera son chemin. 

 

Pour certains, la précarité n’est peut être pas si loin, dans leur famille, dans leur histoire. Notre société élitiste n’encourage pas à y voir une source de fierté, l’université ne pousse pas à voir dans ceux qui ont lutté ou qui luttent toujours contre les difficultés des gens de qui apprendre, des gens qui savent des choses sur l’humain sur le courage, sur la fraternité que d’autres ne savent peut être pas. 

 

Pour d’autres qui n’ont pas une histoire de précarité comme moi-même il faut accepter simplement de ne pas être les premiers, ne pas être les initiateurs, accepter et apprendre à rejoindre les combats des gens qui vivent la misère mènent déjà, les solidarités qu’ils tentent déjà pour les soutenir. 

 

Accepter l’invitation à s’unir. 

 

L’inscription sur la Dalle finit par :  

LA OU DES HOMMES SONT CONDAMNES A VIVRE DANS LA MISERE LES DROITS DE L’HOMME SONT VIOLES. S’UNIR POUR LES FAIRE RESPECTER EST UN DEVOIR SACRE

 

Entrer dans cette invitation à s’unir demande de se laisser faire, de laisser tomber sa soif de maîtrise, sacro-sainte valeur de notre société moderne. 

 

Aujourd’hui chacun sent bien que cette soif de maîtrise de la techno science, et cette course à plus d’argent nous emmène nous et notre planète à notre perte. Ceux qui vivent la misère ont peut être une clé pour nous en sortir.  

 

Mais il y a autre chose. Rejoindre ceux qui vivent la misère pour en faire des maîtres à penser, des maîtres en humanité n’est plus pour moi de l’ordre d’un devoir moral qui dépendrait de ma seule volonté ou de mes coups de coeur. La volonté a ses hauts et ses bas. 

 

C’est devenu une joie profonde, une joie qui dure et que tout mon être veut faire durer.  L’expérience de sortir de la relation faussée.  

 

Ce n’est pas tant ce que j’aurai fait pour des gens qui m’habite et me tient mais plutôt des rencontres qui ont eu lieu et qui durent, des rencontres qui ont abaissé des frontières qui me paraissaient infranchissables. 

 

Dans cet immense apartheid mondial fait d’héritage d’exploitation de l’homme par l’homme, de mépris de l’homme pour l’homme qui a mené à l’esclavage, la  colonisation, le racisme, l’exclusion, je pensais impossible que les gens qui vivent la misère ne veuillent pas me rejeter. Je pensais impossible qu’on puisse se retrouver. 

 

Je crois que c’est cette peur-là qui fait que les riches montent des murs de plus en plus hauts. Ces murs que nous montons autour de notre Europe, Europe qui se dit tolérante en disant aux autres, « si seulement vous étiez  tolérants comme nous tout irait bien. » 

 

Je crois qu’on est plus hanté du mal qu’on a fait ou que vos ancêtres ont fait que du mal qu’on vous a fait.  

Quelle libération pour moi de tomber sur ce mouvement qui n’exploitait pas ma culpabilité, mais me disait « tu peux venir avec nous, si tu laisses ta supériorité et tes idées préconçues à la porte. » 

 

Evidement c’est tout un chemin de vie, vraiment penser ensemble avec des gens très pauvres reste toujours autant pour moi un défi. Mais c’est un chemin de libération mutuelle auquel je crois pour moi et pour les hommes. 

 

Et je vais en témoigner à travers quelques rencontres. 

 

J’ai commencé à ATD Quart Monde à l’âge de 20 ans. J’étais étudiant. J’ai fait un chantier d’été, très intrigué par ce que j’entendais de la misère de gens en France.  J’ai continué mes études, puis quand mes études me l’ont permis, je suis retourné vers ATD Quart Monde. A Créteil, j’ai rejoint la bibliothèque de rue, c’est à dire étaler des couvertures par terre et lire des livres avec les enfants. 

 

Eric Viney, ne savait ni lire ni écrire. Toute mon éducation me disait qu’il devait sûrement n’être pas intelligent. Et pourtant. 

 

Il aimait les échecs. En effet une femme de la cité, une femme qui avait connu la grande misère du Camp de Noisy le Grand avec le Père Joseph, Madame Maud Desandré avait été relogée dans cette cité d’urgence de Créteil, et avait créé un club d’échec. Et Eric jouait. Et Eric m’a proposé de jouer et il m’a battu aux échecs. Je finissais ma thèse en mathématiques et voilà ça m’a surpris. Pourquoi être si surpris ? Est-il donc impossible que les gens dans la misère aient quelque intelligence à m’apporter ?

 

 

 

Eric était passionné par la guerre de sécession aux Etats Unis. Un événement très important pour lui. Et nous avons continué à en parler depuis. Il a appris à écrire tout d’un coup à l’âge de 10 ans.

A ce moment-là, son père avait entendu l’appel du Père Joseph Wresinski « Il ne faut plus avoir honte d’être illettré que celui qui sait lire apprenne à celui qui ne sait pas. » René a pris son courage à deux mains et s’y est mis avec l’aide de Paul un allié d’ATD. Deux fois par semaine. Soutenu  à fond par son épouse Jeanine. René n’a jamais appris. Il ne sait toujours pas. Mais ça ne l’empêche pas de penser et de participer aux Universités Populaires du Quart Monde.  Mais je suis persuadé que Eric voyant son père se battre pour apprendre à lire, a tout à coup appris lui même.

Eric est sorti de la misère. Il a un travail stable, un logement stable, des amis.  Sa mère aujourd’hui écrit sa vie sur un ordinateur que ses enfants lui ont acheté.. Ce n’est pas moi qui ai fait cela, c’est Maud Desandré, c’est son père, c’est sa mère, c’est ce mouvement créé par des gens pauvres dans lesquels ils se sont reconnus, créé par Joseph Wresinski lui même né dans la misère dans lequel ils se sont reconnus et qui leur a donné la force. 

 

C’est le combat de son père qui a libéré Eric. Et tout ce que nous avons fait, c’est que ce combat ne soit plus ignoré, qu’il soit soutenu,  c’est de rendre hommage à ce combat.

Il reste que quand je lui avais dit que mon père était médecin, Eric, à 1O ans m’a dit moi aussi. Et il n’est pas médecin.

  

C’est un gâchis pour l’humanité.

 

Eric aurait pu être un excellent médecin plus capable que beaucoup de soigner les gens en particulier les gens les plus humbles. Un gâchis pour l’humanité.

 

Je n’aurais pas su dire ces mots-là si je ne les avais pas entendus du  Père Joseph. C’est à ce moment-là que je l’ai rencontré. 

 

Homme de la misère, je ne comprenais pas au début ce qu’il disait. Puis  le 17 novembre 1977, lors du rassemblement public à la Mutualité à Paris il a donné ces mots : 

 

Le Mouvement ATD Quart Monde s’est fondé sur un triple refus, le refus même que porte dans sa révolte silencieuse, le sous-prolétariat, à savoir : 

Le refus de la fatalité de la misère

 

Le refus de la culpabilité qui pèse sur ceux qui la subissent, 

 

Le refus du gâchis spirituel et humain que constitue le fait qu’une société puisse se priver si légèrement de l’expérience de ceux qui vivent dans la misère. 

 

La misère n’est pas fatale, elle n’est pas une malédiction de l’humanité contre laquelle les hommes ne pourraient rien faire. La misère est l’œuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire.

 

Le Père Joseph Wresinski homme qui m’a beaucoup déstabilisé, par sa manière de penser, dans une rationalité nouvelle, enracinée dans les contradictions dans l’homme et entre les hommes et dans leur capacités infinies d’amour. Je rêve aujourd’hui qu’elle déstabilise la pensée du monde pour nous sortir de cette ère moderne cartésienne qui a cru maîtriser la nature et l’humain. Le post moderne ne fait que  rejetter le passé, la rationalité fraternelle avec le plus exclu du Père Joseph a de l’avenir.

 

Il nous a demandé à ma femme et à moi d’aller à New York. Et c’est là que nous avons plongé dans le volontariat ATD Quart Monde, vivre une vie simple avec le salaire minimum du pays, habiter dans un quartier défavorisé, vivre la vie d’équipe. Ma femme a relu 20 ans de rapports d’observation pour écrire l’histoire de familles et moi je faisais une bibliothèque de rue.   

 

Nixon Pacheco. 

 

Je l’ai connu à 10 ans, découvrant l’ordinateur que j’apportais dans sa rue. Il habitait dans trois pièces à 9. On se connaît toujours on s’appelle. Il a contribué à un séminaire avec les plus grands spécialistes de l’éducation aux USA autour de la question : comment se fait-il que les enfants défavorisés échouent à l’école, qu’est ce qui peut libérer leur potentiel ? Nixon est le seul de sa famille a avoir fini ses études secondaires. Son père à lui non plus ne sait toujours pas lire et écrire. Pour se séminaire il a expliqué que s’il a réussi c’est parce que son grand père s’est battu,  a osé quitter la misère de Porto Rico pour tout risquer à New York. Et, dit il,  comme Moise il s’est lancé mais n’a pas vu le résultat pour son peuple. Son grand père Innocencio a nommé son fils aîné Nixon, du nom du président de l’époque, pour montrer son espoir, sa foi dans son nouveau pays. Nixon Junior dit que s’il a réussi, c’est que des gens à ATD Quart Monde lui ont fait comprendre la valeur de sa famille, le combat de ses parents. Il dit : « on n’apprend pas pour soi, on apprend pour pouvoir ramener cette fierté à ses parents. Mais à l’école ils ne comprennent pas ça, ils nous font honte de nos parents, ils nous disent de ne pas les écouter. » 

 

Tous les enfants défavorisés que j’ai connus partout grandissent dans cette guerre entre leur milieu et l’école, guerre du sens entre ce qu’ils ont appris à la maison et ce qu’ils apprennent à l’école, qui ne colle pas ensemble. C’est très dur de construire sa pensée quand l’école dit le contraire de son expérience, de ce qu’on apprend chez soi. L’expérience de vie qu’ils apprennent dans leur famille fait honte à notre société, et la société et donc l’école préfèrent la nier. La rencontre manquée entre les savoirs et les logiques fait des ravages chez les enfants qui ne peuvent se développer  dans cette  contradiction. Echouer à l’école, c’est le début de la précarité. 

 

Maintenant Nixon a voulu reprendre ses études, pour cela il avait envisagé le seul chemin possible pour les couches populaire : l’armée. La guerre en Irak a éclaté ensuite. Il est aujourd’hui en Irak. Reviendra-t-il ? Comment reviendra-t-il ? 

 

Une autre rencontre m’a marqué qui montre encore que la rencontre est possible.  

 

Jean Michel et Maurice

 

Une histoire tirée d’un travail avec les alliés d’ATD Quart Monde pour comprendre comment se lier entre gens de la société et gens dans la misère. Jean Michel et Annick sa femme sont artisans menuisiers. Un jour Maurice leur demande de l’embauche. Annick qui a connu la misère dans son enfance sent tout de suite que Maurice a la vie dure. Ils l’embauchent. Vite ils voient qu’il n’a pas travaillé depuis longtemps et que c’est dur. Un jour ils ont un chantier dans les beaux quartiers. Il faut enlever les chaussures pour ne pas salir la moquette. L’odeur est terrible et Jean Michel le dit à Maurice. Maurice lui avoue : il vit dans une caravane cassée, il n’a pas l’eau , il ne peut pas se laver le matin avant le travail. 

 

Ils vont sur la Dalle. Maurice est très étonné de ces paroles qui osent parler de misère comme çà en plein Paris face à la tour Eiffel. Petit à petit au boulot ils parlent d’ATD Quart Monde.  Jean Michel lui dit qu’il va sur la Dalle tous les 17 du mois avec d’autres de la région parisienne.

 

Puis la vie devient plus dure, et Maurice manque. Jean Michel finit par le renvoyer. Plusieurs mois après il le revoit, il vit à la rue avec une femme. Ils n’arrivent pas à se reparler. Puis un jour il revient voir Annick. Il lui dit qu’il est allé sur la Dalle du Trocadéro le 17, et Jean Michel n’y était pas. La promesse scellée dans le marbre leur donne un lieu pour se retrouver se rencontrer à nouveau.  Jean Michel lui dit de revenir mais Annick lui demande d’en parler à tous les ouvriers. Il faut que tout le monde prenne sur soi. Maurice revient, il aide beaucoup un jeune à travailler en équipe. A ce moment-là, il cache à la médecine du travail qu’il a un cancer. Il ne veut pas se faire soigner. Pour lui la douleur physique n’est rien à côté de la chance qu’il a d’être à nouveau reconnu. Ce cancer l’emporte. Quelques mois plus tard le 17 Octobre 1993, Jean Michel témoigne :

Quand Maurice est venu me chercher sur cette Dalle, il n’était pas venu voir le chef d’entreprise mais le citoyen qui comme lui refuse la misère.

 

Pour conclure, j’aimerais vous faire part encore d’un souci.

 

Aujourd’hui je suis responsable de la formation dans le Mouvement ATD Quart Monde international et je vois de très nombreux jeunes qui veulent s’engager. Environ 1000/an en France et autant aux USA. Et je m’en réjouis. Beaucoup choisissent de nous rejoindre.  Ceux qui acceptent l’idée que la rencontre, la découverte, apprendre des personnes dans la pauvreté vient avant les projets. Ceux qui acceptent d’apprendre à rencontrer la misère dans leur propre pays avant d’aller dans un autre pays.

 

Mais beaucoup semblent pris par des idées de carrière humanitaire de plus en plus centrés sur des valeurs de productivisme et d’efficacité, par des nouveaux diplômes en développement, qui apprend à faire des projets mais qui les empêchera de vivre une véritable rencontre.

 

Nulle place dans ce Charity business pour la présence, pour se laisser faire, pour apprendre ensemble : il faut prouver au donateur que son chèque a été utilisé selon tous les canons de la productivité. Nouvelle maîtrise, nouveau mensonge, nouvel esclavage dans lequel tant d’initiatives nées dans ces peuples se sentent obligées de rentrer.

 

De quel droit notre société qui se construit des murs dorés pour s’y enfermer et être sûre que les autres ne puissent pas nous rejoindre, va exporter des valeurs qui créent de plus en plus de violence et de misère ? Qui sommes-nous pour aller enseigner la solidarité à des peuples qui la connaissent peut être mieux que nous ? Pourquoi aller demander à des peuples de faire comme nous qui prenons la croissance comme un nouveau dieu ? Pourquoi exporter nos modèles du social, du politique comme de l’économique alors qu’ils n’ont pas réussi à vaincre la misère.

 

Notre équipe du Pérou, faite de Péruviens, raconte comment les ONG qui essayent d’aider ne comprennent rien à l’Ayni, culture ancestrale de la réciprocité et reprochent à une personne qu’ils aident de vouloir partager le résultat de ses efforts avec les autres. Pour l’homme en question c’était incompréhensible et la fin de sa confiance dans cette ONG.

 

Beaucoup de jeunes Africains, Malgaches, Haïtiens deviennent aussi volontaires ATD Quart Monde. Et après deux ou trois années dans leurs pays, ils  poursuivent leur formation dans un pays du Nord.  Ils n’en reviennent pas de la misère chez nous. C’est comme si le miroir aux alouettes avait été cassé. 

 

La professionnalisation de l’humanitaire a transformé quelque chose qui  empêche ce à quoi vous aspirez le plus, vous les jeunes. Je ne crois pas que vous y croyez vous à être des sauveurs. Ce à quoi vous aspirez c’est à de vraies rencontres.

Ce n’est pas d’efficacité ou de maîtrise dont vous rêvez au fond du cœur. Vous savez mieux que notre génération, que maîtriser la nature ne fait que la détruire. Vous savez qu’à faire trop de plans on passe à côté de l’essentiel. Vous savez que si une garçon et une fille se rencontrent et que l’un fait tous les plans ça ne va pas durer longtemps. Moi, avec ma femme j’apprends toujours ça, ne pas faire des plans pour l’autre ni pour les deux, se risquer ensemble.

 

Vous rêvez de rencontres vraies où le mépris, la domination, les héritages de racisme, de colonisation, de peurs de jugements n’auraient plus leurs place.  Vous rêvez de rencontres qui feraient que le niveau de violence dans notre monde pourrait enfin commencer à baisser un peu au lieu de monter sans cesse.

 

Quand vous rêvez de partir au loin peut être avez vous un peu peur, alors les projets, tout l’appareillage de projet de développement, de logistique vous rassure. Moins de risques. Mais vous le savez sans risque, pas de relation. Les milliards d’hommes, de femmes, d’enfants et de jeunes qui vivent dans la misère ne voient venir vers eux que des gens bardés de certitudes de projets tout préparés.

 

Mais vous osez la rencontre, préparez vous à la rencontre, ayez l’audace de rencontrer les jeunes en tant que jeunes pas en tant que spécialistes du développement ou de l’humanitaire.

Laissez de côté le dieu développement. Nous, on vit dans un pays qui vit le progrès et le développement depuis 500 ans. Et on n’a pas résolu la misère et l’exclusion.

 

Les personnes qui vivent la misère, aspirent elles aussi à la rencontre, elles aspirent à féconder leur solidarité avec la vôtre, leur engagement avec le vôtre. A croiser leur intelligence et leur savoir avec les vôtres.

 

Mais pour cela, nous devons nous laisser faire, ne plus croire que nous savons tout, accepter que les plus démunis doivent devenir nos maîtres, nos maîtres en humanité.

 

  

 

Références : 

 

Levinas Emmanuel « Les droits de l’autre homme » in Les Droits de l’Homme en question. Paris La Documentation Française, 1989

Quart Monde Revue N° 183 « 17 Octobre un pacte pour l’avenir »

Quart Monde Revue N°192  « Reconsidérer la pauvreté »

Rosenfeld, Jona, Tardieu, Bruno Artisans de Démocratie. Paris : Ed. Atelier et Ed. Quart Monde. 1998

Wresinski, Joseph. Les Pauvres sont l’Eglises. Paris Centurion 1983

 


1 Coalition for the Homeless New York Annual Report 1986

2 C’est ce qu’on appelle « l’aide liée » voir www.crid.asso.fr

3 Plus le coût d'envoi est élevé : jusqu'à 20 % pour des montants inférieurs à 100 Euro et seulement 4,2 % pour un montant de 1500 Euro.

 

Par BoriBana - Publié dans : Bori Bana (La vie quoi...)
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Lundi 22 janvier 2007
Situation à la Nouvelle Orléans un an et demi après l’ouragan Katrina – de la nécessité de faire de l’humanitaire aux Etats-Unis…
 
Par Sebastien Robert, Ignace Fabiani
 et Martin Tonglet*
 
 
Un an et demi après l'ouragan Katrina et les inondations qui ont suivi, la situation est toujours critique à la Nouvelle Orléans. Les maisons vides moisissent tandis que des familles continuent de vivre dans des caravanes, des logements de fortune, ou même dans la rue.
 
Aujourd’hui, la Nouvelle-Orléans a encore besoin de la présence d'ONG qui aident à reconstruire la ville. Nous - 3 jeunes en train de traverser le continent Américain du Nord au Sud (http://descentedesameriques.over-blog.com) - avons décidé d'aller à la rencontre de cette ville et de ses habitants en travaillant avec une association locale appelé Common Ground (http://www.commongroundrelief.org), constituée d'un noyau de jeunes venus des quatre coins des Etats-Unis et de centaines de volontaires qui viennent pour des périodes plus ou moins courtes de volontariat. En échange de six jours de travail par semaine, l'association nourrit et loge les volontaires dans une ancienne école, abandonnée depuis le passage de Katrina.
 
Des maisons moisies
 
Suite à l'ouragan, d'énormes quantités d'eau ont été déversées dans le lac qui touche la ville et les marais environnants. La pression de l'eau a été si forte que les digues ont explosé, inondant la ville. Pendant près d'un mois, des quartiers entiers sont restés sous les eaux, ce qui laisse imaginer les dégâts sur des maisons faites à 90 % de bois : elles sont complètement moisies et parfois infestées de termites. Suite aux moisissures, l'air y est devenu toxique.
 
Pour qu'elles soit habitables à nouveau, il faut « gutter » les maisons, c'est-à-dire tout enlever, sauf la charpente, afin de pouvoir ensuite les décontaminer. Actuellement, la majorité du travail fait par l'association consiste donc à les vider de toutes les affaires, puis détruire tous les murs intérieurs, sortir tous les débris, les clous, les portes, les lavabos... N'est conservée que l'ossature bois, qui reste utilisable.
 
Le soir, après le travail, tout le monde (entre 100 et 300 volontaires) se retrouve pour manger, regarder un film, écouter une conférence ou même danser.
 
 
Des images de cauchemar
 
En marchant dans certains quartiers de la ville, nous avions du mal à croire ce que nous voyions. Nous sommes aux Etats-unis, le pays le plus riche du monde, défenseur des libertés individuelles, symbole d'un monde de vie fait de droits, de libertés, de confort, de sécurité.
 
Et pourtant, à la Nouvelle-Orléans, c'est la désolation : quartiers fantômes, vides de toute présence humaine ; maisons détruites, en ruines, marquées d'une croix qui indique le nombre de cadavres qu'y ont trouvés les secouristes, marquées par les traces du niveau de l'eau, par la saleté ; eau contaminée, infections ; et puis la police militaire qui sillonne les rues désertes.
 
Beaucoup de questions nous viennent à l’esprit : Les gens ont fui en laissant derrière eux tout ce qu'ils possédaient...  Où sont-ils ? Dans quelles conditions vivent-ils aujourd'hui ? Les maisons en ruines sont toujours là... Pourquoi n'ont-elles pas été rasées ? Pourquoi est-ce que ce sont des jeunes Américains sans moyens qui doivent faire ce travail de leur propre initiative ? Pourquoi le gouvernement américain envoie-t-il plus de 100 000 soldats en Irak mais aucun pour aider à reconstruire la Nouvelle Orléans ? Pourquoi certains logements sociaux qui sont toujours debout, et habitables moyennant quelques travaux, vont-ils être détruits ?
 
Chasse aux pauvres
 
La réalité, c'est que ces gens ont été abandonnés. La réalité, c'est que la ville et l'administration Bush ne souhaite pas les aider, car elle ne souhaite pas leur retour.
 
Si vous demandez à des habitants de la Nouvelle-Orléans ce qu'il se passe dans leur ville depuis l'ouragan, la plupart répondra qu'il s'agit ni plus ni moins d'une véritable épuration ethnique ! L' « ethnie » concernée en l'occurrence, ce sont les pauvres - pour la majorité des Noirs, mais pas uniquement. Cela semble dur à croire, mais l'examen des faits est accablant.
 
— Juste après le cyclone Katrina et l'inondation de la cité, la police militaire a investi la ville avec l'ordre de « tirer pour tuer » sur tout jeune homme noir - potentiellement pilleur. Aucun décompte du nombre de morts par balle durant cette période n'a été établi, mais il s'agirait de plusieurs centaines.
 
— Alors que les habitants des quartiers pauvres - les plus inondés - fuyaient vers des quartiers riches non-inondés, la police militaire en a barré les entrées et tiré sur les personnes qui essayaient de s'y réfugier. Il s'agissait aussi de protéger les riches de potentiels « pilleurs ».
 
— Il a fallu plus de cinq jours pour que les secours se rendent dans les quartiers pauvres. En conséquence, beaucoup d'enfants et de personnes âgées sont morts à cause de la chaleur et de la déshydratation. Rappelons que pendant une semaine, l'eau atteignant plus de trois mètres de haut dans certains endroits, nombre de personnes s'étaient réfugiées sur le toit des maisons, sans eau, sans nourriture, sans soins, sous un soleil torride, avec des températures qui dépassaient les 35 degrés.
 
— Les habitants de la Nouvelle-Orléans qui n'avaient pas les moyens d'aller rejoindre de la famille ailleurs ont été envoyés aux quatre coins des Etats-Unis. Dans la panique générale, des familles ont été divisées sans pitié. Aujourd'hui rien n'est fait pour que ces gens puissent se retrouver et rentrer chez eux.
— Alors que la Nouvelle-Orléans comptait près de 450 000 habitants avant Katrina dont trois quarts de Noirs, aujourd'hui la population est d'environ 180 000 habitants dont seulement un quart de Noirs.
 
— Les quartiers reconstruits le plus rapidement sont les quartiers riches. La ville a même décidé que beaucoup de logements sociaux - dont certains qui n'ont pas été abîmés pendant l'inondation - seraient détruits prochainement, et les terrains vendus à des entrepreneurs privés qui construiront à la place de nouveaux logements privés, trop chers pour permettre le retour des anciens habitants.
 
« Nettoyer » la ville
 
En réalité, pour beaucoup de décideurs - économiques et politiques - américains, Katrina a été l'occasion de vider la ville de ses pauvres et de sa population noire (souvent les mêmes). C'est ainsi qu'un leader républicain louisianais confiait à des affairistes de Washington : « Enfin, les cités de La Nouvelle-Orléans ont été nettoyées. Ce que nous n'avons pas su faire, Dieu s'en est chargé » !(1) Katrina a permis de faire grimper l'immobilier, d'investir dans les nouvelles entreprises en reconstruction de la Nouvelle-Orléans... Pour une ville plus riche, plus blanche, plus rentable, plus attractive pour les investisseurs et dominée par le secteur privé... Pour une ville sans solidarité, sans justice, vidée de ses anciens habitants chassés par l'ouragan Katrina et par le capitalisme dans son visage le plus brut. C'est ce qu'on appelle le « capitalisme de catastrophe »(2).
 
Il ne s'agit pas ici de faire une simple tirade anti-capitaliste, mais simplement de constater la réalité qui est dure et cruelle pour toutes ces familles sans logement et sans perspective.
 
En voyant tout ce qui se passe ici, en écoutant les témoignages de ces familles sans logement et sans perspectives, les larmes nous montent aux yeux. Une fois de plus, les êtres humains sont écrasés, niés, au profit de l'argent. Une fois de plus, on ne cherche pas à supprimer la pauvreté mais à supprimer les pauvres.
 
Heureusement, dans ce désastre, nous avons rencontré à la Nouvelle Orléans des êtres humains qui se lèvent et se battent ensemble pour avoir le droit de retourner vivre dans leurs quartiers, et plus globalement pour avoir le droit au respect d'eux-mêmes, de leur famille et de leur dignité.
 
Nous devons soutenir ces familles dans leur combat. L’histoire n’est pas terminée.
 
 
 
* Sebastien Robert, Ignace Fabiani et Martin Tonglet sont actuellement plongés dans une rencontre avec les habitants du continent Américain en voyageant de Montréal au Canada jusqu’à Buenos Aires en Argentine. Pour plus d’informations sur leur voyage peu ordinaire voir leur blog : http://descentedesameriques.over-blog.com
 
Notes :
1. Propos du congressiste Richard Baker (Baton Rouge), cité par le Wall Street Journal, New York, 9 septembre 2005.
2.  Cf Le capitalisme de catastrophe, livre de Naomie Klein à paraître en France en 2007. Et aussi Capitalisme et catastrophe, 1979, titre d'une thèse de doctorat de Rousseas Stephen. 
Par Sebigma - Publié dans : Développement
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Lundi 22 janvier 2007
La finalité du système d’aide n’est-elle pas de satisfaire les besoins de l’homme ? C’est ce qu’il est normal de croire mais la réalité est souvent plus complexe. L’offre d’aide répond fréquemment à notre propre vision des problèmes et à nos propres intérêts. Le système finit alors par rouler pour lui. Dans les années 70 apparaît une approche dite des « besoins fondamentaux » qui considère l’aide au développement uniquement à partir de quelques besoins minimums reconnus comme universels. L’approche des besoins fondamentaux se révèle ambiguë : qui, du système d’aide ou des personnes avec qui l’on développe le projet, satisfait les besoins de l’autre ?
 
« L’approche des besoins fondamentaux (…) dont l’objectif est de permettre aux plus pauvres d’intégrer le système économique par la satisfaction de leurs besoins « primaires » (…) connut un succès tant du côté des organisations internationales que de celui des ONG ; succès qui peut s’expliquer par la cohérence de l’approche avec l’économie dominante : la satisfaction des besoins matériels justifie la production de biens. Le retentissement de cette approche s’explique probablement aussi par son caractère politiquement neutre, qui ne remet pas en question les rapports de force existants ni ne propose de changements structurels. Ce succès perdure de nos jours. L’analyse des besoins constitue en effet, un élément de base dans biens des méthodes d’identification de projet. »[1]
 
 « Enfin il faut souligner le manque de pédagogie de l’approche par les besoins ou par les problèmes car elle utilise une porte d’entrée dévalorisante : par le négatif, par ce qui manque, ce que les paysans ne savent pas faire. Ce faisant, elle pointe le doigt sur leurs faiblesses et leur incapacités. En outre, la recherche des besoins conduit à dresser des listes comme autant de doléances et lorsqu’un besoin est satisfait, l’accent se trouve alors mis sur l’insatisfaction de tous les autres besoins. »[2]
 
Cette approche dite « des besoins fondamentaux » qui s’appuie sur l’analyse de la pyramide des besoins de Maslow, induit l’idée qu’il faut satisfaire des besoins matériels avant des besoins non quantifiables comme les besoins de spiritualité, besoins psychologiques…Or dans les faits nous nous apercevons que ceux qui vivent dans la grande « pauvreté », de la même manière que nous même, ont un ensemble complexe de besoins qui se manifestent conjointement.
 
Joseph Wresinski le fondateur du Mouvement ATD Quart Monde insiste beaucoup sur ce point :
« Les plus pauvres nous le disent souvent : ce n’est pas d’avoir faim, de ne pas savoir lire, ce n’est même pas d’être sans travail qui est le pire malheur de l’homme. Le pire des malheurs est de vous savoir compter pour nul, au point où même vos souffrances sont ignorées. Le pire est le mépris de vos concitoyens. Car c’est le mépris qui vous tient à l’écart de tout droit, qui fait que le monde dédaigne ce que vous vivez et qui vous empêche d’être reconnu digne et capable de responsabilités. Le plus grand malheur de la pauvreté extrême est d’être comme un mort-vivant tout au long de son existence. »[3]
 
 
 
 Nous retenons de cette analyse que pour celui qui souhaite lutter contre la misère, il convient de ne pas chercher à définir de besoins universels minimums mais bien de donner les moyens aux personnes qui vivent dans l’exclusion d’une part de définir ce dont ils ont envie et d’autre part de les soutenir dans les initiatives qu’ils peuvent porter pour réaliser ces envies.
 
Cela nécessite de prendre le temps de créer les conditions d’une véritable rencontre qui peut permettre de comprendre ce que les gens cherchent à vivre et donc de comprendre ce que nous pouvons faire ensemble pour contribuer à cela, pour les soutenir dans cette démarche.
 
Claude Heyberger, qui a travaillé 10 ans au Burkina Faso explique : « Il n'y a pas de rencontre entre celui qui sait et celui qui ignore, entre celui qui croit savoir et celui qui pense qu'il ignore, entre celui qui a et celui qui demande, entre celui qui a tort et celui qui a raison…
La rencontre n'est pas une démarche initiale, elle est la condition permanente d'une relation patiente dans laquelle personne n'impose rien à personne.Dans la rencontre, chacun peut exister dans son savoir, son expérience, sa pensée, sa fierté. Elle est réciproquement valorisante. Elle doit encourager chacun à être en mesure de poser des gestes pour le bien de ceux qui l'entourent et ainsi contribuer à redonner sens à sa vie. »[4]
 
 
La tentation est forte d’orienter un programme de « développement » dans le sens ou personnellement nous voulons aller. Mais n’est-ce pas imposer sa propre vision du monde aux autres ? Et donc considérer les personnes vivant dans l’exclusion comme incapables de prendre leur destin en main, tout comme nous avons déclaré les nations tout juste indépendantes au lendemain de la seconde guerre mondiale incapables de se diriger elle-même ?
 
Il convient donc de distinguer d’une part nos gestes de la vie quotidienne emprunt de la manière dont nous voulons le monde de demain et d’autre part l’investissement auprès des personnes vivant dans l’exclusion qui nécessite de se mettre à l’écoute, d’apprendre à leurs cotés et non d’imposer sa vision du monde.


[1] Sahel : Les paysans dans les marigots de l’aide, Marie Christine Gueneau et Bernard J. Lecomte, L’Harmattan, 1998, p.89
[2] Sahel : Les paysans dans les marigots de l’aide, op. cit. p. 94
[3] Les plus pauvres révélateurs de l’indivisibilité des droits de l’homme, Joseph Wresinski, Cahier de Baillet, Editions Quart Monde, p.23
[4] Extrait de l’intervention de Claude Heyberger, qui a travaillé 10 ans au Burkina Faso pour ATD Quart Monde, lors de la conférence à 3A sur le thème : « Les projets de développement, Les projets humanitaires, qu’en sais tu ? » le 8 mars 2005. Retrouvez l’intégralité de son intervention : http://boribana.over-blog.com/article-185101.html

Par BoriBana - Publié dans : Bori Bana (La vie quoi...)
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Lundi 22 janvier 2007

« Jamais l’homme n’est aussi grand que quand il se fait tout petit. »

Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde

 

Voici l'exemple d'un projet qui prend vraiment le temps de comprendre chacun. Ce projet s’appelle la « Cour aux cent métiers » et à été à Ouagadougou au Burkina Faso par l’association ATD Quart Monde. 

 

 

Sauf indications contraire toutes les citations seront donc des extraits du livre : La Cour aux 100 Métiers, écrit par Michel Aussedat et publié aux Editions Quart Monde en 1996.

 

 

 Le point de départ de ce projet est très simple, deux « volontaires permanents[1] » d’ATQ Quart Monde décide de partir à Ouagadougou, la capitale du Burkina pour chercher à voir comment il pourrait apporter leur soutien aux enfants qui vivent dans la rue.

 

Pendant les deux premières années ils ont été simplement chercher à rencontrer véritablement ces enfants en étant à leurs côtés afin de s’imprégner de leur environnement, de comprendre leurs envies, leurs rêves, leurs ambitions ainsi que les mécanismes de solidarité qui existaient déjà entre les enfants des rues eux-mêmes et entre ces derniers et les habitants de la capitale burkinabée.

 

 « Vivre cette première étape sans engager d’action, dans un contexte où les besoins sont énormes, est une difficile exigence, autant pour nous que pour ceux qui nous accueillent. A bien des égards, ce temps pourrait apparaître comme un gaspillage, un luxe inutile. Mais l’expérience montre que, quelle que soit le pays, cette première étape consacrée à la « connaissance » est nécessaire et décisive pour rejoindre la population très pauvre et gagner sa confiance. » p.15

 

Les volontaires cherchent à se rapprocher des enfants qui paraissent les plus reclus :

 

« Parmi tous ces enfants et ces jeunes étroitement mêlés à l’activité de la ville, nous parvenons peu à peu à en distinguer quelques-uns se tenant à l’écart. Des passant nous mettent en garde, nous conseillant de ne pas les approcher ». p.17

 

Ils cherchent à établir un vrai climat d’échange avec les enfants qui ne soit pas basé sur l’aide :

«  A chaque fois, nous ne manquons pas de les saluer dans leur langue, le mooré, ce qui ne manque pas d’amener un grand sourire, comme de nous voir nous déplacer à pied plutôt que de prendre notre mobylette. Sans céder à leur demande d’argent, de vêtements ou de médicaments, nous tachons de manifester à leur égard un signe d’attention, une arque de considération : une poignée de main, quelques mots, nos prénoms échangés. » p.18

  

Très souvent les enfants essayent d’attirer la pitié sur eux, en parlant très mal de leurs parents, mais les volontaires refusent d’accepter cela :

 

« Nous freinons les confidences : notre amitié n’exige pas qu’ils se découvrent ainsi ni qu’ils soient obligés de mentir pour attirer sur eux notre attention. Au contraire, nous ne pouvons pas accepter qu’ils déshonorent leur famille. La souffrance de tous les parents pauvres rencontrés en Europe, impuissants à offrir un avenir à leurs enfants, nous revient de plein fouet. Affrontant les enfants, nous exigeons d’eux qu’ils accordent le même respect à leurs parents que celui que nous leur accordons en dépit de leur mauvaise réputation. A ce prix seulement naîtra une réelle amitié entre nous. » p.25

 

Les jeunes qui vivent dans la rue ont beaucoup de mal à trouver du travail :

« Amidou, quinze ans : Quand tu cherches du travail, on te demande où est ta famille et, comme ta famille est loin, on ne te prend pas. Si tu arrives à Ouagadougou et que tu n’as personne, personne ne te prend. » p.27

 

« Mathias, 18 ans : Les enfants ont peur, ils ne veulent pas s’engager ailleurs et ils restent à la gare. Ils se débrouillent. Tu as une idée du boulot et tu crois que, partout, ça va être pareil. Tu penses que, partout, on fera tout pour te critiquer, soi-disant que tu as perdu quelque chose, pour pouvoir ne pas te payer ou te chasser. » p.27

 

 

 

Beaucoup d’enfants ont le sentiment angoissant d’être devenus inutiles et irrécupérables :

 

 

« Mouni, quatorze ans : Personne n’est né pour ne rien savoir. Des gens essayent de nous décourager en citant des proverbes bizarre comme : « Est-ce que le bois sec peut donner du fruit ? » Ou bien ils nous disent que nous sommes devenus comme du bois sec qui ne peut plus lier. Mais moi, je me bouche les oreilles pour ne pas entendre. » p.31

 

 

 

La première « action » au sens courant - en réalité la rencontre est déjà une action en soi - des volontaires est de mettrent à dispositions des enfants, sur leur demande, un robinet pour se laver.

 

 

 

« Ali quinze ans : Si tu es sale, il est impossible que tu trouve du travail. » p.33

 

 

 

 

 

 

 

 

En effet, à cause de la saleté et de la honte qui en découlait les enfants n’osent plus chercher du travail, aller au dispensaire et encore moins retourner au village.

 

 

 

 

Beaucoup d’enfants n’osent même plus aller voir les associations qui faisaient des distributions de nourriture et de soins ! Les associations qui avaient critiqué la démarche d’ATD Quart Monde comme trop lente se retrouvent dans une position paradoxale où les « bénéficiaires » de leur programme n’osent plus aller bénéficier de leur aide… Apparaît alors la question de la causalité : on pouvait penser que les jeunes sont sales parce qu’ils sont pauvres, mais l’inverse est aussi vrai.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut toujours faire très attention aux signaux qu’on envoie aux enfants : l’exemple de la paire de chaussure qui divise.

 

 

 

 

 

 

 

 

François est un jeune qui a laissé tomber ses études. Aujourd’hui il garde les mobylettes devant la gare, car il a honte de retourner dans son village et d’être considéré comme un bon à rien.

 

 

 

 

Sur la demande de d’autres jeunes de la gare, les volontaires vont rencontrer François et essayer de le soutenir pour qu’il puisse reprendre ses études dans un cours du soir, ce dont il rêve. Cela marche, et devant ses bons résultats du premier semestre, les volontaires décident de lui offrir une paire de chaussures pour l‘encourager.

 

 

 

 

« Les jeunes, qui nous avaient interpellés auparavant, viennent alors chacun à leur tour exprimer leur profond mécontentement. Qu’est-ce qui justifie que François ait reçu une paire de chaussures ? Est-ce que leurs efforts à eux comptent moins que lui ? Est-ce qu’ils valent moins que lui ? Et François ne va-t-il pas avoir honte d’eux maintenant ? Il y a, dans les réactions de ces jeunes, un profond désarroi, un appel de détresse pour que leur camarade ne les abandonne pas. » p.38

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le geste que nous avons eu leur est apparu comme une tentative pour les diviser. Tous, ils rêvent d’apprendre un métier et d’être comme les autres. Aucun n’est heureux de la vie qu’il mène, mais voilà qu’on leur signifie qu’à nos yeux un de leurs camarades a plus de courage. » p.38

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet exemple illustre parfaitement le fait qu’il ne suffit pas de vouloir bien faire pour faire le bien…

 

 

 

 

 

 

 

 

Les volontaires s’aperçoivent que de toute évidence, il faudra permettre à ces enfants d’être accueillis dans le monde du travail :

 

 

 

 

 

 

 

 

« Mais cela devra se faire à partir d’un rassemblement où tous seront solidaires. Que jamais la réussite de l’un ne devienne l’humiliation de l’autre. Que la réussite de l’un, au contraire, devienne la fierté de tous. » p.39

 

 

 

 

 

 

 

 

Les volontaires envisagent alors la création d’ateliers professionnels dans la cour. Mais avant cela il faut déjà construire les bâtiments qui accueilleront ces ateliers.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les volontaires décident alors de proposer à quatre jeunes des plus fragiles, des plus démunis pour travailler sur ce chantier :

 

 

 

 

 

 

 

 

« Avec ces quatre jeunes, la réussite n’est pas certaine. D’aucuns nous reprochent notre inconscience, mais une seule chose nous préoccupe : dès le départ, il faut garantir que ce projet de « partage du savoir » soit accessible à tous les enfants, à commencer par les plus démunies d’entre eux. » p.39

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut du temps pour convaincre les jeunes de participer à ce chantier. Ils n’ont pas confiance en eux et hésite à accepter. Mais après de nombreuses discussions, ils finissent par accepter le défi.

 

 

 

 

 

 

 

 

« Malgré les difficultés, Madi, Alexis, Sayouba et Lamine tiennent bon. Sur le chantier, ils expérimentent les différentes étapes de la construction des bâtiments et découvrent l’importance des travaux de finition. Nous effectuons avec eux toutes les taches ingrates, refusant de les cantonner à des rôles auxiliaires et Matthieu, l’artisan maçon, a compris la nécessité d’accorder son rythme au leur : il est impossible de leur donner un programme de travail pour la matinée et de les laisser se débrouiller seuls. » p.40

 

 

 

 

 

 

 

 

Au terme de deux mois et demi de chantiers les deux bâtiments sont construits !

 

 

 

 

 

 

 

 

Réactions d’Alexis : « Il n’y a pas d’enfants qui ne veulent pas travailler. Moi-même je ne savais pas que je pouvais construire les murs, tôler une maison et même apprendre l’électricité et le crépissage ». p.40

 

 

 

 

 

 

 

 

En voyant ce qu’on construit ces quatre jeunes auparavant méprisés par chacun, les autres enfants sont impressionnés et se disent, « mais s’ils sont capables de construire ces bâtiments, alors nous aussi on peut le faire ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi en choisissant de travailler avec les plus fragiles, les volontaires ont lancé une dynamique positive qui redonne espoir et confiance en eux à tous les enfants qui vivent dans la vue, même ceux qui n’ont pas participé au chantier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ATD Quart Monde décide donc d’organiser des stages de formations dans ces nouveaux locaux :

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’objectif de ces ateliers n’est pas de créer un centre d’apprentissage dans la cour mais de réunir des enfants et des jeunes autour d’un artisan, le temps d’un stage. Qu’ensemble, ils prennent part à la connaissance de leurs aînés s’émerveillent de la richesse des métiers et retrouvent confiance en leur capacité d’apprendre. Qu’ils réalisent de leurs mains quelque chose de beau et d’utile pour leur communauté et de là s’ouvrira - peut être - un chemin vers la formation et le travail ». p.43

 

 

 

 

 

 

 

 

Joseph Wresinski, le fondateur d’ATD Quart Monde, s’enthousiasme pour ce projet et dit : « Ce devrait être une Cour aux cent métiers ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

S’en suivent donc des stages de menuiserie, de poterie, de mécanique, couture…

 

 

 

 

 

 

 

 

Ousmane, 15 ans, suite à un stage de maçonnerie : «  Je ne m’attendais pas à être là. Par coup de chance, vous m’avez appelé pour suivre ce stage qui va me soutenir dans la vie. Je ne sais pas ce que me réserve l’avenir. Comme j’ai appris quelque chose, je me mets à l’idée que je pourrais retourner chez mes parents et qu’ils seront fiers. Comme, avant, je ne faisais rien, il y avait des rancunes. Si tu ne peux pas donner quelque chose à tes parents, cela ne va pas. » p.46

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire se poursuit avec une participation plus large à la vie de la ville : représentation théâtrale, participation au FESPACO,…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repères pour l’action

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans vouloir faire ressortir une méthodologie unique sur la manière de monter un projet qui se fasse réellement au rythme de chacun, c’est-à-dire d’abord des plus fragiles, il est important à partir de cette expérience de chercher à toucher du doigt certains des éléments qui peuvent être les clefs d’un projet où les habitants se sentent réellement acteurs et initiateurs d’un projet.

 

 

 

 

 

 

 

 

  • L’importance de prendre le temps de la rencontre

     

Les volontaires ont attendus deux ans avant de faire le premier chantier de maçonnerie. Cela peut apparaître comme un temps très long avant d’entreprendre une « action », mais en réalité, la rencontre est déjà une action en soi !

 

 

 

 

 

 

 

 

Claude Heyberger :« Il n'y a pas de rencontre entre celui qui sait et celui qui ignore, entre celui croit savoir et celui qui pense qu'il ignore, entre celui qui a et celui qui demande, entre celui qui a tort et celui qui a raison…

 

 

 

 

La rencontre n'est pas une démarche initiale, elle est la condition permanente d'une relation patiente dans laquelle personne n'impose rien à personne. Dans la rencontre, chacun peut exister dans son savoir, son expérience, sa pensée, sa fierté. Elle est réciproquement valorisante. Elle doit encourager chacun à être en mesure de poser des gestes pour le bien de ceux qui l'entourent et ainsi contribuer à redonner sens à sa vie. »[2]

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Refuser l’assistanat

     

 

 

 

 

« Dès le départ la Cour aux cent métiers ne s’est pas bâtie en réponse aux demandes d’assistance des enfants en vêtements, en nourriture, en médicaments, ni pour suppléer à leur manque de logement ou de travail. Non seulement les moyens nous manquaient mais, surtout, une telle prise en charge risquait de rendre dérisoire leurs propres efforts et des les marginaliser d’avantage encore du fait d’une dépendance donc, au plus profond d’eux-mêmes, ils ne voulaient pas. » p.92

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • S’adapter réellement aux enfants tout en gardant des exigences fortes.

     

 

 

 

 

« Les temps d’évaluation avec les enfants participant aux ateliers constituent également une véritable école de formation et permettent d’adapter continuellement l’apprentissage en fonction des difficultés et des espoirs de chacun. Mais cette adaptation ne signifie pas pour autant le renoncement aux exigences de tout apprentissage.

 

 

 

 

Trop souvent en effet, face à ces enfants, la tendance est de réduire les exigences, contribuant ainsi à rendre plus durables leurs difficultés. Dans la Cour, nous insistons au contraire sur les exigences de la formation : respect des horaires, qualités du travail, responsabilisation envers le matériel et évaluation mensuelle. Tout en tenant ferme ces exigences, il revient à l’équipe de provoquer des situations où chaque enfant peut constater qu’il progresse effectivement. Dans la Cour, les enfants aiment venir apprendre d’abord parce qu’ils sentent que leur réussite est souhaitée » p.93

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Chercher à rejoindre les enfants les plus démunis

     

 

 

 

 

« Comme dans tout projet qui prend forme et se développe, la tentation est grande parmi l’équipe de volontaires et d’amis de céder au désir de suivre, de réfléchir et d’agir avec les enfants les plus dynamiques, avec ceux qui s’expriment le mieux. Pour parer à cette tentation, l’équipe s’oblige à toujours retourner dans la rue, rencontrer sur leurs lieux de vie les enfants qui n’osent pas venir à la Cour, aller aux nouvelles de celui qui a manqué le cours ou l’atelier et explorer de nouveaux quartiers sans cesse à la recherche d’autres enfants.

 

 

 

 

Ces rencontres dans la rue permettent de rester au plus proche de ce que vivent et espèrent les enfants. A tout moment, les actions doivent pouvoir être repensées et réajustées, dès lors qu’elles ne correspondent plus aux attentes et aux nouvelles situations vécues par les enfants les plus démunis. De cette connaissance sans cesse réactualisée peut naître une réflexion et une action ne mettant personne à l’écart. » p.95

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Reconnaître l’histoire des enfants, c’est-à-dire leur appartenance à une famille, à une communauté,  un pays.

     

 

 

 

 

Adama : « On ne peut pas vivre sans sa famille parce qu’on ne pourra jamais être heureux »

 

 

 

 

 

 

 

 

Claude Heyberger : « un enfant qui vit dans la rue n’est pas un “ enfant de la rue ” réduit à n’être que sa situation. Il est avant tout un enfant issu d’une famille, porteur d’un savoir familial, d’une éducation, et donc d’un regard sur le monde qui l’entoure. »[3]

 

 

 

 

 

 

 

 

 « Ainsi, après une première étape pour reprendre force et confiance, les enfants espèrent, dans une deuxième étape, être soutenus dans des projets propres à les revaloriser aux yeux de leur famille et de leur communauté. A cette fin, toutes les activités de la Cour comptent une dimension familiale. Les fêtes annuelles, par exemple, sont avant tout une occasion pour que parents et enfants se retrouvent dans la fierté » p. 95

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Les volontaires permanents du Mouvement ATD Quart Monde sont des hommes et des femmes d’origine et de formations diverses, qui rejoignent durablement les populations très exclues de par le monde.

[2] Extrait de l’intervention de Claude Heyberger, qui a travaillé 10 ans au Burkina Faso pour ATD Quart Monde, lors de la conférence à 3A sur le thème : « Les projets de développement, Les projets humanitaires, qu’en sais tu ? » le 8 mars 2005. Retrouvez l’intégralité de son intervention sur le site : http://boribana.over-blog.com

[3] Intervention de Claude Heyberger à 3A, op. cit.

Par BoriBana - Publié dans : Développement
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